S V. DE L'ÉCRITURE MIXTE
L'écriture mixte, que l'on rencontre dans un grand nombre de manuscrits antérieurs au 1x° siècle, a été désignée par les Bénédictins sous le nom de demi-onciale. Les deux premiers fac-simile de la planche IT appartiennent à ce genre d'écriture. Examinons rapidement les lettres caractéristiques qu'ils renferment, et nous verrons qu'elles appartiennent tantôt à la majuscule, tantôt à la minuscule, tantôt à la cursive. Les trois premières lettres du mot Felix (voy. la troisième ligne du fac-simile n° 1), appartiennent à l'écriture majuscule. Trois lignes plus bas, on trouve une N majuscule dans le mot Anasthasius. Le même mot renferme trois a cursifs et trois s qui appartiennent également à la minuscule et à la cursive. Si l’on considère dans leur ensemble les deux premiers modèles de la planche IT, on n’hésitera pas sans doute à déclarer qu'ils se rapprochent de la minuscule, tandis qu'ils différent beaucoup de la cursive et plus encore de la majuscule. Nous n'ignorons pas que le nom de minuscule a été souvent appliqué à des écritures du genre de celle que nous examinons; mais il nous paraît préférable de la distinguer sous le nom d'écriture mixte, puisque tout en présentant l'aspect général de la minuscule, elle réunit un assez grand nombre d'éléments qui appartiennent, soit à la majuscule, soit à la cursive. Nous avons déjà eu occasion d'avertir que lon rencontre ordinairement dans l'écriture mixte une forme de g qui se trouve dans les plus anciens monuments d'écriture cursive. Le fac-simile n° 2 de la planche III en fournit deux exemples. ( Voy. la septième lettre de la première ligne et la quatrième de la dernière.) Mais ce g se trouve aussi mêlé avec celui de l'alphabet oncial. {Voy. dans la planche IV, la première ligne et la troisième du fac-simile n° 1.) Il en est de même pour l'E oncial et Ve minuscule. { Voy. la troisième ligne du même fac-simile.) Un caractère assez constant de l'écriture mixte, c'est de conserver à l’'F une forme qui la rattache à l'alphabet majuscule (voy. le dernier mot du même fac-simile), et de recourber le crochet de Tr de manière à ce qu'il prenne l'aspect d’un jambage (voy. le premier mot du même fac-simile). Cette forme du crochet de Tr peut être regardée comme antérieure au vu siècle. Quelquefois la même lettre paraît sous la forme majuscule. (Voy. la dernière syllabe du fac-simile n° 5 de la planche IV.) L'écriture mixte emprunte aussi le cursif. ({ Voy. dans le facsimile n° 2 de la planche III, la syllabe den du mot credentes, qui termine la première ligne; voy. aussi le mot est dans la deuxième ligne du fac-simile n° 6 de
la planche IV.) Ces exemples ne sont pas les seuls qu'on pourrait citer; mais
PARTIE IIL — CHAPITRE II. 399 ils doivent suflire pour faire comprendre que la distinction de l'écriture mixte, comparée aux autres genres d'écriture, repose sur le mélange des caractères qui appartiennent à des alphabets essentiellement distincts. Toutefois ce principe ne doit pas être appliqué sans discernement. Il ne faudrait pas donner le nom d'écriture mixte à celle qui, au milieu d’un grand nombre de caractères de même nature, introduirait de loin en loin, et comme par exception, une lettre appartenant à un autre genre. Si l’on suivait une pareïlle méthode, on ne trouverait plus guère que des écritures mixtes, et à force de vouloir distinguer, on tomberait dans la confusion. En un mot, quand le mélange des lettres caractéristiques de chaque écriture est purement accidentel, il est évident que l'on ne doit pas en tenir compte.
ARTICLE IL
CARACTERES DISTINCTIFS DES ÉCRITURES EMPLOYE EN FRANCE PENDANT LA SECONDE PERIODE.
En fixant au xrn° siècle le commencement de la période gothique, on n'a pas eu la prétention d'indiquer une date rigoureuse et invariable. Il ne s'agit point en effet d’une révolution totale et instantanée, mais de changements partiels et successifs, qui ont amené par degrés la métamorphose complète de l'écriture. Comme nous ne devions pas étudier ici les moindres détails de cette transformation, mais en constater les principaux résultats, il suffisait d’indiquer le siècle où l'écriture gothique commence à se manifester d’une manière évidente. Si la généralité des faits s'accorde avec cette indication, peu importe que des exceptions accidentelles viennent la contredire, et que l’on reconnaisse quelques formes gothiques dans une écriture du x1r siècle, ou bien que parmi les manuscrits des siècles suivants on en trouve un petit nombre qui conservent des formes plus anciennes. On ne devra pas s'étonner non plus si, au moment où la transition s'opère, il devient difficile et en quelque sorte impossible de rattacher une écriture à la première période plutôt qu'à la seconde : il se présente toujours des cas douteux dans l'application des règles les plus précises. Bornons-nous, quant à présent, à comparer les formes que nous avons déjà étudiées avec celles d'une écriture gothique complétement caractérisée.