DES LETTRES CONJOINTES, MONOGRAMMATIQUES ET ENCLAVÉES
Les lettres conjointes abrégent l'écriture en faisant servir à un double usage quelques-uns des traits qui les composent. Ainsi dans la conjonction des lettres Æ, c'est une seule et même ligne qui forme un des montants de l'A et la haste de l'E. Toutes les fois que des conjonctions de lettres résultent comme dans l’Æ de la rencontre de deux lignes droites, qui se confondent dans toute leur étendue, il est facile d'isoler par la pensée les deux lettres et d'en retrouver la forme exacte et complète. Il ne peut donc pas y avoir de difficulté dans les combinaisons qui résultent de la conjonction de l'A avec les lettres B, D, F,L,M,N,P,R et V, puisque le rapprochement de la partie droite de l'A et de la partie gauche de ces différentes lettres pouvait s'opérer sans altérer leur aspect ordinaire. La conjonction de l'A et de ÎM pouvait cependant se faire autrement que par le rapprochement de ces deux lettres. Ainsi dans le mot FIRMATI, qui fait partie de la devise du cercle gravé au bas de la planche XII, l'A est réuni à TM, de manière à ce que ses deux montants soient représentés l'un par la partie droite de la traverse, l'autre par le second jembage de TM. Une combinaison analogue produit, au lieu de la syllabe MA, la syllabe AM, lorsque l'A vient se confondre avec le premier jambage et la partie gauche de la traverse de TM. La conjonction de l'A et de lM peut résulter aussi d'une simple barre horizontale, tirée entre les deux lignes dont se compose la traverse brisée de TM. Comme cette traverse a l'aspect d'un V, en tirant cette ligne on en formait un Y renversé : ces changements de position se rencontrent fréquemment dans les conjonctions de lettres. Une planche entière n'aurait pas suffi, si l'on avait voulu reproduire les différentes figures qui résultent de la conjonction des lettres de l'alphabet, combinées entre elles deux à deux et quelquefois même trois à trois. Mais comme ces sortes d'abréviations n'offrent pas en général de grandes difficultés, nous avons cru devoir nous contenter de signaler ici un petit nombre d'exemples empruntés à la série des fac-simile joints à cet ouvrage. En voici l'indication :
1° UetS, dans le mot singultibus, PI. I, n° 1, fin de la dernière ligne;
> Net T, dans le mot substantia, PI. IT, n° 2, fin de la 4° ligne, et dans les mots regnante et redintegrante, PI. XIT, n° 4, 1" ligne;
3° OetN, dans le mot repeticione, PI. IV, n° 2, 5‘ ligne; dans le mot ostentationis, PI. V, n°9,
1" ligne, et dans le mot Aaron, PI. VI, n° 5, 2° ligne;
k° UetT, dans le mot ant, PI. IV, n° 6, 2° et 4° lignes;
5° TetR, dans le mot matre, PI. IV, n°8, 3‘ ligne, et dans le mot petrum, PI. IV, n° 9, 8° ligne; 6° Uet D, dans le sigle des mots vere dignum, PI. V, n° 3, 3° ligne;
7 NetE, dans le mot nomine, PI. XI, n° 2 , dernière ligne;
& V,EetR, dans le mot verbo, PI. XIT, n° 7; (Voy. aussi la fin de la devise du cercle qui renferme la conjonction des lettres M et A, dont il a été question tout à l'heure);
9° P et S, dans l'abréviation du mot episcopus, PI. XIT, n° 7; (Voy. la souscription placée entre
le cercle et le monogramme).
Dans la conjonction de TN avec le T, de l'U avec le T, du T avec l'R et de TN avec l'E, chaque lettre conserve sa forme ordinaire; au contraire, il est facile de voir que, dans la conjonction de TU avec TS, de TO avec l'N, et du P avec L'S, la forme de Y'S a été modifiée ainsi que celle de IN et du P, sans qu'il soit cependant difficile de reconnaître ces différentes lettres. Parmi les exemples qui ont été cités, la conjonction des lettres V, E, R, dans le mot verbo, est la seule dont le déchiffrement présente quelque difficulté, parce que la forme de VE y est fortement altérée; mais le sens suffit pour lever toute incertitude. Dans la conjonction deslettres qui représente les mots vere dignum, la difficulté ne consiste pas à reconnaître les deux lettres U et D, mais à en fixer le sens. L'emploi de ce sigle était pour ainsi dire passé en usage dans les missels, où les deux premiers mots de la préface étaient indiqués par les lettres U et D conjointes, ou par un V dans l'intérieur duquel on plaçait un D capital ou oncial. Quand les conjonctions de lettres ne se compliquent pas dela difficulté que présentent naturellement les sigles et les abréviations proprement dites, il est rare qu'on n'arrive pas à les déchiffrer promptement. Toutefois il y a des combinaisons qui peuvent occasionner quelque méprise. On pourrait par exemple prendre pour un Æ la réunion de l'A avec un G de forme carrée, qui ne diffère de l'E que par l'absence de la barre moyenne. Lorsque l'on supprimait la traverse de l'A, cette lettre, conjointe avec le V, présentait l'aspect d'une N; la même combinaison pouvait résulter de la réunion d'un À sans traverse avec LI. Il est un autre genre de difficulté que peuvent présenter certaines conjonctions de lettres, et qui porte non sur la nature des éléments combinés par l'écrivain, mais sur l’ordre qu'il faut leur assigner. On peut rencontrer par exemple un E et un T dont les hastes se confondent de manière à ce que la partie gauche de la barre du T semble être le prolongement de la barre supérieure de l'E; il est bon de savoir que ces lettres ainsi combinées désignent aussi bien la syllabe ET que la syllabe TE. Ce genre d'incertitude est une des principales difficultés que présentent les monogrammes.
Un monogramme est l'assemblage de plusieurs lettres conjointes et entrela-