‹ Éléments de paléographieChapitre 388 sur 492 · PARTIE III — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE III — CHAPITRE III

cées de manière à ne former qu'un seul caractère dont les éléments, s'ils

étaient isolés, représenteraient, soit une portion, soit la totalité des lettres

qui entrent dans la composition d'un ou de plusieurs mots. Prenons pour

exemple le monogramme de Charles le Chauve, reproduit dans le fac-simile n° 3 de la planche XII. Il est facile de reconnaître, au premier coup d'œil, les lettres KRLS. Au-dessous de l’'R se trouve une losange qui forme les trois autres lettres du mot Karolus, c'est-à-dire l'A, l'O et le V. La moitié supérieure de la losange forme la lettre À, et la moitié inférieure la lettre V; la même figure, dans son ensemble, représente un O de forme anguleuse et tel d’ail-

1 La rareté des monuments diplomatiques antérieurs au vn' siècle, ne permet pas de décider à quelle époque les monogrammes ont commencé à paraître dans les chartes; mais comme ils étaient employés dans les médailles longtemps avant l'ère chrétienne, il est permis de supposer que les monogrammes qu'on rencontre dans les diplômes du wn° siècle ont pu être précédés par d'autres. Toutefois ils ne furent employés sous la première race que par des rois mineurs qui, arrivés à la majorité, conservèrent l'habitude de signer en monogramme. L'emploi des monogrammes, consacré par Charlemagne, devint ordinaire chez les empereurs, les rois de France, de Germanie, de Lorraine, de Bourgogne et d'Italie. Les Capétiens y renoncèrent au commencement du xrv° siècle, et les empereurs environ cinquante ans plus tard. Les rois d'Espagne et les princes Lombards se servirent aussi des monogrammes.

Au xr siècle, les princes de Capoue usèrent de ce privilége que Charlemagne avait déjà accordé aux ducs de Bénévent, et que s'attribuèrent aussi, surtout du xr° au xn° siècle, non-seulement les évèques et les abbés, maïs encore leurs notaires ou leurs chanceliers. Plusieurs papes du 1x° siècle signèrent en traçant le monogramme de leur nom. Tels sont Léon IIT, Pascal I, Grégoire IV, Benoît III, Nicolas I‘, Adrien IL. Cet usage ne fut pas adopté par leurs successeurs. Ceux-ci, après le x° siècle, réduisirent en monogramme la salutation Benevalete.

Les monogrammes de nos rois ne renfermaient en général que leurs noms. Cependant certains rois de la première race et, parmi ceux de la troisième, Eudes et Hugues Capet, y ajoutèrent

quelquefois le mot reæ. La charte de 993, dont quelques lignes sont reproduites dans le fac-simile n° 2 de la planche XIII, renferme aussi un monogramme de Robert, où le mot rex se trouve exprimé. Depuis Henri Il, les empereurs d’Allemagne joignirent dans leurs monogrammes aux lettres de leur nom quelques-unes de celles qui composent la formule gratiä Dei imperator auguslus, où quelquefois imperator Romanorum. Aussi ces monogrammes sont-ils très-difficiles à déchiffrer. Les monogrammes des Mérovingiens tiennent beaucoup de l'écriture cursive. À partir de la seconde race, ils prirent la forme de l’onciale et de la capitale,

On s’est demandé si ces monogrammes étaient tracés par les roïs ou par leurs chanceliers. Cette question est résolue par le texte de la charte, quand les monogrammes sont annoncés par la formule nominis caractere corroborari jussimus , ou par une phrase dans laquelle entre le mot jussimus où un équivalent. Au contraire, quand l'annonce du monogramme indique que le prince s'est chargé de le tracer lui-même, on doit penser que ce monogramme est son ouvrage, à moins qu'il ne s'agisse d’une charte postérieure à la fin du xr siècle; car, à partir de cette époque, les grands chanceliers, ou ceux qui les remplaçaient, furent chargés de ce soin. La conformité de plusieurs monogrammes d’un même roi, peut s'expliquer par l'emploi de caractères à jour dans lesquels la plume s’engageait sans pouvoir dévier. On peut supposer aussi que ce sont des empreintes du genre de celles qu'on obtient avec des griffes. Quelques textes viennent à l'appui de ces suppositions sans les justifier complétement.

leurs qu'on le rencontre dans plusieurs inscriptions ou dans les titres de certains manuscrits!. Si l'ordre dans lequel ces lettres doivent se lire n'était pas déterminé d'avance par la nature même de l'acte et la formule qui les accompagne, il est évident que la manière dont elles sont disposées pourrait se préter à plusieurs autres combinaisons. Il en est de même dans le monogramme qui termine le fac-simile n° 7 de la même planche. En effet, il est facile d'y trouver toutes les lettres du mot benevalete, lorsqu'on sait d'avance que ce mot doit y être représenté; mais si le sens du monogramme était inconnu, on serait arrêté longtemps avant d'arriver à fixer la nature et surtout la disposition des lettres qu'il renferme. Au reste, le sens du monogramme étant une fois fixé, il y a encore plusieurs manières de le lire. Le B et l'E forment les extrémités du premier jambage de la lettre N, à laquelle se rattachent toutes les autres lettres; VE qui termine ce premier jambage sert de nouveau pour la seconde syllabe du mot benevalete. La traverse et le second jambage de TN servent à former le V, et la syllabe va se trouve complétée par VA qui se rattache au bas de la traverse de l'N. Le second jambage de IN et les traits qui s'y rattachent peuvent fournir les syllabes lete. Et d'abord, il est facile de reconnaître le T qui surmonte ce jambage; la haste du T sert à former celle de la lettre L, dont la barre horizontale se dirige de droite à gauche, de sorte que, pour voir cette lettre dans sa position naturelle, il faut la regarder dans un miroir. La partie droite de la barre du T, et les deux barres qui se rattachent, l'une à la partie moyenne, l'autre à l'extrémité inférieure du second jambage de FN, forment avec ce jambage la lettre E, qui complète avec les lettres L et T les deux dernières syllabes du mot benevalete. On pourrait aussi ne pas tenir compte du trait qui part du second jambage de TN en se dirigeant vers la gauche, où du moins n’y voir que l'indication du point auquel le bas de la haste du T rencontre le haut du second jambage de V'N. Dans ce cas la lettre il pourrait se prendre, soit dans le premier jambage, soit dans le second, et alors elle aurait sa position naturelle. Si on la rattachaït au premier jambage, VE qui a servi pour les deux premières syllabes servirait encore pour la troisième, et celui qui dépend du second jambage ne figurerait que dans la syllabe finale. Puisqu'il y a plusieurs manières de lire un monogramme dont le sens est connu d'avance, il ne faut pas s'étonner que les sayants ne s'accordent pas sur le déchiffrement des monogrammes dont le sens est tout à fait inconnu. Mabillon a vu dans quelques-unes des lettres monogrammatiques du tableau représenté au frontispice de la belle Bible de l'abbaye de Saint-Paul de

1 On pourrait aussi trouver l'O dans la petite losange qui est formée dans l'intérieur de la grande par la traverse brisée de l'A.

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