II. DE L'ÉCRITURE CAPITALE DES SCEAUX
1° Déchiffrement.
Le troisième sceau de la planche A présente un fragment de légende où l'on remarque une S formée à contre-sens : il faut recevoir l'image de cette lettre dans une glace pour la voir dans sa position naturelle.
Le C initial du nom de Childebert II (PI. A, n° 5) paraît être de forme ronde, quoique la même lettre, dans le mot Francorum, soit certainement carrée, c’est-à-dire semblable à un E, dont la barre intermédiaire serait supprimée. La lecture de ce fragment de légende ne présente d’ailleurs d'autre difficulté que la réduplication des syllabes corum causée probablement par le déplacement de la matrice du sceau.
Pour déchiffrer les cinq lettres initiales du mot Francorum dans le sceau de Chilpéric IL (PI. À, n° 6), il faut non-seulement les présenter devant une glace, mais encore avoir soin de les renverser ou, en d'autres termes, de les tourner de manière à ce qu'elles soient placées au-dessous de la tête du roi, par rapport à l'œil du lecteur.
Le premier sceau de Charlemagne (PI. À, n° 8) présente l'abréviation ordinaire du mot Christ (XPE); il est facile de lire le mot Carolum et la première syllabe du mot regem; mais les lettres ge qui servent à exprimer la seconde syllabe ne paraissent que d'une manière imparfaite : il en-est de même du mot protege et des quatre premières lettres du mot Francorum, qui est abrégé d'une manière peu usitée (Francr). La forme de VN pourrait embarrasser, quand même elle serait plus nettement indiquée; en eflet le premier jambage descend plus bas que le second, qui lui-même prend une direction oblique et forme avec la traverse un V dont la base est supérieure à celle des autres lettres de la légende.
Dans la légende du sceau de Louis le Débonnaire (PI. A,n®10et11), on
PARTIE FIL — CHAPITRE IV. 183 retrouve l'abréviation du mot Christe et la suppression de l'm finale d'imperatorem. Cette légende peut se lire complétement, parce que la courte lacune que présente le sceau n° 10 peut être suppléée à l’aide du sceau suivant.
Une portion de la légende du sceau de Lothaire I* (PI. À, n° 12) est entièrement effacée, et plusieurs des lettres qui subsistent encore ne paraissent qu'imparfaitement; cependant on arrive à reconnaître les cinq dernières lettres du mot adjuva et les huit premières du mot Ælotarium.
Dans la bulle de Nicolas I (PI. U, n°1) la barre de la lettre L n’est indiquée que par un trait qui en marque l'extrémité, mais qui ne parait pas se rattacher à la haste; la traverse de l'A descend obliquement de gauche à droite, et les deux montants, au lieu de se réunir à leur sommet, sont tronqués et séparés comme par un triangle, dont la pointe se dirige vers la traverse. Les autres lettres sont d'une forme ordinaire.
Les légendes des sceaux de Charles le Simple et de Robert (PL B,n°"3et4) sont plutôt confuses que difficiles : elles ne renferment que des abréviations fort simples, celles des mots Dei et Francorum. Dans le sceau de Robert, les E sont de forme onciale.
La légende du sceau de l'abbaye de Saint-Denys (PI. P, n°4) renferme deux C ronds et un C carré.
Dans le sceau de l'abbaye de Saint-Germain (PL.O,n°3) l'm finale du mot sigillum est supprimée et le mot sancti est abrégé sous la forme usitée (sci). Quoique cette légende soit en partie effacée, on peut y distinguer deux C carrés et deux e de forme onciale.
1 faut remarquer dans le sceau de Henri I (PIB, n° 6) deux conjonctions de lettres, celle de TH et de l'E dans le mot Heinricus, et dans le mot Francorum celle de FN avec un C carré : le c affecte naturellement cette figure quand il est conjoint avec une lettre terminée par une ligne droite. L'abréviation finale de Heinricus est remarquable; quoiqu'elle ne soit pas très-bien marquée, on reconnait le signe qui remplace habituellement les lettres us. Les mots Dei, gratia et Francorum sont aussi abrégés dans la forme ordinalre.
Les deux faces du sceau d'Édouard le Confesseur (PLR, n° 1) présentent la même légende, si ce n’est que du côté où le roi tient une boule au lieu d'une épée, l’m finale du mot Angloram est supprimée et remplacée par le trait qui tranche le montant gauche de la lettre V. Les E et les M sont de forme onciale. j
Les abréviations du sceau de Philippe [°° (PL B, n° 7) sont les mêmes que dans le sceau de Henri I". On y trouve aussi la conjonction de l'N et du C
carré. On peut remarquer en outre que la suppression de le dans le mot Dei est indiquée par le trait supérieur qui rencontre la panse du D.
Le sceau de Guillaume le Conquérant (PI. R, n° 2) présente un mélange de lettres de différentes natures. Sur la face, c'est-à-dire sur le côté où il est représenté à cheval, le mot hoc se compose d'une onciale, d’un O en losange et d'un G carré; l'O en losange est encore employé dans la première syllabe du mot Normannorum, mais il est rond dans la troisième syllabe : le même mot renferme un À, dont le sommet est tranché par une ligne droite. Quoique les deux dernières lettres de cette légende (si) soient presque entièrement effacées, on peut reconnaître que l'S est aussi de forme carrée, et qu'elle ressemble à un Z dont la traverse descendrait de gauche à droite, et non de droite à gauche. Ces deux lettres peuvent représenter la conjonction si; mais il nous semble préférable pour le sens de les considérer comme les initiales du mot signo, quoique pour la mesure du vers il faille se contenter de prononcer si, en faisant élider cette syllabe devant le mot hoc, qui commence le vers suivant. Au revers on trouve, indépendamment de VO en losange et du C carré, un G également carré, une S en forme de Z à la fin du mot fatearts, et un e oncial dans la dernière syllabe du mot suivant.
La bulle de plomb de Pascal IT {PI U, n° 2) renferme des abréviations que l'on rencontre sur la plupart des bulles de plomb de ses successeurs : le mot papa est représenté par deux P surmontés d’une barre, et le mot sanctus par une S tranchée dans sa partie moyenne; enfin les initiales PA et PE expriment les noms des deux apôtres (Paulus, Petrus).
La légende du sceau de Henri [*, roi d'Angleterre (PI. R, n° 3), ne présente pas de difficulté, quoïqu'on y remarque, indépendamment de quelques lacunes, des portions de mots faiblement indiquées : on fera seulement observer qu'il ne faut pas prendre pour un jambage de lettre l'extrémité de la lance du roi, qui sépare les deux dernières lettres du mot Anglorum. Lorsque les ornements du sceau entrent ainsi dans le cercle de la légende, ils peuvent causer de la confusion.
On retrouve dans le sceau de Louis VI (PI. C, n° 1) quelques détails qui ont déjà été signalés dans les sceaux de ses deux prédécesseurs, c’est-à-dire la conjonction de L'N et du C carré et les abréviations des mots Da et grata (Di et gra); mais il faut remarquer en outre dans le mot Francorum la conjonction de l'O avec la panse et le haut de la queue de V’R. L’m onciale qui termine ce mot est grossièrement formée; ses deux derniers jambages ont la même dirction que la haste de l'R du mot rex et semblent former avec ce trait une m minuscule; dans ce même mot les barres de l'E ne sont que faiblement indi-
PARTIE 11II.— CHAPITRE IV. 485 quées et se confondent avec les extrémités de TX; enfin l'altération de l’empreinte ne permet pas de distinguer nettement les initiales du mot Francorum.
On voit dans le sceau de la commune de Noyon (PI. P, n° 15) Le mot sigillum représenté par une S tranchée; cette abréviation est d’un usage très-fréquent. Ce mot est le seul qui soit suivi d'un point, les autres ne sont même pas séparés par un intervalle. Le reste de la légende ne renferme pas d'abréviations, et la lecture en serait facile si l'empreinte, d’ailleurs un peu confuse, n’était pas altérée par quelques brisures. Il existe aux Archives du Royaume un sceau sur lequel il est facile de reconnaître que l’e du mot et est de forme onciale.
Le sceau de la commune de Beauvais (PI. P, n° 11) ne renferme ni lettres onciales, ni abréviations, ni séparations de mots; il serait aussi très-facile d'en lire l'inscription, si l'empreinte n'était pas altérée.
La légende du sceau de l'abbaye de Saint-Victor (PL.O, n°2) est incomplète et faiblement marquée, mais elle ne renferme pas d'abréviations; les mots sont distingués non-seulement par des intervalles, mais encore par des points : Vm et le sont de forme onciale; le sommet des A est tranché par une ligne droite.
Le sceau de Louis le Jeune présente sur la face principale (PI. G, n° 2) les mêmes abréviations que celui de son père, mais on n'y trouve pas de lettres conjointes : seulement le crochet supérieur du C se confond dans le mot Ludovicus avec le haut du premier montant de la lettre V. Au revers (PI. C, n° 3) il faut remarquer lm du mot Aquitanoram, qui est onciale, mais dont les deux premiers jambages se réunissent pour former un O'; cette lettre est séparée de celle qui la précède par le haut de l'épée du roi.
La bulle de plomb d'Eugène IT (PI. UÜ, n° 3) présente un e oncial qui approche beaucoup de la fornie gothique; le signe abréviatif placé au-dessus des lettres PP présente une courbure qui s'est maintenue jusqu'au milieu du xv° siècle.
Le sceau de la reine Constance (PI. B, n° 5) renferme deux C de forme carrée; la parfaite conservation de ce modèle permet de lire la légende sans la moindre difficulté. Il n'en est pas de même de celle du sceau de la troisième femme de Louis VII (PI. C, n° 4); cependant, malgré l'imperfection de l'empreinte, on reconnait que les mots ne sont pas séparés, que les E sont tantôt de forme onciale, tantôt de forme capitale, enfin que le mot gratia est le seul qui soit abrégé.
La légende du sceau de Maurice de Sully (PI. O, n° 1) est tout entière en
ê t i ë e rnier j 8 ieux marqué.
1 La même forme de lettre existe sur l'autre face, et le dernier jambage est mieu J
capitale; la lacune qui existe à la fin devait être remplie sans doute par l'abréviation du mot episcopt (EPI).
On trouve dans le sceau de Roger, évêque de Laon (PL P,n°7), des N en forme d'H; le premier E est capital ; les deux autres sont de forme onciale. Le sceau de Philippe de Dreux, évêque de Beauvais {PI. P, n° 9), renferme aussi un E capital et un e oncial.
La bulle de plomb d'Innocent II (PL. U, n° 4) se lit sans la moindre difficulté ; le, sans être fermé, s'écarte des formes de la belle onciale, par les traits qui tranchent l'extrémité des crochets, traits que lon peut observer aussi dans les lettres C, T et S.
Le sceau de Guillaume de Seillenay (PI. O, n° À) présente une des abréviations les plus ordinaires du mot sigillum; les lettres um sont remplacées par la barre qui tranche la seconde L. Le même signe abréviatif indique la suppression de la lettre 1 et des lettres el, dans le mot Wüllelmi. L'e du mot Parisiensis est marqué imparfaitement; mais l'on reconnaît dans le mot suivant que cette lettre n'est pas complétement fermée.
Quoique le sommet de plusieurs lettres soit détruit dans le sceau n° 4 de la planche Q, la légende ne présente aucune difficulté; les lettres sont de forme capitale, et les mots sont séparés par neuf points disposés à peu près en forme de carré.
On retrouve l’ancienne abréviation du mot papa, dans les bulles de plomb d'Eugène IV (PI. U, n° 12), et de Paul II (PI U, n° 14); mais dans celles delle PAU ns 13), de Léon X (PLU; n° 17}, et de Paul Il (PI U, n° 19), ce mot est marqué en toutes lettres. On ne peut être arrêté par aucune difficulté dans la lecture de ces légendes.
Les revers des bulles de plomb représentés sous les n° 14, 13, 16 et 17 de la planche U, se font remarquer par une disposition nouvelle des lettres S. PA, S. PE, { Sancius Paulus, Sanctus Petras), qui sont placées les unes audessous des autres, en se répondant deux à deux. Sur le revers n° 14, on trouve pour le nom de S. Paul, PAV au lieu de PA; et pour le nom de S. Pierre, PET au lieu de PE. L'addition de ces deux lettres fixe le sens des légendes qui renferment seulement PA et PE, légendes dans lesquelles plusieurs personnes avaient voulu voir quatre sigles détachés répondant aux mots Paulus Apostolus, Petrus Episcopus. La disposition verticale de cette légende est moins extraordinaire encore que celle qui a été employée sur le revers de la bulle de plomb de Glément VIT (PLU, n° 1 8); en effet, l'ordre des lettres oblige à lire: Sanctus Paulus, Petrus Sanctus.
Le sceau de Louis XIT (PI. K, n° 1) ne renferme pas d'abréviations; mais
PARTIE IL — CHAPITRE I. 187 les lettres C I sont conjointes dans les mots gracta et duodecimus; ce dernier mot renferme aussi un d gothique conjoint avec un E capital. Les autres e sont de forme onciale, ainsi que le d de Ludovicus.
Le sceau suivant renferme l’abréviation ordinaire du mot gracta ; le signe abréviatif est nettement indiqué au-dessus de VR. Tous les d sont de forme onciale; il en est de même de le, dans les mots et, rex, Mediolani, et dans la première syllabe du mot Hierusalem. Il faut remarquer la forme massive des points qui servent à distinguer les mots. La devise placée au revers, au-dessous du second écusson, ne présente de difficulté que par la finesse des caractères. Le sens de cette devise est que la gloire (los) s'acquiert par l'accroissement du mérite.
La médaille reproduite sous le n° 6 de la planche O, présente des lettres chargées de saillies bizarres qui altèrent la forme des caractères sans les rendre cependant trop difficiles à déchiffrer. La légende de la face principale renferme trois abréviations indiquées par les traits qui surmontent les lettres À et V dans le mot Francorum, et la lettre 1 dans le mot Christianissimi. Le commencement de ce dernier mot est écrit avec les caractères grecs X et P, qui étaient encore employés pour le mot Christus et ses dérivés.
L'imperfection de la gravure est un des signes qui caractérisent les sceaux mérovingiens. On à vu que dans une des légendes (PI. A, n° 3), la lettre S était formée à contre-sens, et que dans l’autre (PI. À, n° 6), toutes les lettres étaient renversées. Cette circonstance prouve que les graveurs ne savaient pas toujours calculer la position queles lettres devaient avoir sur la matrice, pour que l'empreinte les reproduisit sous leur aspect naturel.
La forme de l'O, dans le sceau n° 3, doit être remarquée; cette lettre, au lieu de s’'arrondir dans sa partie supérieure, se termine en pointe, et il semble même que les deux traits se croisent à leur rencontre. Or on aura occasion de voir, dans les diplômes mérovingiens, des o à sommet anguleux et qui de plus se terminent par un ou deux traits excédants. Ce type a été évidemment imité par l’ouvrier qui a gravé le sceau de Clovis LIL. Cette lettre présente encore le même caractère dans le sceau de Childebert HI (PL. A, n° 5). On y remarque en outre un C de forme carrée, ainsi que dans la légende suivante. Cette dernière forme de lettre est en général considérée comme ancienne ; Mais on a pu voir qu'elle a été employée dans le sceau de Louis VI et dans celui de Constance , femme de Louis le Jeune: on l’a rencontrée aussi dans les sceaux
des abbayes de Saint-Denys et de Saint-Germain des Prés. Il ne faudrait donc pas s'attacher exclusivement à ce caractère, pour reporter une inscription au temps des Mérovingiens.
Les formes des lettres sont beaucoup plus régulières dans le sceau de Charlemagne (PI. À, n° 8); mais les mots ne sont point séparés, et l'on ne remarque ni signe abréviatif, ni ponctuation, pour distinguer ceux dans lesquels certaines lettres sont supprimées. Si les lettres XPE forment une abréviation proprement dite, il n’en est pas de même des lettres FRANCR, que l’on doit considérer moins comme une abréviation du mot Francorum!, que comme un sigle composé.
Si le premier modèle du sceau de Louis le Débonnaire présente moins de lacunes, le second (PI. À, n° 11) rend mieux l'aspect de l'écriture, qui est fine et déliée; c'est un genre de gravure que l’on peut considérer comme convenant aux premiers temps des Carlovingiens, quoiqu'il soit possible d'en rencontrer quelques exemples dans un petit nombre de sceaux du xi° siècle. Les mots sont réunis dans cette légende comme dans celle du sceau de Charlemagne; il faut aussi remarquer la séparation parfaite du double V, dont les branches ne sont ordinairement croisées qu'après le x° siècle; toutefois les Bénédictins ont trouvé le W conjoint sur une monnaie de Louis le Débonnaire.
La légende du sceau de Lothaire (PI. À, n° 12) est trop confuse pour qu'on puisse y remarquer autre chose que la séparation de la dernière syllabe du mot adjuva. On rencontre souvent dans les manuscrits contemporains des mots mal séparés.
Les À que l’on remarque sur les deux côtés de la bulle de plomb de Nicolas I (PLU, n° 1), sont signalés par les Bénédictins comme ne pouvant être postérieurs au 1x° siècle. Cette légende fournit encore un autre caractère d'antiquité, mais qui est moins précis que le précédent, c'est la séparation des deux lettres composant la diphthongue Æ.
Le sceau de Charles le Simple (PL. B, n° 3) ne présente pas d'autres caractères chronologiques que l'indistinction des mots et la régularité de la forme des lettres.
Quoique le oncial figure sur les médaïlles latines dès le mm° siècle (Nouv. Tr. de Dipl. tome Il, p. 175), cependant l'E capital fut toujours employé de préférence dans les inscriptions; mais, dans le cours du xr° siècle, on voit se multiplier sur les sceaux les e de forme onciale, qui dégénèrent bientôt en e gothiques. C'est à l'alphabet oncial, qu'appartiennent les e du sceau de Ro-
1 Suivant les auteurs du Nouveau Traité de pect d’un V précédé d’une haste, se rencontre Diplomatique, l'N de ce mot, qui présente l'as- depuis le vin° jusqu'au x° siècle.
PARTIE III — CHAPITRE IV. 189 bert II (PI. B, n° 4). Les mots de cette légende ne sont pas séparés; mais on y découvre deux abréviations. :
Les sceaux de Henri I* et de Philippe I‘ (PI. B, n° 6 et 7) renferment chacun trois abréviations, entre autres celle de la finale us, représentée sous la forme d’une apostrophe; le trait qui indique la suppression de le du mot Da est nettement indiqué dans le sceau de Philippe I‘; et dans celui de Henri [*, on distingue le signe abréviatif placé au-dessus de l'R du mot gratia. Il est probable qu'un demi-siècle auparavant on ne trouverait pas beaucoup d'exemples analogues, et que les suppressions de lettres ne seraient pas indiquées par des signes abréviatifs.
L'indistinction des mots, l'absence des abréviations, emploi des lettres capitales sans mélange d'onciales, permettent de faire remonter le sceau de l'abbaye de Saint-Denys (PL. P, n° 4), au commencement du x‘ siècle, quoique l'acte le plus ancien auquel nous layons vu attaché ne soit que de la seconde moitié du siècle suivant. Il ne sera pas inutile de faire observer à cette occasion que les sceaux d'abbayes, de villes et de communautés sont souvent beaucoup plus anciens que les actes qu'ils accompagnent : par respect pour les traditions, on devait naturellement les conserver le plus longtemps possible.
On peut assigner au sceau de Saint-Germain des Prés (PLO, n°3 ), à peu près la même date qu’à celui de l'abbaye de Saint-Denys. L'abréviation du mot sancti n'est pas moins ancienne que celle de Tm finale de sigillum. Le sceau de Robert IT présente d’ailleurs pour cette dernière abréviation un exemple analogue dans le mot Francorum, et Ton y trouve aussi des e de forme onciale. Enfin, on remarquera que le sceau de S. Germain des Prés renferme deux C carrés; c'est un caractère que les Bénédictins ne regardent pas comme postérieur au xr° siècle. L'emploi de cette forme de lettre dans le sceau de la reine Constance (PI. B, n° 5), peut être considéré comme exceptionnel; il sera d’ailleurs facile de prouver que cette légende est postérieure à celle du sceau qui nous occupe en ce moment.
L'indistinction des mots et la séparation du double V pourraient faire regarder le sceau d'Édouard le Confesseur (PLR, n° 1), comme plus ancien qu'il ne l’est réellement; mais le trait qui tranche la lettre V, pour indiquer la suppression de l’m finale du mot Anglorum, et la réunion en forme d’O des deux premiers jambages de l’m onciale, qui termine le mot sigillum!, sont des caractères qui ne conviendraient pas à un sceau du x' siècle.
L'indistinction des mots et la séparation du double V concourent sur le
! Ces deux remarques ne s'appliquent qu'à l'un glorum n’est pas abrégé, et les m onciales ont une des côtés du sceau; sur l’autre côté, le mot An- forme plus pure.
sceau de Guillaume le Conquérant (PI. R, n° 2), avec l'emploi de plusieurs lettres de forme carrée. La réunion de ces caractères est loin d’être habituelle, même dans les sceaux du siècle précédent; mais il est probable qu'en accumulant ainsi les formes carrées, on aura voulu imiter le style de l'écriture anglosaxonne, quoique Guillaume le Conquérant l'ait remplacée dans les actes par l'écriture française. Le G du mot signo n'est pas d'ailleurs du nombre des lettres que l’on rencontre dans l'ancienne capitale : tel est du moins le sentiment des Bénédictins (tome Il, p. 321); d’un autre côté, les formes onciales paraissent dans la lettre hk sur la face principale et sur le revers, dans le de la troisième syllabe du mot eundem. On croit devoir faire observer enfin que la dernière lettre de ce mot se trouve séparée de la précédente par l'épée du roi; peut-être serait-il difficile de trouver au x° siècle un sceau dont les ornéments pénètrent ainsi dans le cercle de l'inscription.
Le sceau de Henri [*, roi d'Angleterre (PI. R, n° 3), conserve, maloré l'altération de l'empreinte, la trace des points qui servent à distinguer les mots; sur le revers, le premier et le second mot sont séparés par un intervalle sensible; IN du mot Anglorum approche de la forme de TH; la panse de TR enveloppe la plus grande partie de la haste : cette dernière lettre présente sur le premier côté un aspect différent, mais qui n'est pas moins caractéristique ; on peut remarquer en eflet que la queue, au lieu de se courber une seconde fois pour se diriger vers la lettre suivante, tend plutôt à revenir sur ellemême et à présenter l'aspect d'une ligne convexe ; enfin, dans le mot Henricus, l'extrémité des crochets du C se prolonge assez pour fermer presque entièrement la partie antérieure de la lettre.
Les bulles de plomb reproduites sous les n° 2, 3 et À de la planche U, donneront lieu à une observation analogue. En eflet, les extrémités de plusieurs lettres sont tranchées par des traits verticaux qui se prononcent et se multiplient à mesure que lon approche de la période gothique : on peut vérifier cette remarque dans la première bulle, sur les lettres C et S; dans la seconde, sur les lettres G, E, S: et dans la dernière, non-seulement sur les lettres C, E, T,S, mais encore sur le signe abréviatif qui surmonte les lettres PP.
Les mots sont indistincts dans le sceau de Louis le Gros (PL. C, n° 1}, mais l'écriture est trop massive pour que l'on soit tenté d'en reculer la date; on peut remarquer d’ailleurs dans la lettre V un signe qui ne peut convenir à la capitale que dans les temps voisins de la période gothique; c'est que les montants de cette lettre sont plus larges dans le haut que dans le bas.
La formation des communes de Noyon et de Beauvais concorde avec le règne de Louis le Gros: et si on examine les sceaux de ces deux villes, on verra que