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PARTIE III. — CHAPITRE IV

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2° Age.

On convient généralement que l'écriture mixte a cessé d'être employée au nx° siècle; mais il n’est pas facile d'en fixer l’origine. Il faut savoir d’abord que cette écriture a été qualifiée de minuscule par plusieurs écrivains; par conséquent, on ne devra pas s'étonner s’il est question dans certains ouvrages d’une écriture minuscule antérieure de plusieurs siècles au règne de Charlemagne. Les Bénédictins ont repoussé cette confusion de mots; et pour constater qu'ils distinguaient cette écriture de la minuscule, ils l'ont appelée mixte, ou demionciale. Quoiqu'ils emploient plus habituellement cette dernière dénomination, nous avons cru devoir préférer le nom d'écriture mixte à celui de demi-onciale, qui semblerait indiquer que, sauf la différence de hauteur, les caractères de ce genre d'écriture sont les mêmes que ceux de l'onciale, tandis-que l'écriture mixte compose son alphabet d’un petit nombre de lettres qui lui sont propres, et de celles qu'elle emprunte, non-seulement à l'onciale, mais encore à la cursive. Il est facile de comprendre que du moment où les progrès de la littérature romaine amenèrent la transcription fréquente d’un certain nombre d'ouvrages littéraires, il devint nécessaire de simplifier les formes de l'écriture capitale, pour abréger le travail des copistes. Cette hypothèse suffit pour expliquer l'origine de l'écriture onciale; mais comme la majuscule onciale ne répondait qu'imparfaitement au but qu'on sétait proposé, on dut arriver bientôt à lui faire subir une double modification, c'est-à-dire à diminuer la hauteur des traits, et en même temps à choisir dans l'écriture cursive quelques lettres d'une forme plus simple. Ces différents caractères se trouvent réunis dans l'écriture mixte, au commencement du vi‘ siècle. Toutefois, les Bénédictins ne semblent pas éloignés de croire que dans le principe elle n'a différé de l'onciale que par sa hauteur etnon par sa forme. Cette hypothèse, sur laquelle d’ailleurs ils n'insistent pas, n'a rien qui contredise l'opinion que nous venons d'émettre sur l’origine de l'écriture mixte; mais il reste à examiner si l’on doit admettre avec les savants auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique que celte écriture ait emprunté quelques-unes de ses lettres à la minuscule. Que certaines lettres minuscules, étrangères à l'alphabet cursif, paraissent dans l'écriture mixte vers la fin du vi‘ siècle, ou au commencement du siècle suivant, c’est un fait incontestable, mais duquel on n'est pas obligé de conclure qu'il ait existé avant l'écriture mixte une minuscule plus ou moins semblable à celle qui paraît dans la plupart des manuscrits du 1x° siècle. Nous pourrions dire que les Bénédictins, en parlant de cette ancienne minuscule, ont voulu

seulement désigner une écriture plus fine que la capitale, sans rien préjuger sur la forme des éléments alphabétiques; mais si plusieurs passages du Nouveau Traité de Diplomatique peuvent se prêter à cette interprétation, il en est d’autres qui la contredisent formellement; et il y aurait peu de franchise à en déguiser le sens, pour faire passer sous l'autorité des Bénédictins une opinion qu'ils ont déjà combattue et que nous ne devons renouveler qu'avec une extrême réserve et sous notre responsabilité personnelle.

Ce qui, à notre avis, doit surtout faire douter de l'existence d’une ancienne minuscule, c'est qu'il est difficile de s'expliquer par quels motifs on l'aurait abandonnée pour se servir de l'écriture mixte. En effet, cette minuscule étant moins pénible à tracer que l'onciale, plus nette et plus distincte que la cursive, aurait rempli toutes les conditions nécessaires pour la transcription des ouvrages de littérature. D'un autre côté, si l'on examine la forme des lettres employées par l'écriture mixte au commencement du vr° siècle, on reconnaît que les deux caractères qui distinguent essentiellement l'alphabet minuscule de l'onciale et de la cursive, c'est-à-dire l'a et le, se présentent toujours l’un sous la forme cursive, l’autre sous la forme onciale. Comment expliquer l'exclusion constante de ces deux figures (a e) si elles avaient été réellement en usage? et d'un autre côté, comment distinguer l’ancienne minuscule de l'écriture mixte, si dans cette minuscule les «étaient de forme cursive et les e de forme onciale? Sera-ce par la forme de l'f et du g? Mais on répétera pour ces deux lettres ce qui a été dit pour les deux autres, c’est qu’elles auraient quelquefois paru dans l'écriture mixte sous la forme minuscule, si cette forme avait réellement existé. Dira-t-on que l'existence de la minuscule est prouvée par des textes? Sans doute il'existe des textes qui parlent d’une écriture autre que la majuscule et la cursive; mais comme dans les premières années du vi‘ siècle on ne trouve, indépendamment de la majuscule et de la cursive, que de l'écriture mixte, il est permis de croire que c'est à l'écriture mixte qu'il faut appliquer tous les textes sur lesquels s'appuient les Bénédictins pour prouver l'existence de la minuscule. Il est bon de faire observer d’ailleurs qu’en fait, lorsqu'ils produisent des modèles d'ancienne minuscule, on y retrouve presque toujours les formes de l'écriture mixte. Nous devons déclarer cependant qu'on a découvert depuis la publication du Nouveau Traité de Diplomatique un manuscrit fort curieux * dont Fumagalli a fait graver, dans ses Institutions Diplomatiques, un fac-simile malheureusement fort court et d’une exécution très-imparfaite. Si ce manuscrit est aussi ancien qu’on le suppose, il ferait remonter au vu siècle l'emploi de la minuscule proprement dite; mais il faudrait avoir l'original entre les mains,

1 Cest grâce à l'obligeance de M. Guérard que nous pouvons signaler ce fait important.

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