‹ Éléments de paléographieChapitre 397 sur 492 · PARTIE II.— CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE II.— CHAPITRE IV

pour apprécier sûrement la nature et l’âge de l'écriture qu'il renferme. Quoi qu'il en soit, on doit tenir pour constant que plusieurs auteurs ont appliqué le nom de minuscule à uné écriture qui, d'après les Bénédictins, n'aurait dû être désignée que sous le titre d'écriture mitte ou demi-onciale. Quant à l'opinion des Bénédictins qui, indépendamment de l'écriture mixte, reconnaissent une minuscule dont l'existence serait antérieure à l'invasion des Barbares, nous pensons qu’elle ne repose pas sur des preuves assez positives, et qu'il est préférable, jusqu'à préuve contraire, de ne pas faire remonter les premiers exemples de la minuscule au delà du vrr° siècle, à moins toutefois que l’on ne veuille changer les définitions adoptées et réunir sous une dénomination commune la demi-onciale et la minuscule.

Comme les deux premiers fac-simile de la planche Ill reproduisent une seule et même écriture, on examinera en même temps les caractères chronologiques qu'ils renferment. La seule différence qui pourrait les distinguer serait la séparation des mots dans la liste des papes; mais il est inutile de faire observer que cette liste est disposée en forme de tableau, et que c'est dans le corps même du manuscrit qu'il faut rechercher quelles étaient les habitudes réelles de l'écrivain. Or on voit que dans le fac-simile n° 2 il n'existe aucun intervalle entre les mots. L'emploi constant de le oncial est un caractère qui ne permettrait pas de rabaïsser cette écriture jusqu'à la fin du vr° siècle. On doit signaler aussi le trait horizontal qui ferme le haut de l’a cursif, l'ouverture du bas de la panse du p, la rondeur et la finesse du crochet supérieur du ce, Le développement libre et prolongé du crochet de Fr, et en général le mouvement facile et régulier de toute cette écriture. Nous ne parlons pas de l'fet du g, qui conservent toujours la forme que l'on a indiquée ailleurs comme pouvant caractériser l'écriture mixte.

Ces deux lettres se retrouvent dans le fac-simile n° 1 de la planche IV; mais lé G oncial est substitué à l'autre dans la première ligne. L'a cursif n'a plus la forme anciénne qui a été décrite tout à l'heure :1l est plutôt arrondi que tranché par une ligne droite dans sa partie supérieure. L'e minuscule remplace souvent le oncial; mais l'ampleur de la panse du q et surtout la forme de lr annoncent une écriture qui ne peut être rabaissée jusqu'à la fin du vu siècle. On doit tenir compte aussi de J'indistinction des mots et de la forme des abréviations qui présentent l'aspect d’unes couchée dont les panses seraient peu prononcées. En général, cette écriture est moins libre et moins hardie que la précédente : peut-être aussi devrait-on remarquer que les ! s'éloignent beaucoup plus de la forme majuscule que dans les deux modèles de la planche III, où les barres descendent souvent au-dessous de la ligne pour se développer

plus librement. Le trait oblique qui se rattache à l'e final du mot adtendere (fin de la première ligne), n’est qu'un signe de ponctuation ajouté après coup par un -correcteur : on en retrouve un autre qui se rattache de même à la première lettre du mot planè (commencement de la troisième ligne).

Le crochet de Fr minuscule ne descend plus aussi bas et ne présente plus l'aspect d'un jambage dans la note reproduite sous le n° 5 de la planche IV; on n'y trouve plus d'e oncial, la panse du q est moins développée, et le crochet de ls s'élève assez haut pour qu'on ne soit plus tenté de confondre cette lettre avec lr minuscule. Du reste, quand on compare ce fac-simile avec celui qui est placé au commencement de la même planche, et avec les deux premiers de la planche précédente, on reconnaît que ces écritures ont dans leur ensemble une grande analogie; on pourra aussi vérifier plus tard qu'elles s'éloignent des habitudes de la cursive mérovingienne, et que par la régularité des courbes et des lignes droites elles se rattachent plutôt aux deux modèles de cursive reproduits, l’un sous le n° 3 de la planche III, l'autre sous le n° 1 de la planche XI. Au contraire, le quatrième Jac-sinule de la planche IV, vu dans son ensemble, présente des traits contournés et irréguliers qui ne sont pas sans analogie avec le modèle représenté sous le numéro précédent. Indépendamment de ces rapports généraux, on peut noter comme des points de ressemblance qui rattachent cette écriture à la cursive mérovingienne, d'un côté la forme du t dans les mots circumite, aspicite, considerate, inveniatis et propittus ; de l'autre, lr à crochet anguleux et excédant, tel qu'on le trouve dans les mots circumite, Hierusalem et virum. Siles mots de ce Jac-simile commencent à être séparés, si l'a sy montre une fois sous la forme minuscule (fin de la seconde ligne), d'un autre côté la séparation de l’'&, la forme massive des lettres, et surtout emploi fréquent des liaisons de lettres cursives permettent de faire remonter ce manuscrit à la fin du vui° ou au commencement du virr siècle.

On remarque dans le fac-simile n° 6 une écriture plus correcte et plus déliée, mais qui se rattache aussi à la cursive par la liaison des lettres ro, dans les mots propatruus et proavus, et par la forme de l’e dans les mots est, nepus et neptis. Ces différents caractères ne se rencontrent plus ordinairement à la fin du vin siècle, quoiqu'ils n'aient été entièrement exclus des manuscrits que dans le cours du x:°. Les conjonctions de lettres sont aussi plus fréquentes que dans la minuscule carlovingienne, où l'on ne trouverait que par exception des « cursifs ouverts par le haut; les mots, quoique plus souvent séparés que dans le Jac-sinile précédent, se confondent encore quelquefois; enfin , la forme du g, tout en se rapprochant de la minuscule, ne cesse pas d’appartenir à l'écriture mixte.

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