PARTIE IIL — CHAPITRE IV
des traits élevés à des jambages massifs, de rattacher à leurs extrémités des traits superflus, etc. Il est donc presque toujours possible de distinguer ce qui dépend d’un caprice individuel et ce qui appartient aux habitudes de tout un siècle. Essayons d'appliquer ces observations générales à l'examen d’un certain nombre de sceaux dont les empreintes sont assez bien conservées pour qu’on puisse étudier les modifications successives de la majuscule gothique.
Le sceau de Philippe-Auguste (PI. C, n° 5) remonte à l'an 1180; il renferme déjà plusieurs lettres gothiques : on remarquera en premier lieu VA du mot Philippus et l’e fermé du mot rex: puis, dans les lettres qui s'éloignent moins des formes de l'alphabet capital, le D, le P et l'R, dont les hastes sont raccourcies et moins élevées que le haut des panses.
Les formes gothiques sont plus caractérisées dans le sceau de Louis VIII (PL D, n° 1). Le trait qui ferme l’e du mot rex est plus apparent, la barre de la lettre a aussi plus de corps, et les jours intérieurs sont diminués d'une manière sensible. Le C du mot Francorum est fermé par le prolongement des crochets, tandis que dans le sceau de Philippe-Auguste cette lettre conservait encore une petite ouverture. L'écartement du haut des montants du V est beaucoup moins considérable, et la partie supérieure de ces deux traits est beaucoup plus massive; il en est de même des jambages*de TM et de TN capitales.
Dans le premier scéau de Louis IX (PI D, n° 2) le nombre des lettres gothiques augmente considérablement; en effet, outre l'e fermé’ on y trouve l'm, la et lu. On remarquera, d’ailleurs, le raccourcissement de la barre de la lettre L, les traits saillants qui se rattachent à la haste du D, l'applatissement des panses de l'S, le prolongement horizontal de ses deux extrémités, les traits saillants qui les terminent, la diminution des jours intérieurs de la plupart des lettres, le trait massif qui ferme l'ouverture de l'e du mot rex, et celui qui réunit les deux barres de VF du mot Francorum.
Le second sceau de saint Louis (PI. D, n° 3) est postérieur de près de trente ans au premier, et cependant on yÿ trouve VM capitale au lieu de lm gothique, et la lettre V n'y paraît pas sous la forme de l’u. Mais si l’on ne s'en tient pas à cette première observation, et que l'on compare ces deux légendes dans tous leurs détails, on reconnaîtra que les traits de la seconde sont, en général, plus massifs : ainsi, la haste de la lettre L est à la fois plus courte et plus large ; les jours intérieurs du D?, de l'e, de l'O et de LS, sont moins sensibles; à peine existe-t-il un intervalle entre les montants de l'A du mot gratia, comme entre ceux des deux derniers V du mot Ludovicus. D'autres lettres
1 Le C du mot Ludovicus n’est pas complétement fermé.
? Voyez Surtout le D du mot Dei.
pourraient donner lieu à des remarques analogues; mais ce qu'il importe surtout de faire observer, c'est la forme du C qui est fermé, non par la réunion des deux crochets, mais par un seul et même trait qui s'étend sur toute la partie antérieure de la lettre. Si de la réunion de ces différents caractères il ne résulte pas une certitude absolue, on y trouve du moins des éléments de probabilité; et quand même on rencontrerait de temps en temps des faits contradictoires, on ne devrait pas contester l'utilité des règles d'après lesquelles on peut résoudre au moins le plus grand nombre des difficultés.
L'écriture gothique prend un caractère tout nouveau dans les deux sceaux de Philippe le Hardi (PI. E, n° 1 et 2) et dans celui de Philippe le Bel (PL. E, n° À), par les doubles traits qui viennent compliquer la forme de certaines lettres, ou par les ornements qui se rattachent à leurs extrémités. Prenons pour exemple le sceau de Philippe le Bel : on remarque dans l'intérieur de Vu du mot Phhppus un trait parallèle au premier jambage, et qui est complétement étranger aux éléments dont se compose cette lettre; des traits de même nature traversent l'intérieur du D, du CG et de l'O; d’autres se développent au dehors des lettres À, I, V, X, etc. La barre de l’e est double dans le mot Da, le bas du premier montant de l'A du mot gratia se rattache à une ligne ondulée qui lui sert d'ornement, la haste et la barre de la lettre L se terminent par des traits excédants qui arrivent presque à se rencontrer ; en un mot, la plupart des lettres s’'éloignent assez des formes anciennes pour que l'emploi de M et de FN capitales ne puisse tromper sur l'âge de cette légende.
Dans les deux sceaux de Louis X (PI. F, n° 1 et 2) les lettres ne sont plus surchargées des mêmes ornements, mais on en rencontre encore quelques traces, ou, du moins, les extrémités de certaines lettres se replient sur ellesmêmes et se terminent par des boucles. Les lettres gothiques paraissent ici sans aucun mélange : la barre de la lettre L se termine par un trait fortement prononcé qui s'élève parallèlement à la haste; les ouvertures du G et de le ne sont pas fermées par le prolongement des crochets, mais par une ligne accessoire fortement indiquée; la barre du T se termine comme celle de la lettre L par des traits excédants; en un mot, tout annonce que le concours des lettres gothiques n’est pas accidentel, et que cette légende doit être postérieure au x siècle. D'un autre côté, comme l'écriture est en général plutôt large et ramassée que haute et allongée, on ne sera pas tenté de croire qu’elle appartienne à la seconde moitié du x1v° siècle.
Si l’on examine attentivement le sceau de Philippe VI (PI. G, n° 1), on reconnaîtra que les lettres ont augmenté en élévation, mais que leur largeur ne s'est pas accrue dans la même proportion. Cette différence devient plus sensible
D es à din AU LE à ES PQ 2 on PA 29 ER
encore dans les sceaux de la planche suivante et dans le sceau n° 1 de la planche J. Si lon veut examiner d'ailleurs les deux sceaux de Louis XII (Pl KP narere ) ; Qui ont été rattachés à l'écriture capitale parce qu'ils renferment un grand nombre de caractères qui ne peuvent convenir à la majuscule gothique, on reconnaîtra que, jusqu'au temps de la renaissance, les lettres n'ont pas cessé de croître en hauteur et de diminuer en largeur. C'est par suite de cette modification qu'à partir du xiv° siècle, les deux montants de VA se rapprochent de plus en plus de la direction parallèle, que les panses du c et de le abandonnent la forme circulaire pour s'allonger en ellipse, que les barres des L et des T se raccourcissent, en un mot, que toutes les lettres se resserrent et perdent en largeur ce qu'elles gagnent en élévation.
Tels sont les caractères généraux que nous avons remarqués dans un grand nombre de sceaux en majuscule gothique. Nous voudrions pouvoir ajouter quelques observations spéciales sur la forme de certaines lettres; mais les exceptions ! se multiplieraient à mesure que l'on tenterait d'arriver à des indications trop précises. Il est donc plus sûr de s'attacher au concours de plusieurs lettres qu'à l'emploi de tel ou tel caractère en particulier, et surtout de saisir les nuances diverses qui ont successivement modifié l'aspect général de la majuscule gothique.
ARTICLE II