PARTIE IIL — CHAPITRE IV
Le premier fac-simile de la planche X est tiré d'un manuscrit qui offre de nombreux rapports avec plusieurs monuments de la première moitié du xiv* siècle. Les t ne sont pas pointus; leur barre est large, et les formes anguleuses ne sont pas en général très-prononcées. Cependant il existe dans cette écriture quelques détails qui empêcheraient de lui donner une date aussi ancienne : la haste de ls minuscule se courbe vers la droite un peu au-dessus de sa base, et ce retour n’est pas indiqué seulement par un délié fin, mais par un trait qui a la même force que le corps de la haste, et qui en est la continuation. ({ Voyez la forme de ls dans les mots escripte, sept, sacremens, etc.) Si la même courbure existe dans quelques écritures de la planche IX, elle est moins caractérisée, et d'ailleurs elle ne se forme que tout à fait dans le bas de la lettre; tandis que dans le premier fac-simule de la planche X, la haste de ls se courbe un peu plus haut, au point où ce trait se brise dans le troisième fac-simile de la même planche. (Voyez ls du mot similiter, première ligne.) La forme de ces lettres serait donc la même, si dans la première écriture la haste se brisait au lieu de se courber pour se diriger vers la droite. Nous ne pensons pas que cette forme de ls puisse être considérée comme accidentelle ; en effet si on compare l'aspect que présente le bas d’une ligne dans le deuxième Jac-simile de la planche IX et dans le troisième fuc-sinile de la planche X, on verra que dans le premier presque tous les jambages descendent verticalement jusqu'au bas de la ligne, tandis que dans le second ils se brisent un peu au-dessus de leur base; en sorte que la lettre 1, par exemple, se termine par un trait oblique qui descend de gauche à droite. Or il n'est pas douteux que l'un des caractères les plus généraux de la minuscule gothique arrivée à son dernier période ne soit de briser les jambages en trois parties distinctes. Quand ces lignes brisées se changent en lignes courbes, il est plus difficile sans doute de distinguer ces fractions de jambages, mais cela n'est pas impossible; il nous a semblé du moins que Von pouvait retrouver dans le premier fac-simile de la planche X quelques traces de cette manière de terminer le bas des lettres. La même habitude se manifeste déjà dans le quatrième facsimile de la planche IX, mais elle est moins générale et moins prononcée que dans le troisième et le septième fac-simile de la planche X. En admettant que les formes arrondies qui dominent dans le premier fac-simile de la planche X ne permettent pas de reconnaitre facilement l'âge de cette écriture, on pourra trouver un indice plus clair dans les traits fins qui se rattachent à la haste des lettres {et b, à la barre du t final, enfin au bas de quelques r. Avant la seconde moitié du xrv' siècle, ces traits n'étaient pas aussi multipliés dans la minuscule gothique; peut-être aussi ne trouverait-on pas avant cette
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époque des surmontés d'un accent recourbé semblable à celui qui se rattache au premier à du mot confirmation, où du moins cette recherche dans la manière de Fa l'accent devient plus ordinaire dans les manuscrits postérieurs à la première moitié du xiv° siècle. En résumé, l'écriture reproduite par le premier fac-simile de la planche X renferme plusieurs détails qui ne permettraient pas de la considérer comme antérieure à la seconde moitié du xiv° siècle; et si on n'est pas amené par un examen attentif à reconnaître qu'elle appartient au commencement du quinzième, du moins l'erreur que l'on commettrait serait du nombre de celles dont les critiques les plus exercés ne peuvent se garantir; en effet, les personnes qui réussissent le mieux à fixer l’âge des anciennes écritures peuvent errer d'un demi-siècle dans leur appréciation !
Les détails dans lesquels nous avons cru devoir entrer à l’occasion de ce facsimile suffiront pour faire apprécier les caractères qui peuvent servir à fixer l'âge du troisième et du septième fac-simile de la planche X. Ces deux écritures se font remarquer par les lignes brisées qui forment le bas de tous les jambages. On ÿ trouve aussi des a dont la panse supérieure est indiquée par une liaison fine et arrondie (voyez par exemple les «a du mot alphabetum dans le troisième fac-simile, et ceux du mot Isayas dans le septième) ; cette manière de former la panse supérieure de l'a gothique n’est devenue ordinaire qu'au xv° siècle. Nous ferons observer enfin que dans le septième fac-simile la haste des t se termine par des pointes aiguës, prolongées et courbées vers la droite.
Examinons maintenant la seconde espèce de minuscule gothique, c'est-àdire celle dans laquelle les formes de l'ancienne minuscule ont été is longtemps conservées.
Le sixième fac-simile de la planche VII, comparé au huitième, se distingue
° par la forme des initiales, qui sont moins surchargées de traits accessoires ; 2° par les s finales, qui sont toutes de forme minuscule; 3° par la forme du c et dut, qui ne peuvent presque jamais se confondre, parce que le crochet du c est plus court et plus incliné vers le bas de la lettre, et que la barre du t s'étend presque toujours vers la gauche au delà du corps de la haste. On peut faire observer en outre que le huitième fac-simile renferme un a à double panse (voyez le mot parere, troisième ligne); au contraire cette forme de lettre ne se rencontre pas dans le modèle précédent.
1 Ces erreurs ne tiennent pas toujours à l’im- dant le reste de sa vie les habitudes de sa jeunesse, perfection des règles. 11 est bien probable, en et copier à quarante ans d'intervalle des manuseffet, que plus d’un écrivain dont la main s’é- crits dont les caractères doivent avoir entre eux la
tait formée de bonne heure, a pu conserver pen- plus grande analogie.