IT. DE LA MINUSOULE GOTHIQUE DES SCEAUX
1° Déchiffrement.
Le déchiffrement de la minuscule gothique des sceaux présente souvent de grandes difficultés, parce qu'on n'avait pas toujours soin de distinguer les & par un accent; ce trait d'ailleurs disparaît souvent dans les empreintes : aussi est-on exposé à prendre pour une m un « précédé ou suivi d’une n ou d’un u. Pour peu qu'une empreinte soit confuse, il n’est pas moins difficile de distinguer entre elles les lettres en apparence les plus différentes, telles que l’ret le c, lo et l'u, etc. Il n'y a guère que le sens qui puisse aider à surmonter ces difficultés. Le sceau de Jeanne, première femme de Philippe VI (PL G,n2), est un des plus distincts que l'on puisse rencontrer : le d et le, du mot Da, sont les seules lettres qui soient conjointes, et la légende ne renferme d’ailleurs aucune abréviation.
Le premier sceau de Jean, duc de Bourgogne (PI. N, n° 1}, ne renferme pas non plus de grandes difficultés. La lettre initiale du mot Johannis a la forme de notre J. Le haut des deux premières lettres du mot ducis est effacé. Le mot Burqundie commence par un B capital, et le mot comutis par un c fermé. Après le mot Mivernensis, on remarque l’abréviation de la conjonction ei représentée par une espèce de z dont la traverse est tranchée par un trait accessoire. La forme de lr, du mot baronis, peut faire comprendre pourquoi cette lettre est souvent confondue avec le c. Quoique le dernier mot soit en partie effacé, on reconnait sans peine qu'il commence par un d à peu près semblable à celui du mot Domune, dans le fac-simile n° 7 de la planche X.
Le second sceau de Jean, duc de Bourgogne (PI. N, n° 2), commence par l'abréviation ordinaire du mot Johannis; quoique la lettre initiale soit en partie effacée, il est facile de voir qu'il n'existe point assez de place entre cette lettre et le dernier mot de la légende, pour que le graveur ait pu y faire entrer l'abréviation du mot sigillum. Ce qui le prouverait encore, c'est que si les titres de duc et de comte sont au génitif, ceux de palatin et de seigneur sont au
1 Ces écritures fines sont employées dans un grand nombre de bréviaires du xiv° et du xv° siècle.
nominatif. La queue du g du mot Burgundie est cachée par la jambe du cheval ; entre le g et Tu, un peu au-dessus de la ligne, on voit un trait qui indique la suppression de ln. La tête du d du mot Flandrie est en partie effacée. Il faut remarquer dans le mot Arthesu la conjonction de le avec la panse de l’h, et le trait qui rencontre le milieu du dernier 1; ce trait fait partie de l'abréviation du mot et. Le mot Burqundie est abrégé comme dans le commencement de la légende; la queue du g est effacée. Le haut du premier a du mot palatinus est caché par le pied du cheval. Après le mot dominus (dns), se trouve le mot de dont les deux lettres sont conjointes. Le mot Salinis est suivi de l’abréviation du mot et, puis de la conjonction des lettres de. L’a et le c du mot Machlinia sont aussi conjoints : les trois premières lettres de ce mot sont séparées des autres par la fleur de lis qui surmonte le casque de Jean de Bourgogne.
L'm du mot sigillum est remplacée, dans le sceau de Charles d'Orléans (PL. L, n° 8), par le signe abréviatif qui est superposé à x. Un autre signe de même nature surmonte la seconde nr du mot Aurelianensis, et tient lieu: de la dernière syllabe. La conjonction et est représentée par un z tranché. Le premier montant du v, dans le mot Walesu, se brise dans sa partie supérieure et se prolonge obliquement vers la gauche. IL est assez difficile de distinguer ls du t dans le mot Astensis; la dernière syllabe est remplacée par le trait qui surmonte l’r. La suppression des cinq dernières lettres du mot Blesensis est aussi indiquée par un signe abréviatif qui se rattache au corps de Ps; äl n'y a rien au contraire qui indique les abréviations des mots Bellimontis et Yzare. Le mot domint est abrégé régulièrement. Quant aux mots et cœtera, ils sont représentés, le premier par un z tranché, le second par un c dont le crochet supérieur se lie à un signe abréviatif.
Le sceau de Henri V (PI T, n° 1 et2) ne présente pas de difficultés; nous ferons observer seulement que les mots rex, Angle, Francie et dominus commencent par des lettres majuscules.
Malgré la confusion de l'empreinte du sceau de Conrad, évêque de Metz (PL. Q , n° 8), on reconnaît que les mots sigullum et sedis commencent par une S majuscule, et que le d'et le du mot Der sont conjoints. Il n’y a pas de signe abréviatif qui indique la suppression des lettres retranchées dans les mots sig'llum, sancte, gracta et Metensis.
Le premier sceau de Philippe, due de Bourgogne (PI. N, n° 3), ne renferme que deux abréviations, celles des mots sigillum et domini. La panse du second p du mot Phiippi est conjointe avec la haste du troisième; les deux lettres du mot de sont aussi réunies. L’S initiale du mot Salinis est de forme majuscule. Nous croyons que la seconde syllabe du mot Burqundie est écrite
gon au lieu de gun; mais il est si difficile de distinguer les lettres dans la minuscule gothique des sceaux, que nous n'oserions pas l'affirmer. Cependant on trouve la même orthographe sur le sceau n° 5 de la même planche, et cette circonstance semble indiquer qu'un même graveur aura commis cette faute sur les deux matrices.
Nous n’entrerons dans aucun détail sur le déchiffrement des sceaux n° 5 et 6 de la planche N. Ces deux empreintes sont tellement confuses, qu'il est impossible d’en faciliter la lecture autrement que par une transcription exacte.
L'm du mot sigillum est remplacée, dans le sceau n° 2 de la planche J, par le signe superposé à l’u; le même signe est indiqué dans le mot Francorum, mais il ne paraît pas dans le mot ordinatum. La queue du g, qui est très-apparente dans le mot regis, n'est que faiblement indiquée dans le mot sigillum, et paraît à peine dans le mot magni. Il ne faut pas s'attendre d’ailleurs à disünguer facilement cette lettre dans la minuscule gothique des sceaux : en général les traits excédants sont raccourcis par les graveurs, qui ne pouvaient pas leur donner l'étendue nécessaire sans sortir de l'espace réservé pour l'inscription; il résulte de là que les lettres g, p et q, se confondent souvent avec les o.
Le dernier sceau de Philippe, duc de Bourgogne (PI. N, n° 4), commence par l’abréviation ordinaire du mot sigullum. Le premier p du mot Philippt a la forme majuscule : il en est de même des lettres initiales des mots Burqundie, Brabancie, ducis, Flandrie, Namurci, comitis, sacri et umperu. L'f du mot Flandrie est formée comme dans l'alphabet n° 3 de la planche X, c'est-à-dire qu'elle diffère peu de certains À majuscules tronqués dans leur partie supérieure. Quoique l’a du mot Namurci dérive de l’ancienne minuscule, elle doit cependant être considérée comme appartenant à la majuscule gothique. (Voyez l'alphabet n° 3 de la planche X.) Le c du mot comitis doit être regardé comme majuscule, parce que sa panse est très-arrondie, et surtout parce qu'il est fermé dans sa partie antérieure. L'i du mot umperu se termine par des traits excédants qui lui donnent presque l'aspect d’un T capital dont la barre se relèverait à ses deux extrémités. Le d et le sont conjoints dans les mots Dei et de : il en est de même de l’a et du c dans les mots ac et Machlinia, et des deux derniers p dans le mot Philippr. H faut remarquer la forme du zdans le mot Zellandie : cette lettre ressemble à un t allongé dont le corps serait tranché par un trait court et massif.
En comparant la forme del} et du g dans le mot Lymburgie, on verra que ces deux lettres se distinguent par la direction de la queue, qui dans l'une se recourbe degauche à droite, et, dans l'autre, de droite à gauche. L’abréviation du mot domint est indiquée par le trait qui surmonte ln; quant à la conjonction et, elle est représentée selon l'usage par un z tranché.