PARTIE IL CHAPITRE IV
La forme de l’e est la même dans le Jac-simile n° 8 de la planche X; on y trouve les t dont la haste se prolonge au-dessus de la barre et incline vers la droite. Ce modèle diffère du Jac-simile précédent par la forme des lettres b, h, l, qui en général se rapprochent davantage de la cursive, et par les d, dont la tête, au lieu de se replier vers la droite pour former une espèce de triangle , se termine à peu près comme dans l'ancien d oncial. Cette forme de d se rencontre souvent dans l'écriture cursive à la fin du xv° siècle et surtout au xvi‘. Les d bouclés continuaient cependant à être employés, mais cette boucle s'allongeait de plus en plus, et les deux côtés se confondaient souvent. Le d non bouclé est très-fréquent dans le diplôme qui a fourni le fac-simile n° 6 de la planche XVII. Comme ce d a toujours été employé dans la minuscule gothique, il n’est pas extraordinaire que la cursive l'ait emprunté, et que de la cursive il ait passé dans l'écriture mixte. Le fac-simile n° 8 de la planche X renferme quelques r minuscules dont la haste est tranchée à sa base par un trait qui fait saillie vers la gauche {voyez les mots Hemardi, exarata et Francia); des traits de même nature se retrouvent quelquefois au bas de Fr, du premier jambage de l'a et de la haste du t (voyez pour li la première lettre des mots illustrissime et jullu; pour lu, la dernière syllabe du mot secundum, etles mots manu, sumptibus, ducisse, ete. ; pour le t, voyez le mot illustrissime); lorsque ces traits excédants sont aussi nultipliés dans l'écriture mixte, son âge ne peut pas remonier beaucoup plus haut que les premières années du xvi° siècle !.
Le fac-simile n° 3 de la planche XVII tient de la minuscule par son extrême régularité, et de la cursive 1° par la forme des a, 2° par le prolongement des queues de Ff et de ls; 3° par les boucles des lettres 4, d, h, L?. Les jambages de cette écriture sont brisés en trois parties, et par conséquent on ne pourrait pas être tenté de la faire remonter à la première moitié du xiv° siècle;
1 On ne devrait pas attacher la même importance à ces traits excédants, s’il s'agissait d’une écriture mixte dans laquelle se retrouveraient presque toutes les formes de la minuscule, et dont les jambages seraient par conséquent composés de lignes brisées; mais lorsque l'écriture mixte imite, comme dans le fac-simile dont il est question, les formes de la cursive, il faut tenir compte de ces saillies anguleuses, surtout de celles qui existeraient dans le bas de Pr et du f. En se reportant au fac-simile n° 6 de la planche XVIL, on verra que, dans les mots autres et nostre, la lettre r est tranchée à sa base comme dans les
mots Hemardi, etarala, etc.; et si le diplôme auquel ce fac-simile est emprunté ne renferme pas det tranchés comme celui du mot illustrissime, on en rencontre fréquemment dans d'autres écritures contemporaines. (Voyez le mot festo, septième ligne du fac-simile n° 7 de la planche XVII.) Il est d'ailleurs permis de supposer que cette manière de former le bas du { se rattache à l'emploi du # final que l'on remarque dans le mot droit et dans la conjonction et (planche XVII, fac-simile n° 6).
? Cette lettre ne se rencontre pas dans le facsimile ; mais, dans d’autres passages du diplôme, sa haste se boucle comme celle des lettres let b.
ces formes gothiques sont même plus caractérisées que dans la plupart des écritures antérieures au xv° siècle. Mais ce modèle se rattache au siècle précédent par les boucles anguleuses des lettres / et b. On remarquera aussi que les queues des s et des f sont beaucoup plus prolongées que dans les écritures reproduites sous les n° à et 8 de la planche X; que le haut des e ne présente pas toujours l'aspect d'un croissant; que cette courbure { quand elle se rencontre) est peu prononcée, et que la haste du { n'est ni eflilée, ni inclinée vers la droite.
Sous ce dernier rapport le fac-simile n° 8 de la planche XVII s'éloigne complétement des règles ordinaires : non-seulement la barre du # est presque toujours partagée en deux parties égales, mais encore elle n'est que faiblement dépassée par la tête de la haste!. Cette exception peut être expliquée par la date même de l'acte qui a fourni ce fac-simile. Au commencement du xvr' siècle l'imprimerie devait exercer une grande influence, sinon sur l'écriture usuelle, du moins sur la calligraphie; on ne doit pas s'étonner que les écrivains aient emprunté quelques-unes des formes typographiques pour les méler à celles de la minuscule gothique. Ce fait est prouvé jusqu'à l'évidence par la première ligne du fac-simile n° 9 de la planche X. Si des manuscrits italiens antérieurs à la découverte de l'imprimerie présentent des caractères analogues à ceux de ce fac-simile, il est facile de reconnaître que, dans le modèle de la planche X, plusieurs lettres renferment des détails qui ne peuvent avoir été empruntés qu'aux habitudes typographiques. L'écrivain qui a copié le traité de Londres n'a pas poussé aussi loin son imitation; mais il a souvent arrondi le bas des jambages, et l'on reconnaît au premier coup d'œil que la plupart des caractères du corps de l'acte diffèrent beaucoup sous ce rapport de ceux du mot Henricus, où il s’est attaché à conserver les formes gothiques dans toute leur pureté. Cet acte renferme cependant quelques caractères qui conviennent aux premières années du xvi siècle. On remarquera en effet que le haut des e est en forme de croissant; que le bas de Îr du mot Francte, et Tx du mot reæ sont tranchés, ainsi que l’a? du mot Angle; que le crochet de r du mot Henricus est terminé par un trait fin qui, au xv° siècle, ne se rattachait
1 Dans un grand nombre d'actes anglais delase- 2? Cet a en forme d’x est analogue à celui qui conde moitié du xv° siècle, lasaïllie et la courbure commence la troisième ligne du fac-simile précédu { ne sont pas aussi prononcées qu'en France; dent. Nousne pensons pas qu'il ait été employé au mais ce caractère existe toujours, quoique à un xv° siècle; on peut en dire autant de l'abréviation degré inférieur. Le haut de la haste, d’ailleurs, du mot quod, indiquée par un de ces traits fins
est pointu au lieu d'être émoussé comme dans qui ne servent ordinairement que pour les ornele dernier fac-simile de la planche XVII. ments accessoires.
PARTIE II CHAPITRE IV. 643 ordinairement à cette lettre que lorsqu'elle se trouvait à la fin d’un mot; enfin qu'il y a également des traits accessoires dans l'intérieur de ls initiale des mots sequilur et sciatis, et dans l’h du mot Henricus. I est inutile de pousser plus loin ces observations, qui doivent suflire pour fixer l’âge de cette écriture. Et d’ailleurs, on ne doit pas oublier qu'un examen qui s'étendrait à l'ensemble de l'acte au lieu de porter sur quelques lignes seulement, ajouterait de nouveaux moyens de vérification à ceux qui viennent d'être exposés.