PARTIE III — CHAPITRE V
Fonds Saint-Germain des Prés, coté 12 et 13, a fourni le second alphabet et les liaisons de lettres qui s'y rattachent.—Les deux a du manuscrit 12 sont ouverts par le haut, et leurs extrémités supérieures se recourbent, l'une à gauche, l'autre à droite. Le second a surtout semble composé d'un 1 et d'un c dont les deux crochets arrivent presque à se confondre : cette courbure de la seconde moitié de l'a est en général très-caractérisée dans la minuscule lombardique. Cependant elle n'existe pas dans l'a tiré du manuscrit 738, dont les deux extrémités supérieures se brisent vers la gauche; mais les deux autres manuscrits ont fourni des « formés par la réunion de deux c, et l'intervalle qui sépare ordinairement les crochets du second c disparait entièrement dans la liaison des lettres at. On serait d'abord tenté de lire ait au lieu de at, parce que le côté gauche de la barre du tse recourbe et se prolonge de manière à former un jambage : c'est là un des signes auxquels on peut reconnaitre la minuscule lombardique. — Le b de la syllabe bon s'unit par un trait accessoire à la lettre suivante : on doit se rappeler que la cursive carlovingienne employait souvent la même liaison, mais on ne la trouverait pas dans la minuscule; on peut donc considérer ce signe comme particulier à la minuscule lombardique, mais on ne le rencontre pas toujours; en effet, le manuscrit 771 n'en fournit pas d'exemple.— Le premier alphabet renferme un c ordinaire et un autre qui est à double panse; dans le second alphabet, le haut de la panse du c est sur-
monté d'une espèce de bouton, et le crochet supérieur se lie avec le t et l'o (voyez cta, co) : ces différents signes sont encore à remarquer.—Dans le premier alphabet, tous les e sont à double panse; dans le second ils ont la forme minuscule, mais leur élévation est remarquable, et lorsqu'ils terminent un mot, leur barre se prolonge fort loin. {Voyez l'e à cédille et l'abréviation du mot est.) — L'e à double panse reparait dans la syllabe ex, maisla minuscule de France employait souvent la même forme d'e lorsque cette lettre était suivie d'un «+. L’abréviation du mot est est indiquée par le trait qui surmonte l'e et par les deux points qui se trouvent au-dessous de la lettre : le placé entre deux points suffisait dans les anciens manuscrits pour exprimer le mot est; mais on n'y ajoutait pas comme ici un signe abréviatif,.et la position des deux points était différente. Le manuscrit 738 a fourni le mot etiam, qui se termine par un a de forme minuscule dont la panse se prolonge au-dessous de la ligne. Dans la portion du fac-simile empruntée au manuscrit 771, on remarquera la syllabe ec qui renferme un c à panse brisée par le bas, du genre de ceux que l’on a rencontrés dans l'ancienne cursive. Cette forme primitive du c a été conservée fort tard dans l'écriture lombardique. Il en est de même de certaines liaisons qui unissent la lettre à à l'un des traits de la lettre précédente : li du
mot erit est formé par le prolongement du crochet de Fr; dans la syllabe ji (6° ligne), il se rattache au crochet de lf; dans la syllabe qi (7° ligne), à la saillie du g; enfin la dixième ligne présente un double exemple d'une liaison analogue dans les syllabes Xi. Celle de ces syllabes qui a été empruntée au manuscrit 12 renferme un t terminé par un bouton qui donne à la lettre / Vaspect d'un b : le haut du premier jambage de l'm et de ln du même manuscrit se termine aussi par une espèce de bouton ou de rondeur qui n'existe pas, en général, dans la minuscule lombardique postérieure au 1x° siècle. Dans le manuscrit 771, au contraire, le haut de ces jambages se termine carrément : il faut remarquer aussi que ces deux lettres sont formées de lignes brisées. On retrouve le t renversé dans la liaison des lettres nt.—Dans la syllabe ol, To s'unit à la lettre suivante par une liaison du genre de celle que l’on a rencontrée dans la syllabe bon. On voit aussi que l'o isolé se termine par un
trait excédant qui n'existe pas dans lo du manuscrit 771.—Parmi les abréviatons qui se trouvent sur la ligne du p, celle de la syllabe pus est la seule qui s'éloigne des formes que l'on a déjà rencontrées. — Le manuscrit 771 a fourni un modèle de la lettre q et une abréviation du mot que, représenté, selon l'usage, par un q suivi du point-virgule. Les deux abréviations suivantes (quod et qui) sont tirées du manuscrit 738; les traits qui indiquent la suppression de l'a se rattachent, dans la première, au côté gauche de lo, et dans la seconde, à la tête de Tr. Le reste de la ligne est tiré du manuscrit 12. On y retrouve la lettre q suivie du point-virqule, ou plutôt de deux points; mais la queue de la lettre est tranchée en outre par un signe abréviatif : cette manière de représenter le mot que n'est guère employée dans les manuscrits français. Le mot
quod est au contraire abrégé selon l'usage ordinaire, — I est facile de voir que
dans la minuscule lombardique Fr se rapproche beaucoup de la forme cursive, soit par la brisure, soit par linflexion de son crochet. Dans la syllabe ri, l'i est lié à Fr, comme dans le mot erit ; le crochet de l'r s'unit de la même manière à l'y dans la syllabe suivante. Le manuscrit 12 a fourni une abréviation de la syllabe rum à peu près semblable à celle qui se trouve placée au-dessous de la ligne suivante. Cependant on peut remarquer que dans cette seconde abréviation le prolongement du crochet de l’s se recourbe à son extrémité inférieure, et présente ainsi l'aspect d’un + dont la barre est figurée par le trait qui tranche ce prolongement dans sa partie moyenne. Gette abréviation du mot sant peut donc être considérée comme formée de la réunion d’une s et d’un t. Quant à la seconde abréviation du mot sunt, elle est conforme à l'usage ordinaire. Dans la partie du fac-simile qui est empruntée au manuscrit 771, il faut remarquer la liaison de ls et du p.— La lettre & est peut-être celle qui