PARTIE II. — CHAPITRE V
fournit les indices les plus certains pour reçonnaître la minuscule lombardique. Examinons les différents exemples qui sont réunis dans la dix-huitième ligne du fac-simile. On voit d'abord un t'isolé dont la barre se recourbe vers la gauche et redescend jusqu'au pied de la haste. Le t conserve la même forme dans la syllabe te; mais comme le développement du côté droit de la barre est arrêté par le corps de l'e, il en résulte que le t ne diffère pas de l'a tel qu'il est figuré en tête de la première ligne. Ce rapport entre la forme de l'a et du t est un des caractères essentiels de la minuscule lombardique : on voit qu'il existe encore dans la syllabe qui suit immédiatement, et dans la syllabe to. Dans le second exemple de la syllabe ti, la forme du t est toute différente: il présente l'aspect d'un o à trait excédant, qui se recourberait vers la droite pour s'unir à un 1 allongé. Le côté gauche de cet o forme la haste du t; la haste, en se recourbant dans sa partie inférieure, s'unit à la barre, quise prolonge en trait excédant jusqu’à ce qu'elle rencontre li allongé : cette liaison du t et de lr ne se rencontrerait pas danses autres écritures nationales. L'écriture mixte mérovingienne fournirait plus d’un exemple de liaisons de lettres semblables à celles des syllabes &e et tu qui sont tirées, l'une du manuscrit 7530, l'autre du manuscrit 738. Les rapports du t et de la ne sont pas aussi frappants dans la portion du fac-simile qui est empruntée au manuscrit 12; cependant on les retrouve encore, surtout dans le second t et dans celui de la syllabe to. La forme de l’abréviation de la syllabe tur est à remarquer.—Les observations auxquelles a donné lieu la forme des jambages de l'm et de ln s'appliquent aussi à la lettre u.—La liaison des lettres et, placée au commencement de la dernière ligne, est empruntée au manuscrit qui a fourni celle des lettres ec (5° ligne). Pour distinguer ces deuxsignes, qui semblent d'abord se confondre, il suffit de remarquer que le trait correspondant au crochet du c se recourbe vers la droite, tandis que dans le mot et le même trait se recourbe vers la gauche, c'est-à-dire dans la direction que doit naturellement suivre la haste du t renversé.
Comme il existe un grand nombre de bulles en cursive lombardique, nous avons cru devoir donner une idée de cette écriture en reproduisant un court fragment tiré d’un papyrus déposé aux Archives du Royaume. (Voyez planche XII, n° 6.) Le mot sciat renferme un c à double panse et un a ouvert par le haut. La forme des deux premiers « du mot anathematis est la même : le troisième est aussi ouvert, mais incliné vers la droite et superposé au t, dont il rejoint la haste par le prolongement de son second jambage. Le mot vinculo, qui ne présente pas de difficulté, est suivi de l’abréviation ordinaire du mot esse. La haste du £ du mot innodatum est complétement isolée de la barre, qui décrit
une courbe assez élevée dont le côté droit sunit au premier jambage de lu. La barre de le du mot et se boucle avec le crochet supérieur et redescend jusqu'au bas de la ligne pour s'unir avec la haste du #; le haut de cette haste donne naissance à une barre qui ne s'étend pas du tout vers la gauche. Les crois mots suivants ne présentent pas de difficulté : il faut remarquer le prolongement du côté droit de l'o du mot omnibus. Le mot aeterni commence par un a qui présente l'aspect d’un o : c'est le signe à l’aide duquel on peut reconnaître le plus facilement la cursive lombardique ‘. La barre de l'e prend naissance dans le bas de la lettre, et s'élève jusqu'au crochet supérieur sans cependant s'y rattacher ; elle redescend ensuite jusqu'au bas de la ligne pour s'unir à la haste d'un {semblable à celui du mot et. Le c du mot condempnatum se brise dans sa partie supérieure, pour s'unir au prolongement du côté droit de l'o, dont le côté gauche rejoint le premier jambage de l'r. On retrouve dans ce mot un a en forme d'u; le { est moins régulier que celui du mot innodatum, mais sa forme est à peu près la même. Les caractères reproduits sous le n° 6 bis sont fort difliciles à déchiffrer : Mabillon et les Bénédictins se bornent à les traduire par le mot datum; maïs ils n'indiquent pas le moyen de retrouver celles des lettres de ce mot qui sont exprimées. Il est évident que l'écrivain a commencé par tracer la boucle qui se trouve au bas du grand trait vertical ; l'extrémité supérieure de ce trait se termine par une boucle pleine et se lie vers la gauche à une ligne courbe qui redescend pour le traverser d’abord de gauche à droite, puis de droite à gauche. Cette ligne se ferme en rond et s'élève obliquement de gauche à droite pour former le premier montant d’un A capital dont le sommet se trouve placé au-dessus du mot innotuit. Le second jambage de cet À redescend jusque dans l'intérieur du rond formé par la ligne courbe. Du bas de ce second jambage part une ligne presque horizontale qui se termine au-dessus d'une petite courbe représentant un Ü capital dont les deux jambages seraient raccourcis. Une ligne horizontale fortement marquée commence à gauche de cet U etsétend un peu plus loin vers la droite : cette ligne forme la barre du {, dont la haste décrit une courbe et va rejoindre la ligne qui se lie au bas du second montant de VA. Pour trouver la traverse de VA capital ,il faut la prendre dans la ligne horizontale qui rencontre le grand trait vertical en formant une croix. Quant au d, on peut supposer qu'il est
! Il existe à la Bibliothèque du Roi une bulle pour les o longs, et lo pour les o brefs; mais,
dans laquelle ce caractère est employé aussi pour en examinant la pièce, on est obligé de reconla lettre o. Comme on trouve d’ailleurs dans cette naître, ou que l'écrivain se servait de ces deux bulle des o d’une forme ordinaire, on serait ten- caractères sans y attacher de valeur distincte,
té de croire d’abord que l'« devait être employé ou qu'il ignorait les règles de la quantité.