PARTIE III —CHAPITRE V
formé par le rond qui existe au-dessus des branches de la croix et par le prolongement du côté droit de ce rond : ce prolongement indiquerait assez irrégulièrement la tête d'un d oncial qui, au lieu de se diriger vers la gauche, se recourberait vers la droite. On pourrait encore trouver la haste d’un d cursif ou minuscule dans le grand trait vertical, mais la panse de ce d ne serait pas représentée très-régulièrement par la boucle qui se rattache au bas du grand trait vertical. Peut-être vaut-il mieux voir la panse d’un D capital dans la portion du rond qui se trouve à droite du trait vertical : dans ce cas, la partie du trait vertical comprise entre les deux extrémités de cette courbe servirait naturellement de haste. De quelque manière que l’on veuille lire les trois lettres dat, il reste encore une difficulté à résoudre. Le trait courbe placé audessus de la barre du t est-il un signe abréviatif qui tient lieu de l’u et de ln, ou bien représente-t-il un U capital ? Cette seconde hypothèse paraîtrait devoir être préférée, parce que la ligne qui vient se terminer au-dessus de cet UÜ indiquerait la suppression de l’m, tandis que dans le cas contraire elle seraït entièrement inutile. Les différents traits qui ont été indiqués comme pouvant former un d capital, oncial ou minuscule, composent d’ailleurs une invocation monogrammatique. En supposant qu'ils ne servissent qu'à ce dernier usage, il serait facile de trouver dans les autres lignes de quoi former les lettres Act, qui exprimeraientle mot actum, avec l’abréviation placée au-dessus du t; mais cette interprétation serait contraire au style adopté généralement pour la seconde date des bulles. On peut d’ailleurs s'expliquer l'irrégularité des caractères qui représentent le mot datum, en supposant, comme cela est probable, que les écrivains imifaient fort inexactement une liaison de lettres qui avait été employée autrefois pour exprimer le premier mot de la date dans les anciens actes romains, et dont les formes avaient subi, de siècle en siècle, de nombreuses altérations. L'écriture lombardique, soit minuscule, soit cursive, n'est pas la seule qui ait été employée en Italie. « Nous avons actuellement sous les yeux, disent les «Bénédictins, des modèles de la bible du monastère de Saint-Paul, écrite du «temps de Charlemagne, etde plusieurs manuscrits italiens, gardés au Vatican et ctranscrits aux 1x°, x°, et xr° siècles, où le caractère carolin paraît dans toute sa vbeauté. Le pape Jean XIIT, au x° siècle, et Léon IX, au x‘, s'en servirent « dans leurs bulles. » Le fac-simile n° 7 de la planche XII prouve aussi que la minuscule diplomatique de France a été employée pour la transcription d'un certain nombre de bulles sous le pontificat de Pascal II. D'autres bulles du même pape sont en écriture lombardique, où du moins les caractères français ne paraissent que dans la formule de souscription et dans la date; ce mélange ne fut pas de longue durée, et l'écriture française fut employée exclusivement
dans les bulles des papes, dès le milieu du xrr siècle. Quant à la minuscule lombardique, elle s'est soutenue un peu plus longtemps dans les manuscrits. «D. Mabillon, disent les Bénédictins, qui dans sa Diplomatique avait borné « la durée de l'écriture lombarde au xrr° siècle, a prouvé depuis (Mus. Lial. part. I, «p- 116), par deux manuscrits, qu'elle à été en usage jusque vers l'an 1227. «Dans son voyage d'Italie, il vit ces manuscrits dans la bibliothèque de l'abbaye «de Cave.» Après avoir employé jusqu’au commencement du xmr siècle, tantôt l'écriture française, tantôt la lombardique, les Italiens adoptèrent les caractères gothiques comme tous les autres peuples de l'Europe. Mais au commencement du xv* siècle, on vit paraître en Italie l'écriture de la renaissance, qui régna et dans les inscriptions et dans les manuscrits'. Toutefois, la cour de Rome ne céda pas entièrement à l'impulsion générale : l'écriture de la renaissance ne fut employée que dans les brefs et dans les bulles consistoriales, tandis qu'on affecta d'employer la cursive gothique pour la transcription des autres bulles. « La cour Romaïne, toujours attachée à ses usages, disent les Bénédictins, ne « conserve peut-être ce caractère barbare, accompagné d'ornements bizarres «et singuliers, que pour rendre plus difficile la contrefaction de ses bulles. » Cette écriture, connue sous le nom d'écriture de la Daterie, est sans contredit
une de celles dont le déchiffrement présente les plus grandes difficultés.
$ IL. DE L'ÉGRITURE WISIGOTHIQUE.
Quoique les Bénédictins aient donné, dans leur premier volume, un alphabet tiré des monnaies espagnoles antérieures et contemporaines à la domination des Romains, nous avons cru pouvoir nous dispenser de rendre compte d'un travail dans lequel les auteurs avouent eux-mêmes qu'il ya beaucoup de choses hasardées et données à la conjecture. À l'exception dela lettre q; qui est empruntée aux Romains, les caractères de cet alphabet ont la valeur et presque toujours la forme des divers éléments de l'alphabet grec. À mesure que la domination romaine s’affermit dans la Péninsule, l'emploi des lettres grecques
1 La minuscule renouvelée que l'on rencontre employa d’abord dans ses éditions; mais, en F
dans les manuscrits italiens du xv° siècle présente l'aspect du caractère ifalique de nos im-
primés. Toutefois, les premières éditions qui pa-
rurent en Italie n'étaient point en lettres italiques, mais en caractères semblables à ceux que Yon emploie aujourd’hui dans le corps d’un livre, et que les imprimeurs nomment bas de casse.
C'est ce dernier caractère que le célèbre Janson,
imprimeur français, fixé à Venise au xv° siècle,
1476, il publia une bible en lettres gothiques, et s'applaudit beaucoup d’avoir fait cet emprunt aux imprimeurs d'Allemagne. Cest ainsi que, par un retour fort singulier, l'écriture gothique, après avoir été bannie des manuscrits italiens, reprit un instant faveur dans la typographie. Quant aux caractères ilaliques , ils furent employés, au moins à partir de 1501, dans les éditions in-octavo publiées par Alde Manuce.