PARTIE II. — CHAPITRE Y
devint moins fréquent, et l'écriture romaine y était seule employée au moment de l'invasion des Wisigothe, « Les Goths occidentaux ou Wisigoths établirent à Toulouse le siège de leur empire au y° siècle, disentles Bénédictins, et «“poussèrent leurs conquêtes jusqu'en Espagne, où ils régnèrent jusqu'à l'inva- «sion des Sarrasins où Mahométans en 712. Les Wisigoths portèrent, dit- “on, en Espagne une écriture gothique approchant de celle d'Ulphila, évêque «des Goths au 1v° siècle. On suppose même quils firent usage de leurs “caractères runiques, et qu'ils ne furent abolis qu'en 1086 par Alphonse «de Castille. Écartons la confusion qui résulte de toutes ces opinions. Les «modèles représentés par divers auteurs prouvent que les Goths d'Espagne cn’admirent, ni dans leurs inscriptions, ni dans leurs manuscrits, ni dans “leurs chartes, ni dans leurs autres monuments, les caractères runiques «et barbares. Hs firent réellement usage des lettres romaines majuscules, «minuscules et cursives. On remarque, il est vrai, quelques caractères grecs «dans les anciennes inscriptions latines faites en Espagne, mais on en «trouve plus encore, soit en France, soit en Italie. Ilen sera de même des «lettres non barbares, mais latines, d’une figure que lon pourrait appeler «barbare. Elles ne sont conformes en rien aux runes ni aux gréco-latines d'Ul- «phila. Si donc l'on s'en rapporte aux monuments antiques, et surtout aux «manuscrits et aux plus anciennes chartes d'Espagne, on conviendra que l’écri- «ture wisigothique ressemble à la romaine, à l'exception du goût et de quelques ctraits nationaux. Les auteurs l’appellent gothique ancienne, gothique d'Es- «pagne, hispano-gothique, mozarabique, tolétane ou lettre de Tolède, et par «abus, runique et ulphilane. » Pour échapper à cette confusion, il est indispensable de donner à cette écriture un nom spécial. Le terme de wisigothique, adopté par les Bénédictins, paraît préférable à tous les autres, parce qu'il s'applique en même temps à l'écriture dont on s’est servi en Espagne et dans celles de nos provinces méridionales qui dépendaient de l’ancien royaume des Wisigoths.
«On peutse demander, ajoutent les Bénédictins, si, après la destruction dela «monarchie des Goths par les Sarrasihs, les Espagnols se sont servis de carac- «tères arabes. Don Nassarre, grand bibliothécaire du roi d'Espagne, avoue que «les Chrétiens et les Maures du pays ont écrit avec ces caractères. Ilen excepte «pourtant les rois.» L'opinion de don Nassarre paraît probable sans doute, mais nous ignorons si elle s'appuie sur des monuments originaux. Les chartes espagnoles du x° siècle ne renferment qué des caractères latins, et la Bibliothèque universelle de la Paléographie espagnole ne fournit pas de modèle d'écriture diplomatique qui remonte à l’un des deux siècles précédents. On a publié au contraire quelques diplômes du vn' siècle, et cette circonstance sem-
blerait prouver que s'il n'en existe pas aujourd'hui du vmiet du 1x°, c'est que, pendant cet intervalle, les troubles de la guerre avaient à peu près interrompu toute espèce de conventions écrites. Quoi qu'il en soit, il est constant qu'au x° siècle les caractères romains étaient employés dans les diplômes sans mélange de caractères arabes. Il ne paraît pas non plus qu'on ait jamais cessé de faire usage des lettres latines dans les manuscrits. On peut citer en preuve le missel de Téglise de Tolède, que les Bénédictins jugent du vur siècle, et dont ils ont fait graver un échantillon. «On connaît, disent-ils, des manuscrits du 1x° siè- «cle dont l'écriture minuscule est mêlée de lettres cursives semblables à celles «des Mérovingiens et des Lombards. Tel est le manuscrit de l'église de Cordoue «dont on a des modèles dans Aldrette et dans la Diplomatique de D. Mabillon. «L'écriture en est nette et aisée comme les autres écritures du même temps. «Or, on voit par ces manuscrits et par d'autres monuments que l'écriture wisi- «gothique des Espagnols n’était presque point différente de la romaine. »
Quoique les ornements et les titres des manuscrits ne fournissent pas toujours, comme nous l'avons déjà fait observer, des règles d'appréciation aussi certaines que le corps même de l'ouvrage, il faut cependant tenir compte de toutes les circonstances accessoires qui peuvent guider dans l'examen des anciennes écritures. Les Bénédictins ont remarqué que les lettres ornées des manuscrits Wisigothiques présentent en général une grande diversité de couleurs et d'images. «Ce sont, disent-ils, des lettres à figures d'hommes ou de quel- «ques parties de leurs membres. Elles représentent des animaux à quatre pieds, «des oiseaux, des poissons, des serpents, des fleurs, des fleurons, des feuil- «lages. » Quant à l'écriture capitale proprement dite, on y rencontre assez fréquemment des E dont la haste dépasse parle haut et par le bas les deux barres extrêmes. Souvent aussi la haste de 'R et du P excède le haut de la panse. Quelquefois le second jambage de M et de FN est de moitié plus court que le premier, et la panse du D, après s'être arrondie par le bas, se dirige obliquement vers le haut de la haste pour former un angle aigu à peu près semblable à celui qui existerait dans le haut d’un A capital dont le premier montant serait vertical et le second oblique.
Le fac-simile n° 5 de la première planche est extrait d’un manuscrit en minuscule wisigothique du 1x° siècle. Le premier a est ouvert par le haut, et ne diffère de lu que par l'inclinaison et la finesse de ses extrémités supérieures : cet a est, à vrai dire, le seul qui serve dans le corps du manuscrit. Le second, qui est de forme capitale, mais sans traverse, est tiré de la fin d’une ligne : l’écrivain l'aura sans doute employé parce qu’il manquait d'espace. Nous ne pensons pas que l’a minuscule proprement dit (a) ait été employé dans le corps même