‹ Éléments de paléographieChapitre 462 sur 492 · PARTIE IIIL—CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IIIL—CHAPITRE V

qui pourront permettre de reconnaître cette écriture. L'a ouvert et incliné vers la droite, qui était souvent employé dans la cursive mérovingienne, a persisté dans la cursive wisigothique jusqu'à la fin du xr° siècle. Sa forme varie beaucoup : tantôt il est figuré à peu près comme dans les mots datum et pascha (voyez le fac-simile n° 3 de la planche II), tantôt il présente l'aspect d'un. 3 vu dans une glace, c'est-à-dire, dont les ouvertures seraient tournées vers la droite. Sous ces différentes formes il est souvent compris dans le corps de la ligne, tandis que, dans notre cursive, il excède presque toujours le haut des autres lettres !. À compter du x° siècle surtout, la panse des lettres b, det q, est souvent brisée en deux croissants; dans le c, le, et quelquefois même dans le d, on trouve jusqu’à trois brisures. On rencontre aussi le c ordinaire et le c à double croissant; mais cette lettre affecte fréquemment , jusqu'à la fin du xI° siècle, une forme dont le c du mot octies (PL. III, n° 3) peut donner une idée; seulement le crochet du c wisigothique décrit une courbe beaucoup moins grande et ne se lie pas toujours à la lettre suivante, Les panses des lettres d'et q sont presque toujours ouvertes par le bas; ces panses ne sont donc indiquées que par un trait qui souvent ne présente pas de courbure et qui, arrivé au bas de la ligne, se brise pour se diriger vers l'extrémité inférieure ou supérieure de la lettre précédente. Dans ce dernier cas, la panse et son trait excédant présentent l’aspect d’un V; et le haut du montant droit de cette lettre, selon qu'il se rattache à une haste montante ou descendante, forme le d ou le q- Quelquefois, maïs plus rarement, la panse du q est ouverte par le haut. C'est probablement parce. que cette lettre, sous l’un ou l’autre de ces aspects, différait d’un q ordinaire, que les écrivains wisigothiques donnaient souvent au p la forme de notre g minuscule. Quelquefois aussi le p se compose d'un 0 ou d’une losange dont l'extrémité inférieure donne naissance à une haste descendante qui, si elle s'élevait jusqu'au niveau supérieur de la ligne, partagerait, soit l'o, soit la losange, en deux parties égales. Enfin, quelques p sont aussi figurés comme dans le mot metropolim. (PI. IV, n° 3.) L'f ressemble souvent à une R capitale, dont la haste se prolongerait au-dessous de la ligne : la panse de cette R correspond à la boucle supérieure de l’f, et la queue à la barre qui va s'unir avec la lettre suivante. Ce qui a été dit du Æ minuscule s'applique au k de la cursive wisigothique. Dans une écriture du xr° siècle, on trouve des 4 dont la queue n'excède pas le bas de la ligne, et qui présentent à peu près l'aspect de Ps finale du mot vivos. (PI. XVI, n° 4.) Enfin, plusieurs

1 L'emploi de ces a inclinés n'exclut pas ce- est représenté au commencement de l'alphabet lui des a en forme d'u, semblables à celui qui n° 5 de la première planche.

t se rapprochent de la forme du d de la cursive gothique tel qu'il est figuré dans le cinquième mot du fac-simile n° À de la planche XVII.

Indépendamment des formes de lettres qui peuvent faire reconnaître l’écriture wisigothique, le texte lui-même fournit presque toujours des indices qui ne doivent pas être négligés. Les Bénédictins font remarquer avec raison que les fautes d'orthographe et de grammaire sont très-fréquentes dans les actes ou dans les manuscrits appartenant à l'Espagne ou à celles de nos provinces méridionales qui ont été occupées par les Wisigoths. Il est d'ailleurs important.de faire observer que ces incorrections diffèrent souvent de celles que l'on peut rencontrer dans les textes du nord de la France, et qu'un grand nombre de mots latins subissent des altérations qui se rattachent exclusivement à la langue vulgaire du midi ou à celle de l'Espagne. Un des exemples les plus frappants que l'on puisse citer consiste dans la substitution fréquente du b au v : ainsi l'on trouvera orabit, dedicabimus, sibe, salbator, etc., pour oravit, dedicavimus , sive, salvator, etc. Dans un diplôme de l'an 1064, le mot vocitant est écrit avec un c à cédille. Le P. André Merino fait remarquer l'emploi de ce caractère, dont il fixe l'introduction dans l'alphabet espagnol vers les premières années du xr° siècle. Le même auteur signale, sans l'expliquer, l'emploi du 4 au lieu de x dans le mot Juxta; ce caractère correspondait-il à une prononciation particulière, ou bien faut-il y voir une altération de la forme de læ? c'est ce qu'il est difficile de décider d'après un exemple isolé; cependant, comme le diplôme de 931, dans lequel le mot juxta est écrit deux fois avec un 4, renferme le mot Christo écrit avec un « de forme ordinaire, il semble plus probable que le L désignait une consonne dont la valeur n'était point exactement la même que celle de læ.

Au commencement du xn° siècle, un changement subit se manifesta dans l'écriture wisigothique. « Le cardinal Reïnier, légat du saint-siége en Espagne, «tint un concile dans la ville de Léon, où il fut entre autres choses ordonné “que dans les écrits l'on cesserait de faire usage des caractères gothiques, “et quon y emploicrait désormais les mêmes caractères dont on se servait en « France et dans les principales provinces de l'Europe, pour l'uniformité et «la facilité du commerce avec les étrangers. (FErRRERAS, Histoire d'Espagne, «tom. Ill, page 270.) C'est qu'alors, ajoutent les Bénédictins, on avait adopté «presque partout, non l'écriture gauloise, comme parlent certains auteurs, «mais la française ou capétienne. Ce renouvellement de caractère en Espagne, «ainsi que l'introduction de l'office gallican ou romain, à la place du mozacrabe, sont principalement dus à Bernard, qui, de moine de Cluny, était «devenu archevêque de Tolède, et à plusieurs colonies de Bénédictins fran-

Page 1