‹ Éléments de paléographieChapitre 475 sur 492 · DE LA PONCTUATION DANS LES INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

DE LA PONCTUATION DANS LES INSCRIPTIONS

Les inscriptions qui remontent à la plus haute antiquité prouvent, comme on vient de le voir, que l'on se servait d'un ou plusieurs points pour distinguer les mots : ce signe était même employé quelquefois pour séparer les radicaux dont la réunion formait un mot composé. On trouve par exemple ad. finibus et ob. venerit au lieu de adfinibus et obvenerit. Quand une inscription renfermait un mélange de sigles et de mots complets, les sigles étaient ordinairement SUIVIS d'un point; et dans une inscription composée en entier de mots complets, lorsque chaque mot était séparé par un point, ce signe de ponctuation était quelquefois supprimé à la fin des lignes. L'emploi du point dans les inscriptions n'avait donc pas pour but en général de distinguer les parties d’une phrase et les différentes phrases entre elles, mais d'établir les séparations des mots, abstraction faite des divisions que le sens aurait pu exiger. Aussi le point, qui est le signe le plus simple eten même temps celui dont on a fait le plus fréquent usage , a-t-il été remplacé par des figures d’une forme complétement arbitraire. Mais d’abord, il est bon de faire observer que le point lui-même a été employé de bien des manières différentes. On le voit placé soit au bas, soit au milieu, soit au haut de la letire; au lieu d'un point, on en trouve deux (PI. H, n° 4), trois (PL E, n* 1 et 2), quatre (PL. L, n° 1) et jusqu'à neuf (PI. Q, n° 4); cependant, sous ces différentes formes, le point a toujours la même valeur. Il est inutile d'avertir que ces combinaisons ne sont pas les seules, et que l'on trouverait des points disposés horizontalement , obliquement, en triangle, en losange, en carré, etc. Dans le sceau n° 1 de la planche D, au lieu de points, on voit des astérisques; ailleurs, ce sont des fleurs de lis (PL U, n°19), ou des lignes recourbées en forme d'S (PL. T, n* 1 et 2). La légende de l’une des faces de la médaille reproduite sous le n° 6 de la planche O se termine par une espèce de palnie; quelques auteurs ont vu dans ces figures un ornement plutôt qu'un signe de ponctuation; mais il est souvent impossible de ne pas y reconnaître, avec les Bénédictins, de véritables points employés par les artistes pour distinguer les mots. «Il ya, disent-ils, dans le troisième tome des Mémoires de «l'Académie, une inscription où des branches ou feuillages d’arbrisseau tien- «nent la place des points. Cette ponctuation, qu'on ne retrouve presque plus «après le vin‘ siècle, n'est pas rare dans les manuscrits pour terminer le « discours. » Il serait fort long d'énumérer les différentes figures qui ont été

employées pour tenir lieu du point proprement dit. On s'est servi des lignes droites et des lignes courbes; on les a combinées pour former des croix, des triangles, des carrés, des losanges, des trapèzes, des demi-cercles, des cercles, des rosaces, des cœurs, etc. Ces différentes combinaisons produisaient aussi dés figures assez semblables à certains chiffres arabes, tels que le 3 et le 7; ou à des lettres de l'alphabet, telles que le b, lec, lm, a, lo, le p; lr, ds, lew,lx, Ty et le z. Les Bénédictins citent un passage d'Henselius duquel il résulte que, dans plusieurs inscriptions, les mots sont séparés par l'une des lettres grecques A,T,®et#. «Chez les anciens Danois, disent-ils, on se contentait de terminer «la période par cette note H. Lorsqu'un nouveau sens commençait, on met- «tait à la tête la figure d’une petite lune.» Ces courtes indications suffisent pour donner une idée de la variété des signes qui tenaient lieu du point dans un grand nombre d'inscriptions. Cette question est ainsi résumée par les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique : «Il résulte de nos recherches, 1° que «jusqu'au v° siècle, l'usage était ordinaire de distinguer les mots; 2° qu'ils «étaient souvent suivis de points, et que plus ordinairement ces points étaient «placés après des sigles et des mots abrégés; 3° que, quand on mettait des “points après chaque mot, quelquefois on les supprimait à la fin des lignes; «4° que la figure commune des points est simple, ou en triangle ayant pour «l'ordinaire la pointe en bas. Les autres figures sont inconstantes et purement «arbitraires.» En ce qui concerne les sceaux, les Bénédictins réfutent avec raison l'opinion d'Heineccius, qui avait prétendu que les Carlovingiens avaient rétabli l'ancien usage de distinguer par des points la plupart des mots. En thèse générale, les sceaux des rois carlovingiens ne portent aucune trace de ponctuation. Heineccius reconnaît du reste qu'il en est de même de plusieurs sceaux du xr° et du xn° siècle. Parmi les sceaux des rois de France, le premier qui porte des traces bien distinctes de ponctuation est celui de Philippe- Auguste; mas nous n'avons pu en apercevoir sur celui de Louis le Jeune, où les Bénédictins pensaient que chaque mot était suivi d'un point : ils auront sans doute été trompés par une gravure inexacte.

$ Il. DE LA PONCTUATION DANS LES MANUSCRITS.

Les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique ont fait sur la ponctuation des manuscrits des recherches fort curieuses, dont nous ne pouvons mieux faire connaître le résultat que par des citations textuelles. « Autre chose est la «distinction des phrases et des mots dans les manuscrits, autre chose est ieur «ponctuation. On trouve des points dans plusieurs manuscrits de la plus haute

PARTIE IIL — CHAPITRE VI. 685 antiquité, quoique les mots n'y soient pointséparés : tel est le Virgile de Médicis «et quelques autres dont nous examinerons bientôt la ponctuation. Nous en «connaissons de très-anciens où l’on n'aperçoit nipoints, ni séparations de mots, «pas même aux endroits qui offrent un sens naturellement suspendu : tel est «le manuscrit dont nous avons découvert un fragment sous l'écriture méro- «vingienne des hommes illustres de S. Jérôme, fragment qui contient les «débris d’une oraison adressée à quelque Empereur; tels sont les manuscrits «des évangiles de S. Eustbe de Verceil et de $. Kilien; tel est encore le «psautier de S*. Salaberge, écrit au vn” siècle. Il y a beaucoup de pages sans «ponctuation dans.le Virgile du Vatican, n° 3867. Celle qu'on rencontre dans «d'autres endroits du manuscrit a été ajoutée après coup, comme le prouve la «couleur de l'encre !. Nulle distinction des mots, nuls points ni virgules, «pas même sur les Y, dans le manuscrit du Roi 8084, où sont renfermés les «ouvrages de S. Prudence en lettres capitales. Nulle interponction dans le «manuscrit royal 256. Les points qu'on y voit aujourd'hui ont été mis long- «temps après. Îl n’y a ni points ni virgules dans le corps du texte des évangiles «écrits au v° ou vi‘ siècle, et conservés Jusqu'à présent dans l'abbaye de Corbie. «Ce n’est pas que les points ne soient beaucoup plus anciens que tous ces ma- «nuscrits; mais les copistes se déchargeaient de la ponctuation sur les correc- «teurs, qui la négligeaient ordinairement. Il n'y avait que les personnes les «plus curieuses et les plus exactes qui fissent ajouter les points à leurs exem- «plaires.

«La manière la plus connue de suppléer à la ponctuation dans les premiers «temps fut d'écrire par versets, et de distinguer ainsi les membres et sous- «membres du discours. Chaque verset était renfermé dans une ligne que les «Grecs appelaient oriXos; en sorte qu'en comptant les versets, on découvrait «combien de lignes il y avait dans un volume. A l'exemple de Cicéron et de Dé- «mosthènes, S. Jérôme introduisit cette stichométrie ou distinction par versets «dans l'Écriture Sainte, pour en faciliter la lecture et l'intelligenceaux simples «fidèles qui en faisaient leurs délices ?. Souvent on mit au commencement

1 On voit dans le premier fac-simile de la planche IV, après les mots adtendere et sententia, deux traits fins qui s'élèvent au-dessus de la ligne : ce sont des signes de ponctuation ajoutés après coup. La couleur de l'encre est un indice qui contribue à faire reconnaître les additions de celte nature; mais, pour ne pas S'y tromper, il faut comparer la teinte des signes de ponctuation avec ceux des traits de l'écriture qui sont à peu

près les mêmes. En effet, les liaisons pälissent en général beaucoup plus que les traits auxquels elles se rattachent ; par conséquent , lorsque la ponctuation est marquée par des traits fins, cest la teinte des liaisons, et non celle du corps des lettres, qui fournit le terme de comparaison le plus exact.

? Les Bénédictins fontremarquer, dans un autre volume, qu'avant S. Jérôme on observait déjà

pi

Page 1