PARTIE III. — CHAPITRE VI
mière page de chaque feuille pour indiquer l'ordre dans lequel ces feuilles doivent êtré assemblées. Dans les manuscrits, la signature était au contraire presque toujours placée au bas du verso du dernier feuillet de chaque cahier. Les signatures fournissent un moyen facile de vérifier s'il y a eu des cahiers ajoutés ou retranchés. Mais tous les copistes n'avaient pas la précaution de les marquer; souvent aussi elles ont été rognées par les relieurs. Lors même que l'on retrouve dans un manuscrit la série de toutes les signatures, il faut avoir soin de vérifier le nombre des feuillets dont se compose chaque cahier. Le plus souvent ce nombre ne varie pas dans un même manuscrit, si ce n'est dans le dernier cahier, qui est quelquefois un peu plus fort ou un peu plus faible. La mêmè variation peut aussi avoir lieu dans le corps du manuscrit, mais cela est plus rare. Un cahier peut renfermer jusqu'à douze feuillets; le plus ordinairement ils en ont deux, trois, quatre ou cinq: de là les noms de hunto, ternio, quaternio, quinio où quinternio. Lorsque l'abréviation de l'un de ces mots fait partie de la signature, le nombre des feuilles de chaque cahier se trouve par là même indiqué. Quant au nombre des cahiers, on le marquait quelquefois à la fin des manuscrits. « La situation des signatures au bas de la marge «inférieure, disent les Bénédictins, selon qu'elle approche plus du fond d'un «manuscrit, décide de son âge. Si elle n’en est éloignée que d’un pouce au plus, «le manuscrit sera réguliérement au moins du vi‘ siècle; portée au milieu, du «VIII ; jusqu'à la marge extérieure où totalement supprimée, elle désignera le «ix° ou les temps postérieurs. Mais, à l'exception de la première observation, qui «ne semble pas pouvoir se vérifier (si ce n'est comme par hasard) sur des manus- «crits plus récents que le vrr° siècle, les autres peuvent quelquefois se montrer «même depuis le 1x... Les signatures sont tantôt en chiffres romains, tantôt «en lettres. L’À répond à TI, le B à Il, et ainsi des autres. Si la signature en
«chiffres n’est pas plus ancienne que la signature en lettres, du moins la haute vantiquité faisait-elle de la première un usage plus fréquent. Relevée par des «ornements, elle désigne un âge postérieur. Le mot quaternio, en sigle, en «monogramime, en abréviation, précédant quelquefois la signature, n’est pas «moins qu'elle susceptible d'ornements relatifs à l’âge des manuscrits. Ces «ornements ne commencent guère qu'au vu siècle. Quoique nous ne rencon- «trions presque jamais la signature sur la première page du cahier avant le «x siècle, on‘en peut toutefois produire quelques exemples des temps les plus «reculés. Depuis le commencement du 1x° siècle, les signatures sont souvent enégligées. »
On rencontre dans les manuscrits différents signes qui servaient au même
usage que nos guillemets. Dans les plus anciens manuscrits les passages de lcri-
ture Sainte et les citations des auteurs sont distingués au moyen de la diple et de l'anti-lambda : quelquefois aussi on se contentait de faire un peu rentrer le commencement des lignes, comme cela se pratique aujourd'hui pour la première ligne d’un alinéa. « Dans la suite, en guise de guillemets, on s’est servi, disent «les Bénédictins, de petites s renversées ou tronquées par le bas, et, quelque- «fois, suivies de points et surmontées de virgules (ss). Ces figures sont en ver-
millon dans le manuscrit de Saint-Germain-des-Prés 840; en or et en vert
argenté, dans le manuscrit 663 de la même abbaye. Dans les manuscrits
du Roi 152 et 2206, on se sert d'y ponctués intérieurement. Ce sont des
espèces de 7 dans le manuscrit de S. Jérôme de la Bibliothèque de Saint-
Martin-de-Tours. Dans les plus anciens, tel que celui du Roi 152, au lieu
des marques de citation, on fait rentrer quelquefois les textes de l'Écriture
Sainte d'un quart de pouce dans la colonne. Ces textes sont distingués en marge par des barres {-), des s et des 7 dans le manuscrit royal 2235. Le manuscrit de Saint-Germain-des-Prés 197, annoncé de mille ans au com-
mencement de ce siècle, distingue les citations de l'Écriture par des virgules
à chaque ligne, et souvent il n'y en a qu'une à la première.» Enfin, les Bénédictins font remarquer dans un autre passage que les points disposés en triangle et les obèles ont servi au même usage que nos guillemets.
Les alinéa sont quelquefois indiqués par des figures particulières, telles que des lignes courbes ondulées qui s'étendent verticalement dans le corps de la ligne; on trouve aussi des signes qui se rapprochent de notre point d’interrogation incliné vers la droite, où d’un I grec incliné de la même manitre, et dont le second jambage est plus court que le premier. Souvent, au contraire, ils ne sont indiqués que par un espace blanc ou par une lettre initiale majuscule. Pendant la période gothique on employait ordinairement la figure qui se trouve au commencement de la seconde colonne du fac-sinile n° 3 de la planche IX et de quelques-uns des vers de la planche VIIL. Ces différents signes de division avaient exactement la même valeur que nos alinéa, quoique la plupart du temps le texte continuâtsur la même ligne. Lorsque la phrase recommence à la ligne suivante, la première lettre est tantôt saillante, comme dans la cinquième ligne du second fac-simile de la planche Il; tantôt elle rentre dans l'intérieur de la ligne. (Voyez PI. IX, n° 5, troisième colonne, deuxième ligne.) « Quand les lettres des alinéa et des titres ne sont pas plus grandes que celles du «corps du texte, disent les Bénédictins, c'est une marque de la première an- «tiquité. C'en est une autre que ces lettres soient toutes onciales. Les capitales «des alinéa dans l'écriture minuscule désignent au plus le vu‘ siècle, quand «même ces premières lettres céderaient de temps en temps la place aux on-