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III. DES SIGNES DESTINÉS A FACILITER L'INTELLIGENCE D'UN TEXTE

Quoique la plupart des figures dont il a été question jusqu'à présent aient été inventées par des grammairiens, elles se rattachaient cependant au travail des simples copistes qui devaient en faire un fréquent usage. H nous reste à parler maintenant de ce qui concerne plus particulièrement la critique grammaticale ou littéraire.

Dans les livres saints l'obèle précède souvent les paroles employées par les Septante mais qui ne se trouvent point dans le texte hébreu. La fin de ces passages est indiquée par deux points auxquels S. Jérôme donne le nom de virqula censoria. Dans plusieurs manuscrits les mots hébreux et les passages qui nont point été rendus par les Septante sont marqués d'un astérisque. Lorsque les interprètes de l'Écriture traduisaient un passage dans le même sens, mais sans employer les mêmes termes, on l'indiquait par un lemnisque, c'est-à-dire par une ligne horizontale passant entre deux points verticaux. Sur les marges d’un manuscrit de Saint-Germain des Prés (olim 861), renfermant quelques-uns des ouvrages de S. Jérôme, on voit de temps en temps, au lieu de la ligne droite, une ligne ondulée assez semblable à une S couchée, et qui désigne les passages de l'Écriture. « Les lettres kb traversées par une «barre, disent les Bénédictins, indiquent le texte hébreu dans les commenctaires de S. Jérôme sur Jérémie, renfermés dans le manuscrit du Roi 1820.» Selon les mêmes auteurs, on employait la diple ponctuée, c'est-à-dire accompagnée de trois points placés l'un au-dessus, l’autre au-dessous, et le troisième dans l'intérieur des branches de ce signe pour marquer les endroits que Zénon d'Éphèse avait mal à propos retranchés ou changés dans Homère.

Les sentences remarquables et les passages importants étaient désignés par trois points én forme de triangle, par une ancre, par TN et le T conjoints,

PARTIE III — CHAPITRE VI. 703 par la lettre X, accompagnée quelquefois de deux points ou surmontée d’un accent, par l'© surmonté du p, ou terminé par un signe abréviatif en forme de queue : le signe de l'ancre avertissait sans doute le lecteur de fixer son attention sur ce passage !; les autres signes sont les abréviations des mots nola, xpnsTor” et apañoy. Les fausses leçons, la répétition des mêmes phrases, les mots surabondants, étaient marqués d'un obèle. Ausone fait allusion à cet usage :

Pone obelos igitur spuriorum stigmata vatum.

Lorsque plusieurs vers de suite semblaient devoir être improuvés, pour se dispenser de mettre à tous des obèles, les anciens se servaient du céraunion , cest-à-dire d'un X traversé par une ligne verticale. Un critique doutait-il si un vers devait être conservé ou supprimé, il le marquait d'un obèle accompagné d'un point. Si deux vers exprimaient le même sens et qu'on ne sût pas auquel donner la préférence, on marquait l'antisigma avec un point dans le milieu. « Le signe que les Grecs appellent xpuia, disent les Bénédictins, est «la partie inférieure du cercle, ornée d’un point au milieu. Sa fonction est «de marquer les endroits d'un ouvrage où les questions douteuses ou obscures «n'ont pu être éclaircies. . Le g et le p grecs en conjonction annoncent «qu'il faut corriger le vers ou l'examiner avec attention. ..…. Léagoras, Syra- «cusain, fut le premier qui se servit de la diple sans point pour distinguer «dans Homère lOlympe, ciel, de l'Olympe, montagne. . .. Un correcteur du «1x siècle a mis à la marge du 27° feuillet du manuscrit 197 de Saint-Ger- «main une croix qui marque Jésus-Christ, la conversion des Juifs, ou que cet «endroit doit être entendu spirituellement. Une / cursive en marge, traversée «par une s de même genre en forme de croix, nous paraît signifier des choses «qu'il faut prendre au sens mystique. . .. Dans un manuscrit grec de la biblio- «thèque des Pères de S. Basile de Rome, qui renferme les œuvres de S. Gré- «goire de Nazianze, on marque l’astérisque dans les endroits où il est parlé

«de l'incarnation du fils de Dieu pour rappeler l'étoile miraculeuse qui appacrut aux mages. On s'en servait dans Platon pour noter la conformité des «dogmes. ... Dans le manuscrit 861 de Saint-Germain-des-Prés, l'A mis à «la marge des gloses et des commentaires sur l'Écriture Sainte signifie que « la prophétie ou le texte qu'on explique n'est que comminatoire. Cet A est la «lettre initiale ou le signe d'éxar. Dans plusieurs manuscrits et anciennes «éditions on le marque vis-à-vis de ces paroles d'Isaïe au roi Ézéchias : Dispone «domui tuæ, quia morterts. » Parmi les sigles qui servent dans les notes des

! Une ancre renversée désignait quelque chose ? Les anciens grammairiens notaient du mot de bas ou d’inconvenant. axpnoro” les passages qu'ils désapprouvaient.

manuscrits on peut citer le Z qui signifie &ire, cherchez, et qui avertit de recourir à d'autres exemplaires pour vérifier une leçon. L’R, require, servait au même usage. Dans le manuscrit 936 de Saint-Germain, les lettres Ad (hic dic, hic dicitur) servent de renvoi à des additions considérables placées en marge, et précédées des lettres R. k. p; les Bénédictins supposent que cela signifie : Restituendum hic ponitur. Le signe R servait aussi à marquer les réponses et les objections : on les annonçait encore par une croix. Le chrisme, c'est-à-dire le X et le P conjoints, était, selon S. Isidore, une marque dont chacun pouvait faire l'usage qui lui semblait convenable. S'il n'est pas exact de dire qu'il en est de même de tous les signes dont nous venons de parler, du moins est-il vrai que leur valeur a souvent varié. Il ne suffit donc pas, pour les interpréter sûrement, de connaître les explications qui ont été données par les anciens grammairiens; il faut encore vérifier la valeur précise qui leur a été attribuée dans tel ou tel manuscrit. Les courtes indications que nous avons empruntées au Nouveau Traité de Diplomatique suffiront du moins pour initier le lecteur à ce genre de difficulté.

ARTICLE IIT.

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