PARTIE IIL — CHAPITRE VI
ligne verticale pour une / cursive. On commettrait souvent des erreurs de cette nature si on ne se rappelait pas que, dans un chiffre composé de plusieurs [, le premier dépasse souvent les autres. Ainsi, dans le fac-simile n° 1 de la planche IIT, les nombres deux, trois et quatre sont écrits Ir, Ir et In. Dans le cinquième fac-simile de la même planche le nombre douze est ainsi figuré xlr : les Bénédictins pensent avec raison qu'il est plus naturel de lire XII que XLI. Quelquefois on prolongeait à la fois le premier et le dernier I: ainsi les mots quartumutr, sextumutr, etc., s'écrivaient Iulv, Iulv, ete. Pour ne pas confondre ces I allongés avec des /, il faut examiner surtout le bas de ces deux lettres : la première est presque toujours formée par un trait droit, tandis que la seconde présente, à son extrémité inférieure, une courbure assez prononcée. Lorsque le nombre cinq est exprimé par un « dont le second jambage se prolonge au-dessous de la ligne, ce caractère présente l'aspect d'un V et d’un I réunis. Les Bénédictins signalent quelques autres erreurs qui se rattachent à la lecture des chiffres romains : « Une lettre originale, qui est dans les “archives de la cathédrale de Clermont, porte cette date : Facta carta ipso «anno IIT. X. regnante Henrico rege Francorum. On a fait signifier à ces chiffres «romains trois fois dix, et, en conséquence, on a rapporté cette date à l'année «MXXX de J.-C., au lieu de la rapporter à la XIII° année du règne de Henri [°. « Et, pour qu'il n'y manquât rien, dit M. Baluze, on a ajouté le nüllième qui n'est «pas dans l'original. C'est ainsi que par de semblables bévues une multitude de «chartes sont déclarées fautives dans leurs dates. Comme les deux jambages «du V se rapprochent et se confondent souvent avec le nombre I, les copistes «ont pris l'un pour l'autre. L'u carré et TU arrondi par le bas, ont encore «donné lieu à un plus grand nombre de méprises, à cause de leur ressemblance «avec le chiffre IT. Pline, dans les anciennes éditions, assure que de son temps «on a vu deux écl ipses en XII jours, quoiqu'il soit naturellement impossible que «cela arrive en si peu de temps. On croit avec beaucoup de fondement qu'une « faute si grossière doit être mise sur le compte des copistes ignorants ou peu at- «tentifs qui ont pris l'a ou le v pour II, et au lieu de XV ont mis XII. D'autres, «ayant transcrit tout au long ce passage, dont le chiffre était peut-être déjà « COrrompu, Ont MIS duodecim diebus au lieu de quindecim. » Ce dernier exemple suffit pour montrer combien il est important de transcrire les textes avec toute l'exactitude possible, et de ne pas se permettre de traduire les chiffres par des mots, ou de substituer à un signe numérique un autre signe qui, dans l'usage ordinaire, peut avoir la même valeur, mais dont l'emploi peut donner lieu à de graves erreurs dans une foule de circonstances.
Lors même que l'on est arrivé à lire exactement des nombres exprimés en
os
chiffres romains, leur interprétation peut encore présenter de graves difhcultés. «Il est important d'observer, disent les Bénédictins, que les anciens expri- «maient souvent les nombres par des comptes ronds, laissant à quartier les
nombres imparfaits. Cette manière de compter n’est pas rare dans les livres
sacrés. Elle a passé de là dans les monuments. Il est certain, et personne ne
lignore, que les pères du troisième concile d'Éphèse étaient au nombre de
274. Néanmoins la seconde profession de foi rapportée dans le Diurnum ro-
manum l'appelle seulement un concile de deux cents pères, ducentorum sanc- PI
torum patrum. Selon cette manière de compter, lépitaphe gravée sur le tombeau
de Charlemagne porte que ce prince mourut septuagénaire, c'est-à-dire âgé
de 70 ans. Éginard, son secrétaire et son confident, qui rapporte cette ins-
cription, ne laisse pas de dire qu'il mourut dans la 72° année. Cet auteur
n'a pu ignorer l'âge de son maître, dont il écrivait la vie. L'épitaphe a donc «suivi un compte rond en donnant 70 ans à Charlemagne au lieu de 72. Les
«anciens catalogues des papes ne donnent à Jean XIII que six ans onze mois
et cinq jours de pontificat. Cependant son épitaphe porte qu'il a tenu le
S. Siége pendant sept années. D. Mabillon cite une charte de Raoul, évêque
de Chälons, datée de la XXVI° année du règne de Lothaire, quoique la 27°
courût depuis le mois d'octobre. C’est que, pour faire un compte rond, on
«ne mettait point en ligne de compte le surplus de la 26° année. » Nous avons déjà fait observer ailleurs que les dates des chartes omettaient quelquefois le millième et le centième, et que dans le x1v° siècle, par exemple, on se contentait d'écrire L ou ML pour désigner l'année MCCCL. Tous ces faits sans doute sont exceptionnels, mais il était indispensable de les signaler en passant.
Il nous reste à indiquer quelques signes spéciaux que l'on rencontre fréquemment dans les chiffres romains d'Espagne. La lettre X, augmentée d'un trait courbe qui se rattache à l'extrémité supérieure de son côté droit, sert à exprimer le nombre quarante : emploi de ce signe est très-fréquent. Les Bénédictins citent aussi une inscription du vu‘ siècle gravée sur le bénitier de S. Jean de Cabra en Andalousie, et dans laquelle le nombre quatre-vingts est représenté par un X de forme cursive, dont les deux extrémités supérieures sont barrées. La lettre X vaut d'ailleurs dix quand elle n'est augmentée d’aucun trait accessoire; mais au lieu de VX on rencontre quelquefois le 4 grec. Le nombre nulle est désigné non-seulement par I surmonté d'un trait, mais encore par des signes parfaitement semblables au T. Quelques auteurs ont présumé, comme on l'a vu plus haut, que les copistes avaient confondu F1 surmonté d'une barre avec le T. Cette explication peut être vraie à certains égards; mais 1l n'est pas douteux non plus que dans un grand nombre de di-
PARTIE IIL — CHAPITRE VI 711 plômes d'Espagne cette barre se confond avec l'I de manière à former un T!. H est donc impossible d'affirmer que ces deux traits sont réunis accidentellement; d’ailleurs, en partant de la même hypothèse, on peut dire que l'erreur dont il a été question avait été commise longtemps auparavant, et qu'elle aura été ensuite reproduite dans les titres originaux. Enfin, indépendamment du T, de TI surmonté d'un trait isolé, et de l'M qui est en général de forme onciale, on trouve le nombre mille exprimé par une figure semblable à LT grec. Les nombres ordinaux d'Espagne doivent aussi donner lieu à une observation particulière, c'est que les voyelles o et a, qui indiquent à l'ablatif les désinences du masculin et du féminin, étaient souvent placées à la suite de la lettre numérale, et représentées comme elle sous la forme majuscule : ainsi on trouve XO, XA, LO, LA, etc., pour decimo, decima, quinquagesimo, quinquagesima, etc. En France, au contraire, ces voyelles étaient plus petites et placées au-dessus des chiffres. Le mot secunda est exprimé par deux Î surmontés d’un a en forme d'œ dans le fac-simile n° 2 de la planche XII : l'usage de combiner les désinences des nombres avec les chiffres romains remonte donc au moins au 1x° siècle. Ces désinences étaient souvent exprimées par deux lettres : ainsi on trouve cet”, vin, etc., pour trecentesimo, nono, etc. Le mot quinque sécrivait souvent VS.