POLYPES DU LARYNX
Nous appelons polypes du larynx des tumeurs bénignes développées à la surface de la muqueuse laryngienne, qui ont une tendance à se pédiculiser. Nous n'y comprenons pas ces végétations polypoïdes que l'on trouve à la surface d'ulcérations tuberculeuses, cancéreuses ou syphilitiques, qui ne sont que des bourgeons charnus volumineux dont l'étude rentre dans celle de l'affection qui leur a donné naissance. Nous devons en distinguer aussi certaines productions cancéreuses
pédiculées an début de leur évolulion. Contrairement à celles-ci, les tumeurs qui nous occupent constituent une affection purement locale. qui n'amène point de retentissement ganglionnaire, de généralisation dans les viscères, ne détermine point de cachexie et peut amener la mort, mais par un seul mécanisme, l'asphyxie.
Historique. — Les polypes du larynx pendant longtemps ont été absolument ignorés. Lieutaud est le premier qui paraît en avoir fait mention (Historia anatomo-medica, Paris, 1767). Il assistait à l'autopsie d'un enfant de douze ans qui était mort subitement après avoir présenté des accidents de suffocation : « On trouva au-dessous du larynx un vrai polype assez solide et ressemblant à une grappe dont la queue tenait à la partie antérieure du canal de la trachée. » Gerdy, dans sa thèse de concours intitulée : « Des polypes et de leur traitement, » ne rapporte que six cas de polypes des voies aériennes. En 1840, le professeur Ehrmann (de Slrasbourg) reconnut le premier sur le vivant l'existence d'un polype et en fit l'extraction en pratiquant la laryngotomie (Histoire des polypes du larynx, par Ehrmann, de Strasbourg). Son exemple eut peu d'imitateurs. En effet, le diagnostic de cette affection reposant sur l'expulsion de parcelles de la tumeur, d'autres fois sur les sensations fournies par le toucher à l'aide du doigt, n'était suffisamment certain que dans un très-petit nombre de cas. A partir du moment où la laryngoscopie entre les mains de Czermak, de Pesth (1858), devint un moyen facile de découvrir les lésions du tube aérien, les polypes furent souvent reconnus, et la liste de ceux qui firent leur étude et pratiquèrent leur extirpation serait trop longue pour que nous essayons môme de la dresser. Qu'il nous soit permis cependant de citer quelques noms : Mandl, Moura-Bourouillou, Isambert, Gh. Fauvel, Krishaber en France; Lewin, Bruns, Stoerck,Tiirck, Voltolini, Burow en Allemagne; Morell-Mackensie, Duncan-Gibb en Angleterre, etc. Parmi ces travaux, nous devons donner une place spéciale au livre de Mackensie (Essay on growths in the larynx. London, 1871), qui renferme cent cas de polypes observés et traités par lui, et à celui du docteur Ch. Fauvel [Traité pratique des maladies du larynx. Paris, 1876), où l'histoire des polypes est traitée avec un soin minutieux et résulte de l'observation personnelle de trois cents malades. Étiologie. — Les polypes du larynx sont assez fréquents; ils se montrent surtout dans l'âge adulte, de trente à cinquante ans. Parmi les 400 cas rapportés par Fauvel et Mackensie, 247 appartiennent à cet âge. Le nombre des polypes décroit à mesure qu'on s'éloigne de cette période de la vie : ces auteurs n'en citent que 11 avant dix ans et 10 après soixante. Quelquefois ces tumeurs sont congénitales : le docteur Causit, dans sa thèse (Paris, 1867), a trouve chez les enfants 10 polypes congénitaux sur 44. Les hommes en sont atteints plus fré-
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quemment que les femmes, probablement à cause des irritations auxquelles leur muqueuse laryngienne est exposée. Le rapport est à peu près de quatre hommes pour une femme. Il est certain que quelques professions y prédisposent spécialement: ce sont celles qui exigent des fatigues de l'organe phonateur (professeurs, prédicateurs, orateurs, chanteurs, etc.) ou qui exposent la muqueuse h l'action du froid, de gaz irritants. Peut-être pourrait-on les rattacher à certaines diathèses (scrofule, syphilis) : quelques observations semblent venir à l'appui de cette opinion, mais la question n'est pas résolue.
Des causes occasionnelles président parfois à la naissance de ces tumeurs: des malades font remonter les troubles de la voix à un rhume, une laryngite; chez les enfants, c'est une rougeole, une coqueluche, une scarlatine qui marquent le début de la maladie.
Anatomte pathologique. -- Au point de vue du siège, les polypes peuvent être divisés en sus-glottiques, intra-glotliques, sous-gloltiques, suivant leur point d'insertion. Les polypes intra-glottiques sont de beaucoup les plus fréquents, et sur 300 cas observés, 250 fois le pédicule était adhérent à la corde vocale antérieure, soit au niveau des bords ventriculaires (7 fois), soit au niveau de la face supérieure (31 fois), soit au niveau du bord libre (212 fois). Par degré de fréquence, les polypes s'insèrent sur le tiers antérieur de la corde vocale, sur le tiers moyen, très-rarement sur le tiers postérieur, et alors il y en a toujours d'autres en avant. Ils peuvent venir du ventricule de Morgagni : le docteur Fauvel en a observé 7 cas. Quant aux polypes sus-glottiques ou sousglottiques, ils sont ainsi répartis : sous-glottiques 9, muqueuse interaryténoïdienne 2, cordes vocales supérieures 3, épiglotte 5. Mackensie signale une plus grande fréquence de ceux-ci qui comptent pour 8 dans sa statistique. Les polypes font un peu plus fréquents à droite qu a gauche, c'est le contraire pour les tumeurs cancéreuses.
La forme, la coloration, le volume, la consistance sont variables suivant les nombreux genres de tumeurs polypeuses que nous allons énumérer et qui sont, par ordre de fréquence:
Les papillomes . . 206 (Fauve!) 07 (Mackensie).
Les myxomes. . .
Les fibromes . .
Les épithéliomes,
Les sarcomes. .
Les kystes. ...
Les angiomes. .
Les adénomes . .
Les lipomes. . .
Les papillomes se présentent tantôt sous la forme de filaments
(Bruns).
allongés, ce qui les fait ressembler à une branche de corail, tantôt ils sont sessiles et l'on peut les comparer à des mûres, à des choux-fleurs. Blanchâtres au début, ils se colorent en vieillissant en rose ou même en rouge avec reflet bleuâtre. Us se réunissent souvent en grand nombre pour constituer une tumeur qui peut oblitérer plus ou moins complètement la glotte. Czermak, Bruns ont observé des cas où tout le larynx était envahi. Chacune des tumeurs comprend deux parties : le corps papillaire et le revêtement épithélial. Le corps papillaire est un bourgeon plus ou moins volumineux donnant naissance à des bourgeons secondaires et tertiaires. 11 est formé de tissu conjonctif dans lequel on trouve des vaisseaux recourbés en anse. La quantité de tissu conjonctif est quelquefois si faible, que le revêtement épithélial semble reposer directement sur les vaisseaux. L'épithélium est composé de couches nombreuses appartenant à la variété pavimenteuse. C'est, du reste, cet épithélium pavimenteux qu'on rencontre, d'après Cornil, à la surface de tous les polypes du larynx.
Les myxomes, les plus fréquents après les papillomes, ont au début la forme d'un nodule transparent de la grosseur d'un grain de millet. La tumeur peut s'ouvrir spontanément comme un kyste, ou bien elle augmente de volume, atteintla grosseur d'un petit pois, d'une groseille. La coloration est d'un rose pâle tirant sur le jaune, quelquefois elle est d'un rouge plus foncé : c'est ce qui arrive quand il s'est fait une hémorrhagie dans la tumeur. Yirchow {Pathologie des tumeurs) compare ces polypes à leur début aux œufs de Naboth du col utérin. Ils sont constitués au centre par un petit nombre d'éléments figurés, cellules rondes et fusiformes, disséminées au milieu d'une substance colloïde, à la périphérie par de l'épithélium. Les éléments du myxome peuvent dégénérer et tomber en détritus : il en résulte des cavités kystiques remplies de masses muqueuses.
Les fibromes ont un volume qui dépasse rarement celui d'un grain de raisin. Pédicules, plus souvent sessiles, ils ont un aspect compacte, une surface bosselée, grenue ou plissée et recouverte de petites saillies longitudinales d'une couleur blanc grisâtre. La tumeur à la coupe est formée d'un tissu résistant, criant sous le couteau, stratifié par couches concentriques. On y trouve, à l'examen microscopique, des faisceaux de tissu conjonctif à l'état adulte, entrecroisés dans divers sens. La surface est revêtue de nombreuses couches d'épithélium.
Les tumeurs épithéliales sont généralement sessiles ou imparfaitement pédiculées. Leur volume varie de celui d'un grain de blé â un œuf de moineau. Leur surface est polie, mais peut être sillonnée et lobulée. Elles appartiennent à la variété dite épithélioma, lobule et sont constituées par des traînées ou des cylindres d'épithélium pavimenteux anastomosés les uns avec les autres et loaés au milieu d'un