POLYPES DU LARYNX
la fumeur; plus rarement, une sensation de corps étranger qui l'ail faire au malade des efforts d'expulsion, comme s'il conservait des mucosités adhérentes dans la gorge, un sentiment d'oppression qu'il localise au niveau de la poignée du sternum. M. Fauvel a signalé chez un grand nombre de malades un goût de poivre dans la bouche qui leur causait une salivation abondante.
Le toucher à l'aide d'un doigt pourra, dans les cas de polypes de l'épiglolte ou des parties supérieures de l'espace sus-glottique, révéler la présence de la tumeur. Nous on dirons autant de l'examen direct en abaissant fortement la langue.
L'exploration à l'aide du laryngoscope sera souvent le seul moyen de reconnaître le polype,
Dans certains cas le malade rejette. en toussant des parcelles de la tumeur; ce signe, sur lequel les anciens chirurgiens insistaient beaucoup, est absolument pathognomonique.
Marche et terminaisons. — On pourrait décrire deux périodes dans l'évolution des polypes. Dans la première, plus ou moins longue, la tumeur ne détermine que des phénomènes de dysphonie; mais le passage de l'air n'est pas rétréci; il n'existe ni cornage, ni dyspnée.
Dans la seconde, ces deux symptômes se montrent, et si la maladie est laissée à son évolution naturelle, ils vont s'aggravant jusqu'à l'asphyxie complète, qui est la seule cause de mort possible par le fait de la tumeur.
Les polypes arrivent parfois d'emblée à la dernière période, comme dans l'observation suivante, citée par Édis {Tram, of the obstetrie. Society of London, vol. XVIII, p. 2, 1877). Un enfant de huit livres présente dès sa naissance une gêne de la respiration, et fait entendre à chaque effort inspiratoire un bruit plaintif. La poitrine examinée ne révèle rien d'anormal. L'enfant dépérit graduellement et meurt trentesept heures après sa naissance. A l'autopsie, on trouve un kyste du volume d'un haricot, naissant d'un côté du larynx et s'appuyant sur l'orifice de la glotte. Gausit, dans sa thèse, a rassemblé des faits du môme genre.
Diagnostic. — Si, comme cela se présente, surtout chez l'enfant, les premiers symptômes sont ceux de la suffocation, on pourra confondre le polype avec les corps étrangers des voies aériennes, le croup, l'œdème de la glotte, la laryngite striduleuse, etc.; les éléments de ce diagnostic nous étant déjà connus, nous n'y reviendrons pas.
L'examen laryngoscopique sans lequel on n'aura jamais que des probabilités, à moins de l'expulsion de parcelles du polype, permettra de reconnaître : 1° la présence, 2° le point d'implantation, 3° la nature de la tumeur.
Il faudra examiner avec soin toute l'étendue du larynx, surtout les cordes vocales inférieures, faire tousser le malade, l'engager à faire de profondes inspirations, afin de déplacer le polype au cas où il serait caché dans le ventricule ou sous la corde vocale.
Le point d'implantation est très-difficile, parfois même impossible à déterminer, soit que l'observateur soit gêné par un développement anormal du tubercule de Czermak, soit que le polype ne se déplace plus et occupe une grande surface. Quant à la nature de la tumeur, elle se déduira des caractères physiques que nous avons assignés aux différents polypes.
Il faudra se mettre en garde contre une erreur qui consisterait à prendre pour un polype des végétations tuberculeuses ou syphilitiques. Les premières ont d'ordinaire leur point d'attache sur les cartilages aryténoïdes ou dans leur voisinage; entre les productions polypiformes, il existe des ulcérations de voisinage; d'autres indications seront fournies par l'état général du sujet.
Les végétations syphilitiques se développent de préférence, non plus sur les cordes vocales inférieures, mais dans les autres parties du larynx; elles s'accompagnent d'ulcérations spécifiques de cet organe, du pharynx et de la cavité buccale. En cas d'hésitation, on aura recours à la médication anti-syphilitique.
Une tumeur maligne peut en imposer pour un polype au début, ainsi certains carcinomes. C'est d'après l'âge du malade, la marche de la tumeur, qu'on fera le diagnostic.
Enfin, il faudra penser à une lésion dont trois exemples ont été rapportés : un par Fauvel, un par Mackensie, le troisième par Lefferls (New-York Med. Record, 1876, n° 29). Il sJagit du prolapsus de la muqueuse des ventricules de Morgagni, formant une tumeur lisse et arrondie, saillante dans la cavité laryngienne.
Pronostic. —La gravité du pronostic dépend de la nature du polype et de l'âge de l'individu. Les fibromes, les myxomes, les adénomes peuvent rester longtemps dans le larynx sans déterminer d'accidents graves. Les papillomes sont plus dangereux, à cause de la possibilité d'une pullulation rapide d'où résultent la diminution du calibre du tube aérien et l'asphyxie progressive. A côté de ces cas funestes, il faut en placer d'autres où la guérison s'est faite sans intervention chirurgicale. Le docteur Krishaber a rassemblé six observations d'expulsion spontanée de papillomes. Le docteur Ch. Fauvel a observé, également un cas de disparition spontanée non plus d'épithéliome, mais de myxome, chez un jeune homme du service du professeur G. Sée â l'hôpital Beaujon. Il faudra toujours se défier des épithéliomes et des sarcomes chez des individus âgés; souvent, sous des influences inconnues, telle tumeur dont les symptômes cliniques paraissaient absolu-