LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA MEMBRANE DU TYMPAN
cherche, à moins que l'on n'y soit provoqué par les antécédents. En effet, la plupart des malades ne se plaignent que d'une douleur vive, d'une otorrhagie plus ou moins forle et d'un certain degré de surdité consécutive. Quand on examine l'oreille, on ne voit qu'un caillot sanguin. Si donc on a recours à l'otoscope, il faut entraîner ce caillot par le lavage, maintenir fermés le nez et la bouche, et recommander au malade une forte expiration; aussitôt l'air passe dans la trompe et produit un bruit particulier déterminé par le passage de quelques bulles d'air â travers la plaie du tympan.
La lésion constatée, il est important de savoir si elle coïncide avec une lésion des parties profondes ou des parties molles du crâne. Les antécédents, joints à d'autres signes, que nous ferons connaître en parlant des affections de l'oreille moyenne, permettent de reconnaître si celle-ci est atteinte. Une fracture de la base du crâne donne lieu à des symptômes que nous avons indiqués dans le volume précédent. Il sera plus difficile de déterminer s'il y a seulement une contusion du crâne, car, lorsque celle-ci est violente> elle donne lieu à des phénomènes peu différents de ceux de la fracture (voy. t. III, p. 450).
Les accidents qui suivent la perforation du tympan sont de courte durée. Le plus souvent il en résulte à peine un léger affaiblissement de la faculté auditive.
Le pronostic est en général sans gravité ; cependant il n'est pas rare de voir survenir une inflammation suppurative qui peut s'étendre à la caisse. Quelques auteurs attribuent l'origine de cette inflammation à l'impression du froid sur les parties profondes. Nous pensons que la blessure seule de la membrane tympanique suffit pour l'expliquer. Les autres complications possibles sont la fracture du manche du marteau, l'ébranlement ou même la rupture des osselets.
On s'est demandé si la réunion de la solution de continuité était possible; cette réunion, longtemps contestée, a été mise hors de doute par les expériences de Valsalva et par celles d'Itard.
La terminaison varie suivant que la blessure du tympan est simple ou s'accompagne des accidents dont nous venons de parler. Dans le premier cas, la guérison s'obtient rapidement sans que le malade conserve la moindre faiblesse de l'ouïe ; dans l'autre cas, au contraire, celle-ci peut être troublée ou même perdue.
Le traitement est purement palliatif; dans la crainte de voir survenir une inflammation, on a recours à quelques émissions sanguines locales, et si l'hémorrhagie qui succède à l'accident est abondante, on peut toucher avec précaution le point d'où s'échappe le sang avec un petit pinceau imbibé de perchlorure de fer. Un petit tampon d'ouate placé dans l'oreille est suffisant pour favoriser la cicatrisation.
2° Inflammation (myringite)
Les auteurs, jusqu'à une époque peu éloignée de nous, regardaient l'inflammation de la membrane du tympan comme étant toujours liée à l'otite externe ou à l'otite moyenne; c'est pourquoi ils n'en faisaient pas l'objet d'une description spéciale. Saissy, le premier, en 1827, appela l'attention sur ce sujet, qui fut ensuite repris par Wilde et Toynbee. Ce fut NYilde qui donna à cette affection le nom de myringite.
Nous décrirons séparément, comme nous l'avons fait pour l'otite externe, la myringite aiguë et la myringite chronique.
Myringite aiguë. — Elle peut naître primitivement sous l'influence du froid, à la suite de bains de mer ou de rivière, par exemple, ou bien être consécutive à une otite moyenne ou à une otite externe.
Dans ce dernier cas, qui est le plus fréquent, l'inflammation du conduit se propage sur tout le pourtour de la circonférence du tympan et finit par envahir toute la surface en suivant une marche régulièrement concentrique.
Les altérations anatomiques portent sur les trois couches de la membrane. La face externe se couvre d'une injection vive, surtout sur les bords et le long du manche du marteau, de petites saillies rougeâtres, granuleuses, polypiformes; sur le feuillet interstitiel, on observe des épanchements plastiques ou de petits abcès caractérisés par des taches blanchâtres; enfin, sur la face interne ou muqueuse, des saillies vasculaires et des rougeurs. Toute la membrane est épaissie. En l'examinant au spéculum, on voit qu'elle a perdu son éclat habituel.
Cet état local est accompagné de bourdonnements, de battements, de bruits désignés sous les noms de bruit de cascade ou de coquillaye, d'une dureté de l'ouïe qui ne manque jamais, de vives douleurs se faisant brusquement sentir dans le fond de l'oreille et qu'exagèrent les efforts de toux et d'éternument, et souvent de phénomènes nerveux, avec agitation, fièvre, délire, etc.
Il est rare que ces symptômes ne se compliquent pas, à un certain moment, de ceux de l'otite externe et de l'otite moyenne. Cette dernière se reconnaît par l'extension de la douleur à tout le côté correspondant de la tête, et particulièrement à la mâchoire supérieure, au niveau des grosses molaires.
La marche de la myringite est la même que celle de l'otite externe.
Elle se termine par résolution, par suppuration ou par perforation. La résolution est rare quand la maladie est abandonnée à elle-même ; en pareil cas, les phénomènes disparaissent peu à peu, en suivant, comme dans la période d'envahissement, une marche régulière et
constante du centre à la circonférence; on observe parfois une légère otorrhagie, et tout rentre dans l'ordre.
La suppuration est au contraire fréquente : le derme, dépouillé de son épiderme, devient rouge, se tuméfie, se ramollit et finit par suppurer. En général, l'écoulement est peu abondant; les douleurs et les phénomènes nerveux disparaissent et l'ouïe recouvre sa finesse. Mais la membrane du tympan conserve une légère infiltration, un aspect mat et de l'opacité. D'autres fois il se forme, entre les lamelles du tympan, de petits abcès qui ont été surtout étudiés par Wilde, Trôltscli et Boeck.
Ces abcès se terminent par résolution ou s'ouvrent spontanément : dans le premier cas, ils peuvent devenir l'origine des plaques calcaires dont nous parlerons plus loin. Leur ouverture spontanée donne lieu à des accidents variables suivant leur siège. Tantôt ils n'occupent que la couche cutanée ou la couche muqueuse de la membrane, et, en s'ouvrant, ne déterminent qu'une légère excoriation sur l'une ou l'autre de ces deux couches ; tantôt ils se trouvent sur la couche fibreuse intermédiaire ou atteignent deux couches à la fois, et alors entraînent généralement la perforation de la membrane. Cette terminaison fâcheuse s'observe surtout chez les sujets scrofuleux. D'autres fois, chez ces mêmes sujets, ces abcès donnent lieu à la formation de bulles ou de phlyctènes, qui, en se réunissant les unes aux autres, finissent par entraîner une destruction plus ou moins étendue de la membrane. Cette forme particulière de la maladie a été décrite par Triquet sous le nom de myringite scrofuleuse.
La myringite aiguë peut passer à l'état chronique.
Son diagnostic ne présente aucune difficulté; l'examen seul des parties suffit pour la faire reconnaître.
. Nous ne nous arrêterons pas à la distinguer de l'otite externe, dont nous avons exposé les symptômes, ni de l'otite moyenne, dont nous parlerons plus loin. Nous dirons seulement qu'il est important de s'assurer si elle est simple, primitive ou secondaire à l'une ou à l'autre de ces affections.
Le pronostic offre une certaine gravité, surtout chez les sujets scrofuleux, chez qui, comme nous l'avons vu, elle peut se compliquer de la perforation de la membrane du tympan et d'otite purulente moyenne. Enfin, il persiste toujours un certain épaississement de la membrane et une certaine faiblesse de la faculté auditive.
Le traitement est le même que pour l'otite externe aiguë : lotionsfréquentes avec de l'eau tiède amidonnée, fumigations émollientes, émissions sanguines locales, etc.
Quant aux abcès qui se forment sur la membrane du tympan, M. Boimafont conseille, avec raison, d'en faire la ponction, et il vaut
encore mieux, surtout s'ils sont multiples, pratiquer de légères scarifications sur la membrane. Il faut joindre au traitement local un traitement général approprié à la constitution du malade.
Myringite chronique. — La myringite chronique est consécutive à la myringite aiguë ou elle est spontanée. Dans ce dernier cas, on la rencontre surtout chez les scrofuleux. Quelques auteurs disent l'avoir observée comme accident secondaire de la syphilis. Elle est fréquente aussi chez les sujets dartreux, elle succède alors à l'otite externe.
Les lésions anatomiques de la myringite chronique ont été bien décrites par Toynbee. Elles portent à la fois sur les trois couches de la membrane tympanique. Sur la face externe ou cutanée, on observe des saillies vasculaires arrondies ; d'autres fois cette face est transformée en une plaque homogène, dense et résistante ; dans la couche moyenne épaissie et vascularisée se trouvent des dépôts plastiques; la face interne hypertrophiée se soulève et vient comprimer la chaîne des osselets au point d'en gêner les mouvements. La membrane est infiltrée et épaissie dans sa totalité, et présente sur la face externe ou sur la face interne des ulcérations pouvant amener autant de perforations.
Les symptômes, moins accusés que dans la forme aiguë, consistent en de légers élancements dans le fond de l'oreille, une sensation de pesanteur et parfois des démangeaisons. Cependant la surdité, qui dans la forme aiguë tient aux bourdonnements et cesse avec eux, est ici plus prononcée et persistante. Dans la majorité des cas, on observe un écoulement de pus peu abondant, mais très-fétide.
L'examen au spéculum montre une rougeur, tantôt généralisée, tantôt localisée à la circonférence ou à la moitié postérieure, au voisinage du manche du marteau. Les autres parties sont alors ternes, jaunâtres.
La myringite chronique peut durer plusieurs années.
Le diagnostic est facile. Il faut s'assurer si l'inflammation s'étend vers tes parties profondes. Les symptômes de l'otite moyenne, que nous ferons connaître un peu plus loin, permettront de le reconnaître.
La myringite chronique est une affection rebelle et grave en raison des perforations qu'elle entraîne et de l'otite moyenne purulente consécutive. La guérison est rarement complète; les malades conservent des bourdonnements dans l'oreille et de la surdité.
Le traitement doit être à la fois général et local.
La médication générale a pour but de combattre la diathèse scrofuleuse, syphilitique ou dartreuse par les moyens appropriés.
Le traitement local consiste en injections et en lavages pratiqués deux ou trois fois par jour pour débarrasser le tympan des produits de sécrétion qui le recouvrent, en lotions astringentes au sulfate de