INFLAMMATION DE I/APOPIIYSE MASTOÏDE
ques cas, il nécrose la paroi externe de l'apophyse et vient se faire jour sous la peau; on perçoit alors une fluctuation de ce côté. D'autres fois il fuse dans les régions voisines, soit en haut vers la région temporale, et souvent on constate alors de l'emphysème, soit en avant dans la région parotidienne, où il détermine le sphacèle du tissu cellulaire sous-cutané, soit en arrière dans la région occipitale, où il peut rester quelque temps inaperçu en raison de la profondeur de son siège, soit en bas dans la région cervicale en passant parla rainure digastrique, tantôt en avant du muscle sterno-mastoïdien, le long de la gaîne des vaisseaux carotidiens, tantôt en arrière de ce muscle jusque dans la région sus-claviculaire. Enfin d'autres fois, il se fait jour à travers la paroi interne, et Ton conçoit les dangers qu'entraîne la nécrose de celte paroi par suite de son voisinage avec le sinus latéral, le cerveau elle cervelet. On a rapporté cinq cas de ligature de la carotide nécessitée par ce genre d'affection.
Quand l'os est atteint par la suppuration, on perçoit une odeur caractéristique extrêmement fétide, comparable h celle de l'ozène nasal, peut-être plus fétide encore. Ce phénomène est tellement accusé chez quelques malades, qu'il y aurait peut-être lieu d'en faire une description spéciale sous le titre de punaisie mastoïdienne, en insistant particulièrement sur les conditions dans lesquelles il se développe et se maintient, ainsi qu'on l'a fait pour Vozène des fosses nasales, qui a été décrit séparément, bien qu'il ne soit lui-même qu'un symptôme commun à plusieurs maladies.
Diagnostic. — Une fois l'inflammation reconnue à l'aide des signes que nous avons indiqués, il faut pouvoir distinguer si elle est souscutanée, périostique ou profonde.
L'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané est longtemps superficielle; elle présente une marche aiguë et plus rapide que celle de l'ostéite. En outre, l'incision simple des téguments permettra de la reconnaître.
La périostite ou ostéite superficielle se distingue par l'absence de troubles fonctionnels, par le gonflement diffus de la région, par la douleur plus accentuée et plus superficielle; en outre, elle coïncide généralement avec une périostite de la caisse et du conduit auditif externe facilement appréciable à l'otoscope.
L'inflammation suppurative des cellules mastoïdiennes s'accompagne presque toujours d'une otite moyenne purulente, et, par conséquent, de troubles fonctionnels plus ou moins intenses; le gonflement paraît plus circonscrit, la douleur est moins vive, mais plus profonde que dans la périostite. Enfin, l'examen du conduit auditif permet de constater la rougeur et le gonflement œdémateux de sa paroi supérieure, qui, précisément à ce niveau, correspond, comme on sait, aux cellules mastoïdiennes.
92 AFFECTIONS DE i/APPAREIL DE L'OUÏE.
Dans certains cas, l'inflammation superficielle pourrait être confondue avec une simple adénite.
Les adénites sont rarement primitives; elles sont presque toujours consécutives à une lymphangite dont le point de départ se trouve, soit dans le pavillon de l'oreille, soit dans le conduit auditif externe, soit dans les téguments du crâne et plus spécialement ceux de la région pariétale.
Lorsqu'on a quelque raison de supposer que l'adénite a été le point de départ de l'abcès, il faut rechercher dans les antécédents s'il n'y apas une cause générale dont les traces deviennent quelquefois apparentes et qui a donné naissance à l'inflammation des ganglions.
Les collections purulentes des cellules mastoïdiennes et de la caisse du tympan donnent lieu souvent à des accidents qui peuvent faire croire à l'existence d'une affection cérébrale. C'est ainsi que chez un jeune homme de seize ans, qui depuis deux ans était traité pour une maladie du cerveau, Nélaton, avec MM. Barth et Bonnafont. reconnut l'existence d'une inflammation suppurative des cellules mastoïdiennes et de l'oreille moyenne. Ce malade se plaignait de très-vives douleurs encéphaliques, surtout accentuées au niveau de la région temporale gauche. La région mastoïdienne de ce côté était légèrement tuméfiée et un peu rouge. L'examen otoscopique. pratiqué par M. Bonnafont, montra le conduit auditif tuméfié et la membrane du tympan blanchâtre, cédar.t à la pression. Nélaton proposa la trépanation de l'apophyse mastoïde, qui fut acceptée ; aussitôt que celte opération eut été pratiquée, il s'écoula une grande quantité de pus, le malade fut soulagé, et peu de temps après il était complètement guéri.
Pronostic. — Nous n'insisterons pas sur son extrême gravité dans les cas où le pus s'est formé dans les cellules mastoïdiennes, cette gravité ressortant de l'exposition même des symptômes et de la marche de cette affection. Toutefois la terminaison, même si l'on abandonne la maladie à elle-même, n'est pas toujours aussi funeste qu'on pourrait le croire; il peut se faire une sorte de trépanation spontanée de l'apophyse mastoïde, et la maladie peut dès lors marcher vers la guérison. C'est là ce qu'on observe journellement chez les enfants.
Traitement. — Que l'ubcès soit cutané, sous-périostique ou profond, le chirurgien doit tout d'abord pratiquer au niveau de l'apophyse mastoïde une large incision comprenant toute l'épaisseur des téguments jusqu'à l'os. Si l'abcès est simplement sous-cutané, cette incision suffit pour en amener la guérison. 11 en est de même dans les cas d'abcès profonds avec ouverture, spontanée des lames osseuses. C'est ainsi que chez un jeune malade qui avait été traité à l'hôpital