IV. — Affections ulcéreuses
Les affections ulcéreuses des paupières se rattachent à la syphilis, à la scrofule, ou au cancer. Ce que nous avons dit de ces sortes d'affections, en parlant des généralités (t. 1, p. 373) et du lupus (t. III, p. 678), nous dispensera de les décrire longuement.
Les ulcérations d'origine syphilitique sont les plus fréquentes, qu'elles soient primitives ou secondaires comme les pustules d'ecthymai et les tubercules superficiels, ou même tertiaires, comme celles qui succèdent à la fonte des gommes sous-cutanées ou aux affections du squelette de la région.
A part les pertes de substances qui peuvent en Être la suite, les ulcérations scrofuleuses ne donnent lieu à aucune considération propre à la région.
Les ulcérations de nature cancéreuse diffèrent, suivant qu'elles sont plus ou moins larges, plus ou moins profondes et qu'elles sont plus ou moins rapprochées du bord libre.
Quand l'ulcération est petite, superficielle et éloignée du bord libre» on la fait aisément disparaître avec les caustiques ou le bistouri. Cependant quand elle est rapprochée du bord libre ou de la commissure externe, on doit la circonscrire entre les deux branches d'une incision en V, verticale dans le premier cas, horizontale dans le second ; et si l'affection occupe sur le bord libre une trop grande étendue pour qu'on puisse ainsi la circonscrire, il faut alors saisir avec une pince la partie du bord libre ulcérée, l'éloigner du globe oculaire et l'exciser avec des ciseaux. Si l'ulcération est très-large et n'occupe encore que la face cutanée de la paupière, on doit recourir à l'excision avec le bistouri, en respectant la conjonctive. Mais la perle de substance qui en résulte doit être aussitôt comblée par un lambeau autoplastique, contrairement à l'opinion de quelques auteurs qui pensent que les seuls efforts de la nature peuvent produire, avec la conjonctive restante, une restauration suffisante. Enfin, lorsque l'ulcération comprend toute l'épaisseur de la paupière, il ne faut pas hésiter à enlever celle-ci en totalité et a pratiquer ensuite la blépharoplastie par l'un des procédés que nous indiquerons plus loin. Plusieurs fois nous avons pu enlever les deux paupières dans une même séance et les remplacer par des lambeaux empruntés aux régions voisines.
Si une portion osseuse très-étroite est adhérente, il faut la réséquer; mais il faut s'abstenir de toute opération, surtout chez les personnes avancées en âge, lorsque le cancer envoie des prolongements trop étendus dans les régions voisines et principalement dans l'orbite.