‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 56 sur 118 · MALADIES DES MUSCLES DE L'OKIL · texte numérisé non relu

MALADIES DES MUSCLES DE L'OKIL

l'action d'un muscle serait prépondérante ; il s'efforcera de déterminer le degré d'énergie avec lequel se contracte le muscle antagoniste : on place devant un œil un verre dépoli, en môme temps on fait fixer au malade un objet fin, tenu à six ou huit pouces, en face du nez. Dans les cas de myopie, l'œil exclu se dévie en dehors pour reprendre aussitôt sa position lorsqu'on écarte le verre dépoli {strabisme divergent latent). Il s'agit alors d'une insuffisance du muscle droit interne. Dans les cas d'hypermétropie, au contraire, l'œil exclu se dévie en dedans, pour reprendre également sa position normale aussitôt qu'on écarte le verre {strabisme convergent latent) et l'on a affaire alors à une insuffisance du muscle droit externe. Mais ce moyen ne donne pas toujours des résultats aussi précis; il faut alors avoir recours au procédé des images doubles, qui a été proposé par de Graefe; voici en quoi consiste ce procédé : on place devant le malade, à la distance à laquelle il lit habituellement, un gros point noir dessiné sur le trajet d'une ligne verticale déliée, puis on couvre un des yeux d'un prisme d'environ 12 ou 15 degrés, dont l'arête est tournée en haut. A l'état physiologique, la suppression de la vision binoculaire ainsi obtenue ne change en rien la tension des muscles et l'action déviatrice du prisme fait apparaître un second point situé au-dessus du premier, sur la même ligne. Mais dans les cas où l'action des muscles, pendant l'acte de la vision binoculaire, était équilibrée par une inégale répartition d'influx nerveux, ce second point subit un déplacement latéral et n'est plus au-dessus du premier. Dans les cas de myopie, avec insuffisance des droits internes, les images doubles sont croisées. Dans les cas d'hypermétropie avec insuffisance des droits externes, les images doubles sont homonymes. On rend ainsi manifeste l'excès de contraction supportée par l'un des muscles pendant l'acte de la vision binoculaire. On peut, en outre, mesurer exactement cet excès de tension à l'aide d'un second prisme dont l'arête est tournée en dehors, lorsque les images sont croisées, en dedans, lorsqu'elles sont homonymes.

5° Strabisme mécanique.

Sous le nom de strabisme mécanique ou fixe, on désigne la déviation fixe et permanente du globe oculaire résultant soit de brides cicatricielles {strabisme cicatriciel) soit d'adhérences entre le globe de l'œil elles parois de l'orbite consécutives aux abcès de cette cavité, soit de la présence dans l'orbite d'une tumeur ou d'un corps étranger qui refoule le globe vers l'une ou l'autre des parois orbitaires.

Ce strabisme mécanique peut n'occuper qu'un seul œil ou s'observer

402 AFFECTIONS DE l'aFPAREIL DE LA VISION.

sur les deux yeux, comme nous l'avons vu dernièrement chez un malade à la suite de brûlures des deux yeux.

Ces cicatrices, en s'opposant aux mouvements du globe oculaire, constituent pour les malades une difformité des plus pénibles. En outre, ce strabisme s'accompagne toujours d'une diplopie fort gênante et que Ton ne parvient pas facilement à faire disparaître, même lorsqu'on a rendu aux globes oculaires la liberté de leurs mouvements par des opérations autoplastiques. Ainsi, chez le malade, auquel nous avons fait allusion, nous sommes parvenus à libérer complètement les deux globes oculaires, mais la diplopie, quoique moins gênante, a persisté pendant assez longtemps (Voy. Anyloblépharon).

Traitement du strabisme.

Le traitement du strabisme diffère suivant qu'il est lié à une anomalie de réfraction et qu'il est périodique ou intermittent, ou qu'il est dû à une insuffisance ou à une paralysie musculaire et qu'il est devenu permanent. Dans le premier cas, il suffit, pour faire disparaître ou pour prévenir le strabisme, de corriger le vice de réfraction par des verres appropriés (voy. Myopie, Hypermétropie). Dans le second cas, le traitement doit être orthopédique ou chirurgical.

Traitement orthopédique. — Ce traitement consiste à réveiller la contractilité des muscles affaiblis par un exercice méthodique des deux yeux. Bien des moyens ont été proposés dans ce but.

Les anciens employaient les louchettes imaginées par P. d'Egine. Ce sont des lunettes opaques, bombées en dehors et percées à leur centre d'une ouverture, à travers laquelle les yeux ne peuvent regarder sans faire des efforts de contraction dans un sens déterminé.

MM. de Graefeet GiraudTeulon recommandent l'emploi méthodique de verres prismatiques. Javal propose de recourir à l'emploi d'un stéoroscope spécial. D'autres enfin conseillent de couvrir l'œil sain pendant qu'on fortifie par l'exercice l'œil dévié.

Hous préférons, tout à fait au début d'un strabisme périodique qui comporte ce mode de traitement, employer des lunettes spéciales qui forcent l'œil à regarder dans la direction du muscle insuffisant, et les faire porter seulement pendant quelques heures de suite.

Ces moyens ne sont applicables qu'aux cas de strabisme périodique intermittent ou de paralysies récentes. Lorsque la déviation est permanente, le traitement chirurgical seul peut donner de bons résultats.

Traitement chirurgical. — Le premier, en 1837 M. J. Guérin, signale

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