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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

L/anatomie explique la facilité avec laquelle se produisent ces épanchements sanguins.

Les veines auriculaires situées en avant et en arrière

de l'oreille sont nombreuses. Elles s'anastomosent en arrière avec celles de la région correspondante du crâne, et en avant avec celles

FiG. 17. — Vaisseaux sanguins de la face antérieure du pavillon de l'oreille.

On a retiré par dissection les téguments et les nombreux capillaires qu'ils contiennent pour montrer le grand nombre d'artérioles et de veinules situées à la surlace de la couche cartilagineuse. — Les veines anastomosées avec celles de la région parotidienne vont se rendre dans la jugulaire externe et les artères auriculaires antérieures proviennent de la carotide externe. ^Pièce déposée par nous au musée Orfila.)

28 AFFECTIONS DE L'APrAREIL DE L'OUÏE.

de la région parolidienne. Elles vont se jeter au-dessous du lobule dans la jugulaire externe.

Les artères proviennent des artères auriculaires antérieure et postérieure et forment un réseau un peu plus profond. Elles sont le point de départ de capillaires sanguins extrêmement nombreux, qui se rendent aux couches cutanée et cartilagineuse du pavillon (voy. fig. 17). Ces réseaux capillaires forment de la sorte plusieurs plans superposés et, lorsqu'un froissement assez fort vient à les rompre, ils deviennent aisément le point de départ d'épanchements sanguins.

Le contenu de ces kystes est un liquide visqueux, inodore, mélangé à du sang noir et coagulé; leurs parois sont le plus souvent constituées, d'un côté, par la peau et le périchondre, de l'autre par la surface externe du cartilage, et alors le cartilage est lui-même altéré; il présente un ramollissement sur quelques points qui finissent par se détacher et par adhérer au périchondre. Dans d'autres cas, l'épanchement siégeant à la fois sur les deux faces du fibro-cartilage, celui-ci se mortifie et finit par s'éliminer.

Symptomatologie. — Au début, on observe tous les signes de l'inflammation; l'oreille se tuméfie, devient rouge, luisante, et donne au toucher une sensation de chaleur ; bientôt apparaît une tumeur bleuâtre, manifestement fluctuante, surtout à son centre, et présentant sur ses bords une légère crépitation. Son siège est variable. Le plus souvent elle a son point de départ dans la cavité de l'hélix, quelquefois à la fossette scaphoïdienne de l'anthéiix; mais bientôt elle envahit les autres parties du pavillon.

Marche, durée, terminaison. — La marche de l'othématome est rapide; il peut arriver à son complet développement en quelques heures.

Sa durée, quand on l'abandonne à lui-même, est de trente à quarante jours.

La terminaison est variable : il se fait un travail de résorption; ou bien il survient une suppuration plus ou moins abondante ; enfin dans quelques cas la tumeur s'ouvre d'elle-même et les surfaces se recollent sans suppuration.

Pronostic. — Si l'on n'intervient pas de bonne heure, le pronostic offre une certaine gravité, car cette affection entraine, après sa guérison spontanée, un épaississement plus ou moins considérable du cartilage, quelquefois même son élimination et des déformations fort disgracieuses. Chez les lutteurs, M. Prat a vu l'atrophie complète, et c'est alors, dit-il, qu'ils sont le plus propres à la lutte.

Traitement. — Quelques auteurs estiment qu'il suffit d'un traitement palliatif consistant à appliquer des compresses froides, à passer

un séton ou bien à pratiquer quelques ponctions. Nous pensons qu'un pareil traitement serait insuffisant, et nous donnons la préférence aux injections irritantes, ou mieux encore à l'ouverture du kyste par une large incision. Pour faciliter ensuite le recollement des parois, on cautérise avec le nitrate d'argent, et l'on exerce une légère compression au moyen d'un appareil ouaté.

Tumeurs érectiles. — Les tumeurs érectiles de l'oreille sont rares ; elles sont veineuses, artérielles.

Les tumeurs érectiles veineuses sont caractérisées, comme dans les autres régions, par des taches superficielles, plus ou moins étendues.

Nous renverrons, pour leur traitement, à ce que nous avons dit, dans un volume précédent, pour les tumeurs érectiles veineuses en général (voy. t. I, p. 726).

Les tumeurs érectiles artérielles sont rarement localisées en un point quelconque du pavillon; le plus souvent elles s'accompagnent de varices artérielles des régions voisines, et particulièrement du cuir chevelu.

La peau du pavillon offre une coloration bleuâtre et les téguments sont hypertrophiés.

Traitement. — Lorsque la tumeur est bien circonscrite, on peut avoir recours aux procédés ordinaires d'ablation ; mais, quand les vaisseaux du voisinage sont en même temps dilatés, leur ligature, et parfois même celle de la carotide primitive, est le seul mode de traitement qui puisse amener la guérison.

M. Peixoto rapporte l'observation d'un malade ayant subi une première fois, sans succès, la ligature des artères auriculaires, et chez lequel il se décida à pratiquer celle de l'artère carotide primitive. Quand le fil tomba, une abondante hémorrhagie eut lieu, mais on y remédia en passant sur le tronc brachio-céphalique une ligature qui exerça seulement une légère compression pendant quelques jours. La guérison fut complète (A cadémie de médecine, 1854). Un fait analogue fut publié en 1853 dans les journaux américains : le docteur Mussey lia, une première fois sans succès, la carotide primitive du côté malade; les hémorrhagies continuant à se répéter assez fréquemment, ce chirurgien n'hésita pas à lier l'autre carotide primitive. Cette tentative hardie réussit pleinement, puisque, non-seulement les hémorrhagies ne se renouvelèrent plus, mais encore les tumeurs disparurent.

La ligature des carotides primitives est une grave opération, et nous pensons, avec les auteurs du Compendîum de chirurgie, qu'on ne doit y avoir recours que dans les cas où les moyens ordinaires ont échoué et où les hémorrhagies, se répétant trop souvent, mettent la vie du

malade en danger. Il vaut mieux d'ailleurs ne pas attendre aussi longtemps et tenter la guérison en combinant l'un des moyens ordinaires avec la ligature de l'une des artères principales, la carotide externe, par exemple.

Tumeurs solides.

Les tumeurs solides qu'on rencontre sur le pavillon sont fibreuses, crétacées, sébacées, dermoïdes, éléphantiasiques, enchondromateuses et cancéreuses.

1° Tumeurs fibreuses. — Les fibromes se développent surtout au lobule, sur le trajet cicatriciel fait pour le passage des boucles d'oreilles

(voy. fig. 18). C'est pourquoi, d'après 0. Saint -Vel, on les observe si fréquemment chez les négresses, qui ont l'habitude de porter des boucles d'oreilles lourdes et volumineuses. On comprend pourquoi, dans ce cas, la tumeur occupe les deux oreilles et est symétrique. Tri que t a observé une tumeur de ce genre sur la face interne du pavillon, mais ce cas doit être regardé comme exceptionnel. Quelques auteurs pensent qu'il s'agissait d'une affection chéloïde.

Ces tumeurs sont dures, arrondies; elles peuvent acquérir le volume d'un œuf de poule; elles présentent une marche très-lente, leur dureté spéciale les fait aisément distinguer des autres tumeurs qui se développent dans cette région.

Elles sont susceptibles de récidiver.

C'est pourquoi leur ablation doit être faite aussi complètement que possible.

2° Tumeurs crétacées. — Ces tumeurs sont constituées par dés dépôts d'acide urique. D'après Garrod, elles seraient l'un des symptômes extérieurs les plus fréquents de la goutte. Elles siègent sur le bord supérieur de l'hélix, sont multiples, ont généralement le volume d'un grain de millet ou d'une lentille et sont indolentes. Toutefois, si les malades veulent en être débarrassés, l'excision paraît être le seul moyen de traitement à leur opposer. Pour en éviter le

Fig. 18. — Tumeurs fibreuses du lobule de l'oreille.

retour, on doit faire suivre aux malades un régime antigoutteux.

3° Kystes sébacés. — On observe parfois des kystes sébacés sur le pavillon ; mais ces sortes de tumeurs ne donnent lieu à aucune considération spéciale.

k° Kystes dermoïdes. — 11 en est de même des kystes dermoïdes du pavillon de l'oreille : on doit pratiquer leur ablation quand ils deviennent trop volumineux ou quand ils paraissent s'étendre du côté du conduit auditif externe.

5° Tumeurs éléphantiasiques. — Ces tumeurs sont fort rares et ne présentent rien de particulier.

6° Tumeurs enchondromateuses. — Le pavillon peut être refoulé par les enchondromes de la région parotidienne. Mais il est très-rare de voir ces tumeurs s'y développer primitivement. Cependant il en a été observé un certain nombre d'exemples. Leur diagnostic est difficile; c'est ainsi que récemment, à l'hôpital Saint-Louis, nous avons opéré une tumeur du pavillon offrant tous les caractères d'un enchondrome. Un premier examen microscopique fait trop rapidement y avait en effet décelé la présence de cellules fibro-cartilagineuses. Mais un examen plus attentif pratiqué ultérieurement par M. Renaut a démontré qu'elles étaient épithéliales (voy. Epithéliomes).

7° Tumeurs cancéreuses. — La forme de cancer que l'on observe le plus fréquemment sur le pavillon de l'oreille est la cancroïde. Tantôt il prend naissance dans le pavillon, tantôt il l'atteint secondairement.

Il débute par de petites saillies verruqueuses qui ne tardent pas à s'ulcérer et à envahir, en les détruisant, les tissus voisins. Le pavillon est bientôt détruit dans sa totalité, et le conduit auditif luimême est rapidement envahi si l'on n'a soin d'arrêter les progrès de cette destruction par l'excision ou tout au moins par d'énergiques cautérisations.

Le docteur Campbell dit avoir observé, en même temps que le goitre, particulièrement chez les habitants de la vallée de Nipal5 des tumeurs auriculaires charnues, inégales et analogues, dans leur structure, au sarcome. Ces tumeurs, probablement de nature cancéreuse, sont très-gênantes pour l'audition, parce qu'elles attirent fortement en bas le pavillon, de telle sorte que le méat auditif se trouve fermé.

Elles doivent être traitées par la cautérisation, la ligature, l'excision, ou même, selon le conseil de M. Bouisson, par l'amputation partielle ou totale du pavillon de l'oreille.

Epithéliomes. — Lorsqu'ils se développent dans le pavillon de l'oreille, ils donnent lieu à de petites tumeurs indurées qui s'ulcèrent habituellement de bonne heure et revêtent des caractères semblables à ceux qu'on trouve journellement dans les tumeurs qui se développent.

32 AFFECTIONS DE i/APPARElL DE I/OTJÏE.

autour des orifices des autres régions de la face. Un peu plus tard, les ganglions qu'ils reçoivent de la région s'engorgent et à l'état local se joignent les symptômes généraux caractéristiques. Chez certains malades, l'épithéliome, au lieu de prendre naissance à la surface de la peau, débute au contact du tissu cellulaire sous-cutané, s'étend dans ces couches, sur les deux faces du pavillon et du conduit auditif et donne lieu à une tumeur bosselée, lobulée, adhérente à la peau par places, d'aspect bleuâtre et comme indépendante des téguments amincis sur d'autres places. Elle peut dédoubler les téguments du pavillon et acquérir un grand volume sans déterminer leur ulcération, même au

Fig. 20. — Coupe de la même tumeur.

niveau des points circonscrits qui semblent faire corps avec la surface de la tumeur, sans qu'il y ait de ganglions envahis dans le voisinage et sans qu'il y ait de douleurs lancinantes, Dans un cas de ce genre que nous avons observé à l'hôpital Saint- Louis (voy. fig. 19, 20, 21), la dureté de ces lobes était analogue à celle des enchondromes, si fréquents dans cette région, si bien que le diagnostic était presque impossible pendant la vie.

Il ne fallut rien moins que l'examen microscopique, pratiqué par M. Renaut, pour découvrir que nous étions en présence d'un épithéliome lobule avec transformation muqueuse. Voici la note qu'il nous a remise :

Sur une coupe, on voit, entre les faisceaux du tissu conjonctif, une foule de traînées épithéliales (a) formant des cordons pleins. De distance en distance, ces contours offrent à leur centre une dilatation remplie par un globe réfringent (6). Les sections des cordons épithéliaux qui se trouvent perpendiculaires à leur axe, présentent, soit l'apparence d'un bourgeon plein coupé transversalement, soit

Fig. 19. — Épithéliome tubulé offrant les caractères d'un enchondrome.

(De notre collection.)

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