VICES DE CONFORMATION DU PAVILLON DE L'OREILLE
transversalement, soit l'aspect du canal sécréteur d'une glande sudoripare. Il existe au centre une masse réfringente qui va en grandissant, de telle sorte qu'un certain nombre de tubes s'ouvrent les uns dans les autres ou s'accollent simplement. Il en résulte de vastes îlots arrondis formés d'un grand nombre de tubes accolés. Sur certains
Fig. 21. — Dessin micrographique de la même tumeur, fait d'après une pièce de notre collection préparée et examinée par M. Renaut.
points, les cloisons formées par l'accollement des tubes se rompent et tout l'îlot est occupé par une masse de mucine (d), renfermant des débris de cellules épithéliales.
Cette variété de tumeur épithéliale doit être désignée sous le nom d'épithéliome tubulé présentant la transformation muqueuse, ou, d'après la nomenclature de M. Robin, de tumeur bétéradénique.
Le pronostic de ces tumeurs otfre une certaine gravité à cause de la facilité avec laquelle elles récidivent après leur ablation.
Le seul moyen d'éviter cette récidive est de les enlever largement.
7° Vices de conformation.
Les difformités du pavillon de l'oreille, dont nous allons parler, sont l'absence, l'hypertrophie totale ou partielle de cet organe, les adhérences vicieuses, les altérations de forme de la conque, et les fistules.
Ces difformités sont congénitales ou acquises.
3â AFFECTIONS DE L'APPAREIL DE L'OUÏE.
1° L'absence complète ou incomplète du pavillon varie dans l'un et l'autre de ces cas.
Dans le premier, elle ne paraît pas entraîner de troubles de l'audition. Steinmetz rapporte le fait d'un enfant chez lequel le pavillon était remplacé, du côté droit, par trois lobules cutanés, du côté gauche par un seul et les deux conques fermées. Malgré cette difformité, les fonctions auditives s'exécutaient normalement.
Quand, au contraire, le pavillon a été plus ou moins complètement détruit par suite d'un traumatisme, d'une brûlure ou de la gangrène, l'ouïe devient dure. Dans certains cas, cette dureté disparaît peu à peu et l'ouïe reprend sa finesse normale; d'autres fois cette amélioration n'a pas lieu. Ces différences tiennent, sans nul doute, à des différences correspondantes dans la sensibilité des parties profondes de l'oreille. Chez certains sujets, cette sensibilité serait assez exquise pour rendre inutiles les fonctions du pavillon, c'est-à-dire la collection des ondes sonores, tandis que chez d'autres la présence du pavillon serait indispensable pour percevoir les sons.
Lorsqu'il y a absence totale du pavillon, la prothèse seule peut être de quelque secours aux malades.
Quand une partie seulement du pavillon fait défaut ou a été détruite, il faut recourir à l'autoplastie, en suivant un procédé analogue à celui que nous avons fait connaître à propos des plaies par instruments contondants (voy. p. 20).
2° L'hypertrophie générale du pavillon constitue une difformité des plus choquantes. C'est pourquoi des chirurgiens ont tenté d'y remédier en excisant un lambeau triangulaire à sa partie postérieure et en suturant les bords de l'incision.
L'hypertrophié partielle s'observe presque toujours sur le lobule et consiste en un allongement démesuré de cette partie du pavillon, qui se porte sur la joue.
Il faut exciser les parties tuméfiées avec des ciseaux suivant une ligne préalablement tracée à l'encre; Boyer pratiqua cette opération sur un jeune homme chez lequel la difformité disparut complètement.
3° Aplatissement du pavillon de l'oreille. — Le pavillon de l'oreille, sans contracter d'adhérences aux parois crâniennes, est quelquefois assez aplati contre elles pour que l'audition soit notablement gênée.
On ne peut remédier à ce vice de conformation, mais on le prévient en ayant soin de ne pas exercer de compression continue sur l'oreille, comme celle qui résulte des coiffures trop serrées qu'on fait porter à beaucoup d'enfants.
U° Les adhérences vicieuses de la face interne du pavillon aux parties latérales du crâne, dont nous avons parlé à propos des plaies ou des
brûlures à la suite desquelles la cicatrisation a été mal dirigée, sont quelquefois assez étendues pour que le pavillon tout entier soit appliqué contre le crâne. Cette difformité est toujours nuisible à l'audition. Pour la faire disparaître, il faut détacher ces adhérences par la dissection et s'opposer à leur reproduction par un pansement méthodique, ou mieux, suivant le conseil des auteurs du Compendium, par l'application d'un lambeau autoplastique sur la surface saignante du crâne.
5° Accotement du tragus eu de îantitragus. — Il résulte de cet accolement que le méat auditif se trouve complètement fermé aux ondes sonores. Dans ce cas, il faut le dilater au moyen d'un petit tube introduit dans le conduit. Si ce moyen échoue à cause de l'élasticité des parties, il faut alors, suivant le conseil de Boyer, exciser ces deux prolongements. Enfin, si le malade se refusait à cette opération, on lui ferait porter un cornet acoustique.
6° Fistules congénitales. — Betz (de Heilbrooen) a signalé l'existence sur le pavillon de fistules congénitales. Il rapporte l'observation d'un malade chez lequel existait sur le lobule une ouverture fistuleuse qui conduisait dans un trajet de 2 millimètres de long, dirigé horizontalement en arrière, entre le cartilage de la conque et la peau et se terminant en cul-de-sac. Les parois de cette ouverture étaient indurées. Elles étaient recouvertes par une croûte grisâtre.
8° Corps étrangers.
On observe parfois dans l'épaisseur du pavillon la présence de corps étrangers, de petits projectiles, de grains de plomb ou de fer, etc.
Les boucles plus ou moins épaisses, à anse métallique, dont on se sert dans tous les pays à titre d'ornements, et qu'on laisse dans le lobule perforé, sont elles-mêmes des corps étrangers dont la présence est habituellement inoffensive. Mais elles sont susceptibles de déterminer, par suite de leur poids relativement considérable, divers accidents, tels que l'abaissement, l'allongement disgracieux et pénible, parfois même la déchirure du lobule. Dans notre service, à l'hôpital Saint-Louis, nous avons eu l'occasion d'observer une jeune fille dont les lobules étaient réduits en plusieurs lambeaux par suite de boucles d'oreilles appliquées successivement sur plusieurs points (fig. 22). Dans ces derniers temps, il est devenu de mode de les remplacer par des boucles en forme de mors, de serres-fines pinçant le lobule sans le perforer. Mais la pression continue exercée par ces mors contre les deux faces du lobule finit généralement par entraîner des accidents analogues à ceux dont nous avons parlé à propos de la compression. Pour les éviter, on a imaginé
36 AFFECTIONS DE L'APPAREIL DE l/oUÏE.
le système suivant : le lobule perforé est traversé par une tige portant à son extrémité externe un diamant ou un bijou quelconque et, à son extrémité interne, une petite virole plate que l'on éloigne ou rapproche à volonté de la peau au moyen d'un pas de vis extrêmement fin. Or il peut arriver, comme cela eut lieu dans un cas rapporté par
Fig. '22. — Déchirure du lobule produite par des boucles d'oreille.
M. de Saint-Germain [Gazette des hôpitaux, août 1873), que cette virole pénètre, par l'ouverture interne, dans les tissus, y séjourne et y détermine, à la manière d'un corps étranger, des accidents inflammatoires d'une certaine importance.
Le seul mode de traitement est l'extraction de ce corps étranger faite au moyen d'une petite incision.
Lorsque le lobule est en partie détruit par ces déchirures, il faut recourir à l'autoplaslie.
Un lambeau de forme ovalaire est pris immédiatement au-dessous du conduit auditif externe, sur la peau de la région mastoïdienne. Les incisions qui servent à le circonscrire sont tracées de façon qu'il n'y ait aucun tiraillement. La grande extrémité de ce lambeau est en bas : on commence par elle la dissection et Ton arrive ainsi jusqu'à sa petite extrémité qui est en haut et qui est laissée seule adhérente pour conserver les vaisseaux nécessaires à la nutrition.
Au milieu de ce lambeau est la partie sur laquelle s'implantait autrefois le lobule ; elle est avivée de toute l'épaisseur qu'avait cette implantation. Cet avivement permet, dès que le lambeau est rendu mobile, de l'attirer par son centre en le repliant de façon à suturer avec la partie avivée du pavillon la partie avivée du côté de la peau. Une fois cette partie centrale appliquée et maintenue par les sutures, on replie le lambeau de façon que les deux moitiés de la face cruentée viennent se mettre en contact et que, par cet adossement, le lambeau tout entier prenne le siège et la forme aplatie d'un lobule normal. Les
Fie. 23 et 24. — Restauration du lobule de l'oreille par un lambeau anaplastique pris au-dessous du conduit auditif externe (De notre collection.)
bords de ce nouveau lobule sont complètement isolés, excepté au niveau de la partie adhérente à la plaie qui reste là où avait été pris le lambeau; pour éviter que les bords saignants aient quelque tendance à s'écarter et à reprendre leur place primitive, il est bon de les réunir l'un à l'autre à l'aide de serres-fines et de faire disparaître, en même temps, la plaie sous-jacente en rapprochant ses bords avec deux ou trois points de suture entortillée. Par ce procédé, nous avons obtenu un lobule dont la forme et les dimensions ne laissaient rien à désirer.
Pour mieux le faire comprendre, nous en avons fait représenter le dessin ci-contre (voy. fig. 23 et 24).
ARTICLE III