KYSTES DU COU
1" Kystes congénitaux. - - Les premières observations de kystes congénitaux du cou, publiées en France, ont été recueillies par Lorain dans le service de Nélaton; Verlet en fit le sujet de sa thèse inaugurale; et peu après Bouchut, réunissant tous les faits connus, a publié sur cette question un important mémoire.
Ces kystes sont le plus souvent séreux, rarement dermoïdes.
Les kystes séreux sont simples ou composés. Les kystes séreux simples sont uniloculaires ou incomplètement cloisonnés; ils ont pour siège les parties latérales du cou et presque toujours le côté gauche; ils se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané entre la peau et l'aponévrose superficielle. Ils peuvent acquérir un volume considérable et envahir la joue du côté correspondant. Ils sont en général peu adhérents à la peau et à l'aponévrose. Leurs parois sont constituées par un tissu cellulaire souple et mince, ou par une membrane plus résistante, comme fibreuse. La sérosité qu'ils contiennent est de saveur salée; elle est claire comme de Feau de roche ou jaunâtre, et parfois un peu sanguinolente; elle est un peu albumineuse.
Les kystes composés sont constitués par l'agglomération d'un plus ou moins grand nombre de kystes indépendants les uns des autres et renfermant des produits divers. Contrairement aux kystes simples, ils se développent sur tous les points du cou et sont sous-cutanés ou profonds. Leur volume est très-variable; les uns sont gros comme un œuf de poule, d'autres atteignent d'énormes dimensions et occupent à la fois les régions antérieures et latérales, depuis la mâchoire inférieure jusqu'aux clavicules. Tantôt ils représentent une masse unique, contenue dans une membrane fibro-celluleuse résistante; tantôt ils sont formés de plusieurs masses kystiques , distinctes les unes des autres et reliées entre elles par un tissu cellulaire lâche ou condensé. Souvent aussi autour des masses principales se voientde petits kystes isolés. Ces kystes secondaires sont extrêmement nombreux: on en compte parfois jusqu'à plusieurs centaines. Leur volume varie : ils sont d'autant plus petits qu'ils sont plus nombreux ; dans certains cas, ils sont accolés, dans d'autres séparés par une substance cellulaire, d'aspect sarcomateux ou cérébriforme. Ils sont peu adhérents aux parties voisines, mais ils les compriment parfois au point de les atrophier. Leur paroi est formée de deux couches, l'une externe qui est celluleuse, mince, transparente ou fibreuse, épaisse et résistante ; l'autre interne, séreuse et pourvue d'un revêtement épithéliah Ces parois, d'après Wernher, peuvent subir les transformations cartilagineuse, osseuse, calcaire, ou même la dégénérescence colloïde ou sarcomateuse. Par suite de leur rupture, plusieurs loges peuvent se réunir et se confondre en une seul.
Chaque kyste contient un liquide particulier : dans les kystes
simples, il est séreux et limpide, jaunâtre ou verdâtre ; dans les kystes composés, il est sanguinolent, brunâtre, couleur chocolat. D'autres fois, au lieu d'un liquide on trouve une matière rougeâtre, molle, pulpeuse, analogue à la gelée de groseille et renfermant des éléments altérés du sang.
Les kystes dermoïdes, appelés aussi hétérotopiques, branchiaux ou athéromes profonds du cou, se rencontrent beaucoup plus rarement que les précédents. Comme dans les autres régions, ce sont des tumeurs congénitales, contenant une substance athéromateuse ou mélicérique analogue à de la matière sébacée, quelquefois même des poils, des dents et des os irréguliers. Ils siègent de préférence à la région sterno-mastoïdienne, se prolongent dans la profondeur, parfois jusqu'à la colonne vertébrale et aux parties voisines. Ils sont généralement uniloculaires. Leur surface interne est revêtue d'un épithélium pavimenteux stratifié. Leurs parois sont peu vasculaires, épaisses et constituées par un tissu fibrillaire fin disposé en couches concentriques.
Les causes et le point de départ anatomique des kystes congénitaux du cou sont encore obscurs, malgré les nombreuses recherches qui ont été entreprises sur ce sujet. L'hérédité et le traumatisme paraissent jouer un certain rôle dans leur production. Quanta leur pathogénie, plusieurs théories sont en présence : les uns placent leur origine dans le tissu cellulaire, d'autres dans les bourses séreuses, d'autres dans la glande sous-maxillaire, quelques-uns dans la thyroïde, Verneuil dans les glandes de la peau, Nélaton dans celles de la base de la langue, Cloquet, Richard, Nélaton, Lebert et Muron dans les ganglions lymphatiques, Coste, Lawrence, Giraldès, Terrier, Roch dans les vaisseaux sanguins, d'autres, avec Wernher, les considèrent comme des produits de nouvelle formation.
Quant à nous, nous pensons qu'on peut en admettre plusieurs variétés parfaitement distinctes, et que c'est pour ce motif que les auteurs dont nous venons de parler ont émis des opinions aussi différentes. Quant aux kystes dermoïdes, beaucoup d'auteurs admettent que leur développement est en rapport avec celui du cou et qu'ils sont d'origine branchiale, d'où le nom de kystes branchiaux qui leur a été donné.
Les kystes séreux simples se présentent sous la forme d'une tumeur molle, élastique, fluctuante, recouverte par une peau normale sans adhérences solides avec les parties profondes. Ils ne paraissent exercer aucune influence fâcheuse sur la santé générale des enfants. Peu volumineux au moment de la naissance, ils ne tardent pas à s'accroître rapidement et peuvent envahir toute une moitié du cou.
Les kystes composés occupent toute une face antéro-latérale ou toute la région antérieure du cou. Ceux qui sont unilatéraux se trouvent
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indifféremment à droite ou à gauche, leurs limites sonl : en avant, la ligne médiane; en dehors, le bord du sterno-mastoïdien ; en haut, le bord de la mâchoire qu'ils dépassent quelquefois pour envahir la joue, les régions auriculaire et occipitale; en bas, la clavicule qu'ils peuvent aussi franchir pour descendre jusqu'au niveau du mamelon en recouvrant en dehors une partie du moignon de l'épaule et en dedans la moitié correspondante du sternum. Ceux qui se trouvent sur la face extérieure du cou sont encore plus volumineux et peuvent acquérir des dimensions supérieures à celle de la tête môme de l'enfant. La tumeur fait généralement une saillie plus considérable d'un côté que de l'autre.
Ces kystes, qu'ils occupent la face antérieure ou seulement l'un des côtés du cou, font sous le plancher de la bouche, sous la base de la langue qu'ils refoulent, une saillie plus ou moins considérable, d'aspect blanc bleuâtre, presque transparente, molle et fluctuante. A l'extérieur la peau qui les recouvre est saine, mobile, quelquefois parcourue par des veines dilatées, mais presque toujours doublée d'une couche de tissu cellulo-graisseux assez épaisse pour gêner l'exploration de la tumeur. Cependant la palpation permet de constater l'existence d'une masse d'inégale consistance, molle et fluctuante en certains points, résistante et solide en d'autres, donnant ailleurs la sensation de parties dures, cartilagineuses ou même osseuses. On peut souvent reconnaître plusieurs masses distinctes, inégales, bosselées, séparées par des sillons plus ou moins profonds. Ces tumeurs se gonflent sous l'influence des cris et des efforts.
Elles sont habituellement sans influence sur la santé générale. On a seulement remarqué qu'elles s'observent fréquemment chez des enfants nés avant terme, et qu'elles coïncident quelquefois avec d'autres vices de conformation. Dans certains cas, elles déterminent des troubles fonctionnels plus ou moins graves, en particulier de la gêne dans la déglutition, des vomissements, des accès de suffocation ou des signes d'asphyxie lente.
Ces tumeurs peuvent rester longtemps stationnaires; mais le plus souvent elles tendent à s'accroître. Elles peuvent guérir spontanément par l'ouverture des différents lobes qui se vident et s'affaissent, laissant à leur place une cicatrice bleuâtre, déprimée, sillonnée de plis cutanés; d'autres fois, les enfants s'affaiblissent et meurent avant que ce mode de guérison puisse se produire.
Les kystes dermoïdes occupent de préférence les régions latérales du cou, se présentent sous la forme d'une tumeur indolente, molle, fluctuante, recouverte d'une peau saine qui glisse au-devant d'elle, peu mobile sur les parties profondes. Ces tumeurs peuvent s'enflammer et s'ouvrir spontanément, mais elles ne tardent pas à se reproduire.
Elles peuvent être facilement confondues avec un abcès ganglionnaire, un simple kyste séreux ou une grenouillette, si elles occupent la région sus-hyoïdienne.
Dans les premiers jours qui suivent la naissance, on doit s'abstenir de toute intervention chirurgicale. Si, en effet, la tumeur ne donne lieu à aucun trouble fonctionnel, il vaut mieux attendre pour l'enlever que l'enfant soit plus fort; si, au contraire, elle détermine dès la naissance des troubles plus ou moins sérieux, cela indique qu'il s'agit de kystes composés se prolongeant dans la profondeur du cou et par conséquent inopérables, On a préconisé la compression à l'aide du collodion ou la révulsion à l'aide de badigeonnages iodés; mais ces moyens ne paraissent pas donner de résultats satisfaisants. Le séton, le drainage, qui ont été également proposés, exposent à des dangers plus ou moins graves. La ponction suivie d'injections iodées, ou mieux encore les ponctions successives et l'aspiration semblent avoir donné d'assez bons résultats. Mais l'ablation d'un seul coup ou en plusieurs séances sera préférable, chaque fois qu'elle sera possible.
2° Kystes non congénitaux. — Les kystes non congénitaux du cou, indépendamment de ceux de la glande thyroïde que nous décrirons plus loin, ont pour point de départ le tissu cellulaire, les bourses séreuses, les organes glandulaires et les muscles.
Les kystes développés dans le tissu cellulaire sont les plus fréquents: ils sont séreux ou hydatiques.
Les kystes séreux sont presque toujours unil oculaires, ont des parois épaisses, tapissées à l'intérieur par une membrane épithéliale parfois altérée et recouverte de fausses membranes. Le liquide qu'ils contiennent est tantôt limpide et transparent, tantôt citrin, verdâtre et mélangé de cholestérine; parfois il est brunâtre, de couleur chocolat et même complètement sanguin, à la manière des hématocèles. Ils présentent les mêmes caractères cliniques que ceux des autres régions: ils sont indolents, rénitents, fluctuants ; leur marche est lente. Ils atteignent quelquefois un volume considérable. Ils donnent lieu à des troubles de compression variables suivant leur siège.
La ponction simple, suivie d'une injection iodée, est le meilleur traitement à leur opposer. S'il échoue, on devra recourir alors au drainage, à l'incision, à l'excision ou à l'extirpation.
Les kystes hydatiques ne présentent rien de particulier; ils se développent de préférence à la partie postérieure du cou et atteignent parfois un énorme volume.
Les kystes formés dans les bourses séreuses, ou hygi^omas du cou, se développent dans les séreuses sous-hyoïdienne, préthyroïdienne et angulomaxillaire.
Les sous-hyoïdiens, mentionnés d'abord par Boyer, se dévelop-