‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 79 sur 118 · KYSTES DU COU · texte numérisé non relu

KYSTES DU COU

peut dans cette bourse, située au-devant de la membrane hyo-lhyroïdienne, entre cette membrane et la l'ace postérieure de l'os hyoïde, à la base de l'épiglotte; on sait que celle bourse est destinée à favoriser les mouvements de l'os hyoïde.

Quelques auteurs pensent que les kystes qui s'y développent sont liés à une anomalie du système branchial. Nélaton a émis l'opinion que ce n'est pas dans la bourse séreuse préthyroïdienne qu'ils prennent naissance, mais bien dans les follicules sous-muqueux placés entre la membrane thyroïdienne et l'épiglotte. Pour cette raison, il les a appelés grenouillettes sous-hyoïdiennes.

En raison de leur siège, ils sont faciles à diagnostiquer; ils forment sur les bords de l'os hyoïde une tumeur d'abord petite, rénitente, indolente, qui reste stationnaire, devient ensuite fluctuante, et ne dépasse guère le volume d'une noix. 11 n'est pas rare de les voir s'enflammer et s'ouvrir spontanément. On voit alors le liquide, transparent et visqueux comme celui de la grenouillette sublinguale, se mélanger de pus. La tumeur, qui, au moment où elle s'était enflammée , avait grossi rapidement, laisse après son évacuation une ouverture fîstuleuse, médiane, abords minces etanfractueux, qui verse continuellement un liquide muco-purulent, dans laquelle le stylet s'engage jusqu'à la base de l'épiglotte et qui n'a aucune tendance à la cicatrisation.

La ponction suivie de l'injection iodée est presque toujours impuissante à enrayer la marche de cette affection. L'incision ou l'excision laisse des fistules rebelles. Le seul moyen de traitement qui nous ait donné des succès nombreux et incontestables est l'extirpation ; une incision transversale ou même cruciale doit être faite assez largement pour faciliter la dissection minutieuse. Quant aux fistules, les injections iodées, la cautérisation avec le stylet chargé de nitrate d'argent, vantées par quelques chirurgiens, sont insuffisantes; c'est encore l'ablation totale par dissection du trajet et des débris du sac séreux qui l'entretient, qui nous a permis d'obtenir sans danger des guérisons immédiates.

Les kystes préthyroïdiens sont rares; nous en avons vu cependant plusieurs exemples. Ils siègent dans la bourse séreuse située sur la ligne médiane un peu au-dessus du cartilage thyroïde, avec lequel ils contractent des adhérences. Leur contenu est celui de tous leshygromas. Les kystes, surtout quand ils sont séro-purulents et adhérents, peuvent être pris facilement pour de petits abcès symptomatiques d'une carie de l'os hyoïde ou du larynx, La ponction et au besoin l'incision permettraient de faire le diagnostic dans les cas douteux. Le meilleur traitement à leur opposer est le drainage avec injections iodées, puisqu'il permet d'obtenir une guérison définitive sans laisser de cicatrices apparentes.

Les kystes sous-angulo-maxillaires sont plus rares que les précédents ; c'est à peine s'il en existe quelques exemples. Ils sont situés dans la bourse séreuse qu'on rencontre quelquefois dans le tissu cellulaire placé au niveau des condyles du maxillaire inférieur. Ces kystes d'ailleurs ne présentent rien de particulier au point de vue du diagnostic et du traitement.

Les kystes glandulaires sont ceux qui prennent naissance dans les glandes sébacées ou sudoripares de la peau, dans les glandes salivaires, ou dans les ganglions lymphatiques.

Les kystes sébacés, plus fréquents à la région postérieure du cou, sont susceptibles d'acquérir un certain volume. Quand ils suppurent, ils pourraient être confondus avec un lipome enflammé, et surtout avec les abcès froids si fréquents dans ces régions chez les sujets lymphatiques. L'opération, qui ne peut être différée dans ces cas douteux, suffit toujours pour assurer le diagnostic.

Les kystes des glandes sudoripares ont été plutôt mentionnés que bien décrits.

Les kystes salivaires ont été décrits en parlant des glandes parotidienne et sous-maxillaire.

Ceux qui naissent dans les ganglions lymphatiques ont été mentionnés pour la première fois par A. Richard. Muron a présenté à la Société de biologie plusieurs pièces intéressantes, dans lesquelles la paroi de la cavité close était constituée parle tissu des ganglions n'ayant subi d'autres modifications que la condensation des éléments celluleux. Nous en avons recueilli et figuré plusieurs exemples observés chez des malades opérés par nous. Le contenu était séreux ou séro-sanguin. Lorsque ces kystes se développent dans les ganglions superficiels, il est aisé de les reconnaître : on sent qu'une partie du ganglion est fluctuante, tandis que le reste est induré. Néanmoins il n'est pas rare, quand ils sont petits et indolents, de les prendre pour une tumeur solide, et quand ils ont suppuré on peut les confondre avec des adénites chroniques scrofuleuses ou tuberculeuses.

Le drainage et surtout l'ablation, quand elle est possible, sont le meilleur traitement à leur opposer.

Les kystes musculaires sont très-rares. Nous n'avons rencontré dans les muscles du cou que des kystes hydatiques, et dernièrement encore nous trouvâmes dans l'épaisseur du sterno-mastoïdien un kyste de ce genre du volume d'une mandarine, d'une translucidité parfaite à la lumière. Gomme il avait de la tendance à se porter au-dessous et en avant du sterno-mastoïdien, auquel il adhérait, il était difficile d'affirmer avant l'ablation qu'il ne s'agissait pas d'un kyste séreux ganglionnaire (voy. Clinique de l'hôpital Saint-Louis, t. II).

Page 1