TUMEURS DIVERSES
Tumeurs diverses.
Indépendamment des tumeurs ganglionnaires et des kystes, on peut rencontrer au cou diverses tumeurs ayant leur siège dans le tissu cellulaire sous-cutané ou profond {lipomes, fibromes); dans les muscles et plus particulièrement dans le slerno-cléido-masloïdicn (gommes, tumeurs fibreuses insolites des nouveau-nés) ; dans les vaisseaux (anévrysmes, tumeurs érectiles), dans les nerfs (néoromes) ou même dans le squelette (exostoses).
Lipomes. — On les rencontre à tout âge; ils siègent de préférence à la nuque, quelquefois dans les autres régions du cou, en particulier au niveau du segmentantéro-latéral, dans les régions sous-maxillaire et susclaviculaire.Ils peuvent atteindre un volume considérable. Miehon enleva chez une femme de soixante-deux ans un lipome étendu de la cinquième vertèbre cervicale à la cinquième dorsale, mesurant 17 centimètres de largeur et pesant 390 grammes. Nélaton opéra et guérit une jeune fille de vingt et un ans dont la tumeur s'étendait depuis les régions mastoïdienne et parotidienne jusqu'à 5 centimètres au-dessous de la clavicule; elle atteignait en arrière les apophyses épineuses cervicales et dépassait en avant la ligne médiane d'environ 2 centimètres. Cette tumeur, de la grosseur d'une tète d'adulte, pesait 2405 grammes. Nous avons cité dans nos Cliniques plusieurs exemples analogues.
Ces tumeurs se développent dans le tissu cellulaire superficiel ou dans le tissu cellulaire profond. Elles présentent les mêmes caractères cliniques que dans les autres régions. Lorsqu'elles sont profondément situées, leur ablation présente de réelles difficultés, en raison de l'importance des vaisseaux et des nerfs qui les côtoient ou les traversent.
Fibromes. — Indépendamment des tumeurs fibreuses ayant pour point de départ le maxillaire inférieur et son périoste, on en rencontre au cou qui offrent des connexions intimes avec le périoste de la colonne vertébrale, les aponévroses, et plus souvent encore avec le tissu fibreux qui constitue le grand ligament cervical postérieur. Comme dans les autres régions, ces tumeurs ont une enveloppe fibreuse, peu vasculaire, et un tissu propre, dur, blanc, lamineux, constitué par des fibres nacrées, fenêtrées, entre lesquelles on trouve parfois quelques points graisseux, crétacés ou ossifiés. Ces fibromes occupent de préférence la nuque et les régions autéro-latérales du cou. Leur volume est variable. Patridge (de Calcutta) opéra une Indienne de vingt-six ans, chez laquelle la tumeur mesurait 7 centimètres dans le sens transversal, 5 dans le sens vertical, et qui pesait 5 kilogrammes. Richard, Huguier, iMaisonneuve, Lebert, ont cité des cas analogues. Nous avons vu nous-inôme.
818 MAIADIES DU COU.
à l'hôpital Saint-Louis, un malade qui portait sur le côté gauche du cou un énorme fibro-lipome, que nous avons opéré avec succès.
Elles se présentent sous la forme de saillies arrondies, dures, rénitentes, élastiques, bridées par les muscles qui les recouvrent, plus saillantes dans les points où ceux-ci font défaut; leur surface, au lieu d'être unie, est alors lobulée. Elles sont mobiles sous la peau qui est saine et sur les autres organes de la face profonde. Elles sont généralement indolentes, sauf à la nuque où elles provoquent souvent de violentes douleurs. Arrivées à un certain volume, elles gênent les mouvements du cou et troublent les fonctions des organes voisins.
L'extirpation est le seul traitement applicable à ces tumeurs qui sont, en générai, facilement énucléables. Quand elles sont très-volumineuses, on peut les enlever par morcellement.
Les enchondromes des glandes parotidienne et sous-maxillaire ont été décrits en parlant de ces dernières.
Trélat et Bœckel ont enlevé chacun un enchondrome volumineux développé dans les parties latérales de la colonne vertébrale. Le premier rencontra des difficultés imprévues et perdit son malade d'hémorrhagie foudroyante pendant l'opération, par suite de blessure de la carotide. Le second lésa la plèvre pendant l'opération, et la mort survint quelques jours après, par suite de pleurésie purulente.
Les gommes du cou ne sont pas rares; elles ont surtout pour siège la moitié inférieure du muscle sterno-cléido-mastoïdien. On en rencontre aussi dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans les ganglions ; quand elles suppurent, elles produisent des fistules qui donnent facilement lieu à des erreurs de diagnostic. Le traitement antisyphilitique lève les doutes.
La myosclérose sterno-mastoïdienne , décrite pour la première fois par le docteur Giovanni Melchiori, ne se rencontre que chez les nouveaunés, quelques jours après la naissance. Elle est unilatérale et consiste dans une tuméfaction dure, élastique, ovoïde, du volume d'une noisette à un œuf de pigeon, non fluctuante, envahissant quelquefois tout le muscle. Mais ses insertions paraissent circonscrites à l'intérieur de sa gaîne, et n'atteignent pas le tissu cellulaire ambiant. Elle est douloureuse à la pression et gêne les mouvements de la tête qui reste fléchie sur la poitrine. La peau qui la recouvre n'offre qu'une légère augmentation de température.
Cette induration, suivant l'auteur que nous venons de citer, serait le résultat d'une inflammation exsudative survenant dans l'épaisseur même du muscle, sous forme de nodosités circonscrites, ou occupant par confluence toute la longueur du muscle auquel elle donne l'aspect fusiforme. L'examen histologique a montré que cette production fibreuse a pour point de départ une phlegmasie du tissu conjonctif in-