‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 82 sur 118 · CICATRICES VICIEUSES · texte numérisé non relu

CICATRICES VICIEUSES

plus en plus gênant par son accroissement successif. La tumeur, du volume du poing, présentait à sa partie inférieure des poils gros et crépus, différant par leur aspect des cheveux voisins, et à sa base une bosselure dure, inégale du volume d'un petit œuf, que l'on sentait profondément à travers le tégument hypertrophié.

M. Verneuil a aussi observé un exemple de névromes plexiformes multiples chez un homme de quatre-vingt-cinq ans. D'après cet auteur, ces tumeurs peuvent être décrites en deux groupes, le groupe occipital et le groupe sous-mental. Le premier est constitué par une tuméfaction transversale, au niveau des insertions supérieures du trapèze, s'étendant d'une apophyse mastoïde à l'autre, partagé en deux portions symétriques par le sillon médian de la nuque, dans lequel s'avance une traînée de cheveux triangulaire, à base supérieure; des deux côtés la peau est rosée, parsemée de quelques poils rares et courts. La peau n'est pas adhérente à ces tumeurs, mais néanmoins a perdu sa mobilité : profondément, on sent plusieurs noyaux lenticulaires, aplatis, durs, résistants, comme fibreux, appliqués contre le squelette sans contracter avec lui d'adhérences immédiates.

Le groupe sous-mental est également formé par deux tumeurs symétriquement placées de chaque côté de la ligne médiane. Dans un exemple cité par Margerin, leur bord inférieur était au niveau de la sixième vertèbre cervicale ; elles étaient légèrement obliques en bas et en dehors, de forme triangulaire, à bases juxtaposées. Vers celle base, la pression indiquait un amas de petites tumeurs donnant la sensation de ganglions lymphatiques de volume variable, depuis la grosseur d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'une forte lentille. La peau qui les recouvrait, sans être adhérente, avait perdu sa mobilité normale.

Dans ces cas, qui ont été désignés par quelques auteurs sous le nom de lipomes symétriques, M. Verneuil croit à une hyperplasie des extrémités nerveuses, coïncidant avec une hypertrophie des téguments qui recouvrent la tumeur. La majorité des chirurgiens ne s'est pas encore rangée à l'opinion de M. Verneuil, et continue à classer ces tumeurs parmi les lipomes symétriques.

L'énucléation est le seul traitement qui convignne à ees tumeurs.

Cicatrices difformes et vicieuses.

L'étude des cicatrices du cou était très-incomplète, lorsque nous publiâmes, en 1868, dans V Union médicale, un travail sur ce sujet.

Elles sont difformes ou vicieuses, suivant qu'elles défigurent simplement par les irrégularités de leur surface et leur coloration anormale, sans déterminer de troubles fonctionnels, ou qu'elles altèrent notable-

ment l'aspect de la région, entraînent la déviation permanente de la tête ou du cou et produisent des troubles fonctionnels.

On les observe à la suite de blessures par instruments piquants, tranchants ou contondants, de plaies par armes à feu, de brûlures au troisième et au quatrième degré, d'érysipèles, de phlegmons gangreneux, d'adénites suppurées et d'ulcérations scrofuleuses ou syphilitiques.

Les cicatrices difformes, si fréquentes chez les scrofuleux et les syphilitiques, forment des brides ou cordons, saillants, mamelonnés, ou des dépressions imfundibuliformes, adhérentes. Celles qui succèdent à des scrofulides de la peau sont multiples, superposées, accolées ou enchevêtrées sous la forme de brides, adhérentes par leurs extrémités, libres dans le reste de leur étendue ; de cordons enroulés et appliqués sur une cicatrice plus profonde; de végétations irrégulières proéminant sur une large cicatrice; ou de crêtes saillantes désignées vulgairement sous le nom de coutures. Ces dernières se rencontrent aussi à la suite de brûlures profondes du derme. Ces cicatrices sont rouges, jaunâtres, lisses, luisantes, très-vasculaires et comme résistantes à la pression. Celles qui succèdent à la scrofule des ganglions sont peu étendues et forment des brides profondes, indurées, avec enfoncement de la peau. Celles qui résultent de suppurations des os sont enfoncées, infundibuliformes, entourées de plis radiés et adhérentes au .périoste sous-jacent. Les cicatrices d'origine syphilitique sont saillantes, irrégulières, parsemées de brides, et présentent l'aspect de la chéloïde cicatricielle.

Les cicatrices vicieuses succèdent le plus souvent à des brûlures.

Celles qui sont situées à la partie antérieure du cou et qui succèdent à une large perte de substance forment des brides saillantes, tendues, qui maintiennent la tête inclinée, empêchent les mouvements d'extension et de latéralité, effacent la saillie du menton, repoussent la lèvre inférieure, abaissent la mâchoire et projettent les dents en avant. Outre la difformité qu'elles produisent, ces cicatrices déterminent l'écoulement continuel de ia salive, la gêne de la déglutition, de la mastication, de la phonation et même de la respiration.

Celles des parties latérales du cou maintiennent la tête inclinée vers l'épaule correspondante, qu'elle touche parfois, et empêcheut les mouvements de rotation ou d'inclinaison en sens inverse. Elles dévient la commissure labiale correspondante et déforment le maxillaire inférieur et les dents: de cette position vicieuse de la tête ou de ces altérations du maxillaire et des dents, résultent des troubles dans la mastication, la déglutition et l'articulation des sons.

Donc, lorsque le chirurgien sera appelé auprès d'un malade ayant une affection du cou qui peut laisser une cicatrice fâcheuse, il doit

Page 1