‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 84 sur 118 · TORTICOLIS · texte numérisé non relu

TORTICOLIS

brides fut disséquée eu commençant par la partie supérieure. J'arrivai progressivement jusqu'à la base commune que je laissai adhérente au sternum; j'obtins ainsi un lambeau flottant dont la base très-large contenait de nombreux vaisseaux; je pus alors renverser la tète du malade en arrière et rendre au cou sa forme normale; mais il restait une plaie très-étendue au niveau de la région antérieure et latérale droite du cou, à la place qu'occupaient naguère les brides cicatricielles; je comblai cette vaste solution de continuité par un lambeau thoracique. Une première incision verticale suivit le bord droit du sternum, descendant d'un point correspondant à l'articulation sternoclaviculaire jusqu'au tiers de la hauteur du sternum. Une seconde incision, également verticale, suivit parallèlement à la première les limitesexternes de la région thoracique antérieure, et partit d'un point correspondant à la saillie coracoïdienne pour descendre aussi bas que la première. Enfin, une troisième incision transversale, commençant un peu au-dessus du mamelon, vint réunir les extrémités des deux incisions verticales. Ce lambeau, qui avait 12 centimètres de hauteur et 10 de largeur, fut disséqué de bas en haut, appliqué sur la plaie cervicale et suturé par douze fds d'argent. Enfin, je me servis du lambeau cicatriciel attiré en bas pour combler une partie de la solution de continuité produite sur la plaie thoracique.

Le résultat obtenu a été assez encourageant pour que d'autres chirurgiens nous aient imité avec succès.

Torticolis.

On donne le nom de torticolis à une difformité congénitale ou accidentelle caractérisée par l'inclinaison vicieuse de la tête vers l'une ou l'autre épaule.

Cette difformité, reconnue par les anciens, qui la désignaient sous les noms de caput obstipum (obstipité), collam distordum, etc., n'a été bien étudiée que depuis le commencement de ce siècle par Delpech. Boyer, Dieffenbach, Stromeyer, Phillips, Manchart, Bouvier, Jules Guérin, Fleury, Depaul, Malgaigne.

Le torticolis est cutané, musculaire, osseux ou articulaire, suivant que ses causes résident dans la peau ou le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles, dans les os ou dans les articulations.

Les torticolis cutané résulte de cicatrices laissées par une brûlure, une gangrène, un phlegmon ou un anthrax, de brides souscutanées de même nature ou d'engorgements ganglionnaires; il n'y a donc pas lieu de nous y arrêter, puisque cette variété de torticolis n'est qu'un symptôme de ces affections précédemment décrites (voy. Cicatrices du cou. Adénites). Les mêmes considérations s'appliquent aux

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torticolis osseux et articulaire résultant d'une affection spontanée uu traumatique de la colonne vertébrale, puisque nous en avons parlé à propos de la carie, des tubercules, des luxations et des fractures des vertèbres (voy. ces mots). C'est donc en réalité le torticolis musculaire seul qu'il nous reste à décrire.

Les conditions dans lesquelles se produit le torticolis musculaire, bien qu'opposées, ont toujours pour effet de rompre la puissance et l'équilibre des muscles placés de chaque côté du cou. Par exemple, l'un des sterno-cléido-mastoïdiens s'affaiblit, tandis que l'autre conserve sa contractilité normale {torticolis par paralysie); ou bien sa puissance augmente, tandis que celle du muscle opposé reste la même(forticolis spasmodique, par contracture ou par rétraction).

Le torticolis par paralysie est tellement rare qu'il a été nié par plusieurs auteurs.

Le torticolis spasmodique est, au contraire, fréquent et reconnaît des causes variées. Les unes agissent directement sur le muscle : ce sont le traumatisme, le froid, l'inflammation, une attitude vicieuse habituelle; d'autres agissentindirectement etpar l'intermédiaire du système nerveux : telles sont les inflammations et les tumeurs du cerveau ou de la moelle qui déterminent des contractures des muscles du cou, et les névroses convulsives, en particulier la chorée, l'hystérie et l'éclampsie.

Le torticolis musculaire est le plus souvent congénital; on suppose alors que pendant la vie intra-utérine le fœtus avait une position vicieuse ou une maladie des centres nerveux qui avait déterminé des convulsions intra-utérines, des contractures ou des paralysies; ou qu'il a eu un arrêt de développement portant sur un côté de la tète, de la face, et par suite une brièveté plus grande du sterno-mastoïdien correspondant (Bouvier); ou que le sterno-mastoïdien lui-même a été le siège d'une inflammation (Dolbeau). Au moment même de la naissance, on a accusé la déchirure de ce muscle par une mauvaise application du forceps (Stromeyer).

C'est le plus souvent le muscle sterno-cléido-mastoïdien, et dans les deux tiers des cas le droit, qui cause l'inflexion de la tète, ainsi que le démontrent les statistiques de Bouvier et de Dieffenbach. Dans des cas rares, la déviation est produite par le trapèze, le peaucier, l'angulaire de l'omoplate, et moins souvent encore par les autres muscles du cou, scalènes, splénius, complexus.

On sait que le sterno-cléido-mastoïdien est composé de deux faisceaux dont les fonctions sont différentes ; or ces deux faisceaux peuvent être rétractés isolément.

D'après Bouvier, la rétraction seule du faisceau sternal est quatre fois plus fréquente que la rétraction seule du faisceau clavieulaire,

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