‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 85 sur 118 · TORTICOLIS. 8V · texte numérisé non relu

TORTICOLIS. 8V

et M. J. Guérin, en 1838, démontra que dansée cas la section du faisceau sic- mal seul suffit pour l'aire disparaître la difformité. Il esl. vrai que, dans la moitié des cas à peu près, la rétraction porte sur les deux faisceaux à la fois, bien qu'à des degrés différents (Bonnet).

Voici les lésions que l'on a constatées dans les rares autopsies que l'on a pu faire. Le muscle atteint est plus court, plus large, plus consistant, moins élastique qu'à l'état normal; les tractions exercées sur lui ne l'allongent pas. La fibre musculaire a perdu ses caractères normaux; elle est devenue blanchâtre, nacrée, soit qu'elle ait subi la transformation fibreuse, soit qu'elle soit atrophiée par suite de l'hypergenèse du tissu conjonctif. Les muscles voisins, en raison de leur inaction forcée, sont parfois atteints de dégénérescence graisseuse. Dans le torticolis musculaire, même très-accusé, les lésions du rachis sont extrêmement rares, contrairement à l'opinion de Boyer, et le plus souvent, comme l'a démontré Bouvier, la tête peut être ramenée dans sa situation normale aussitôt qu'on a sectionné le muscle sternocléido-mastoïdien.

Les symptômes du torticolis musculaire varient suivant qu'il esl à l'état aigu ou chronique, intermittent ou permanent, et qu'il résulte d'une paralysie ou d'une contracture. Cependant dans tous les cas on observe une inclinaison plus ou moins prononcée de la tête vers l'une des épaules, en sens variable, suivant les muscles affectés ; en même temps, si le torticolis est aigu, le malade accuse une douleur plus ou moins vive, continue ou bien qui cesse par le repos, augmente ou se réveille par la pression du muscle ou par des mouvements soit volontaires, soit involontaires. C'est celte douleur qui, dans le torticolis rhumatismal, tient le cou incliné et rend pénible le décubitus sur le côté malade. Elle s'accompagne quelquefois d'un léger gonflement, de fièvre, de souffrances dans les articulations, et empêche les mouvements. Le muscle sterno-cléido-mastoïdien raccourci donne la sensation d'un corps dur et tendu, tandis que celui du côté opposé est comme aplati sur les parties sous-jacentes.

Lorsque le torticolis reconnaît pour cause une paralysie du sternocléido-mastoïdien, la tête s'incline du côté sain. La difformité est facile à réduire, le muscle obéissant passivement, mais elle reparaît aussitôt après qu'on a abandonné les parties à elles-mêmes. Cet effet se produit dans le torticolis spasmodique, seulement la difformité présente à la réduction une plus grande résistance. Cette résistance est invincible dans le torticolis par rétraction.

C'est, pensons-nous, à une variété de torticolis par contracture qu'il faut rapporter les observations de torticolis intermittent décrites par certains auteurs. Ainsi Boyer rapporte, d'après Meibomius, le cas d'un Tyrolien qui était pris de cette difformité toutes les fois qu'il se niellait

à table. Rien de semblable n'avait lieu quand il changeait l'heure du repas. Wepfer l'a vue se produire chez un individu toutes les fois qu'il était pris d'un violent chagrin. Dieffenbach, Amussat, Bouvier, Fleury, ont publié des cas analogues. Nous avons eu l'occasion d'observer récemment un cas de ce genre: il s'agissait d'une jeune fille de treize ans, non réglée, nullement hystérique, qui, sans cause appréciable, fut atteinte à plusieurs reprises, tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, d'un torticolis que rien ne pouvait corriger et qui disparaissait spontanément. L'intermittence des contractures explique le retour et la cessation spontanés de la difformité.

Enfin, dans le torticolis chronique et permanent il n'y a pas de fièvre ni de douleur; les symptômes se bornent à l'attitude vicieuse de la tôle et du cou ; la tête est inclinée sur l'épaule, au point parfois que l'oreille vienne la toucher; en même temps elle a. éprouvé un certain degré de rotation, en vertu duquel la face regarde en haut et à gauche si l'inclinaison est à droite, et un mouvement de bascule en arrière qui porte le menton en avant et à gauche.

De cette attitude vicieuse résulte un défaut de symétrie de la face: les deux yeux, les deux commissures labiales ne sont plus sur le même plan ; la pommette du côté opposé au torticolis fait une saillie en avant. Les épaules ne sont plus au même niveau, l'une est élevée, 1'aulre est abaissée, ce qui tient à la déviation du rachis. C'est qu'en effet, par suite de l'inclinaison de la tête, la partie supérieure de la colonne cervicale s'incurve de manière à présenter, du côté opposé au torticolis, une convexité qui tend à déplacer le centre de gravité et qui est compensée par une courbure en sens inverse, à l'union delà portion cervicale et de la portion dorsale. Cette déviation est facile à constater en palpant la série des apophyses épineuses. Outre cette déviation du rachis, M. J. Guérin, dans un torticolis congénital dû à un arrêt de développement et à une rétraction de la portion sternale du côté gauche, a constaté les changements suivants: Les épaules étaient portées plus en avant et se trouvaient dans un plan plus antérieur que celui du sternum qui était déprimé dans sa moitié inférieure. Les sept premières côtes étaient saillantes de chaque côté. La saillie de leurs cartilages, circonscrite en dedans par la dépression du sternum, et en bas par un léger rétrécissement circulaire du thorax, soulevait assez fortement les grands pectoraux, la peau des environs des mamelons, et donnait à la poitrine les apparences d'une gorge de femme.

Du côté affecté, le sterno-mastoïdien forme une corde dure et inextensible, le cou est raccourci, concave, et souvent entre la tête et l'épaule il n'y a qu'un sillon profond où la peau forme plusieurs plis. Du côté sain, le cou est large, convexe et paraît allongé, la peau est tendue et appliquée sur les muscles aplatis.

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