TORTICOLIS
Dans le torticolis permanent, ces symptômes s'accompagnent de troubles fonctionnels divers : ainsi le changement dans la direction des axes visuels amène des troubles oculaires, parfois même du strabisme; la compression du larynx gêne la phonation et même la respiration; enfin la compression des vaisseaux trouble la circulation et par suite la nutrition de là face du côté affecté : de là une atrophie latérale de la tête et du cou qui augmente encore le défaut de symétrie dont nous avons parlé.
Le diagnostic du torticolis musculaire aigu est trop facile pour nous y arrêter.
Il n'en est pas de même du torticolis chronique dans lequel l'attitude vicieuse peut être attribuée à une arthrite cervicale, à un mal de Pott sous-occipital, à une ankylose des vertèbres cervicales, à un vice de conformation du rachis, ou à une contracture symptomatique d'une tumeur cérébrale. Cette dernière, il estvrai,s'en distingue facilement par les commémoratifs et parles symptômes locaux.
D'une façon générale, le torticolis osseux ou vertébral diffère du torticolis musculaire en ce que l'inclinaison de la tête se fait le plus souvent en avant ou en arrière; lorsqu'elle a lieu latéralement, la rotation de la face se fait du même côté au lieu de se faire du côté opposé, comme dans le torticolis musculaire. On observe de même du côté du rachis, dans l'arthrite cervicale et le mal de Pott sous-occipital, des signes caractéristiques.
Le diagnostic est plus difficile lorsque la lésion osseuse est de date ancienne et s'est terminée par ankylose. 11 faut alors fixer la poitrine et imprimer à la tête et au cou des mouvements en sens divers ; on voit que ces mouvements sont fort limités, qu'ils se produisent surtout vers les vertèbres inférieures ; parfois même on reconnaît que les apophyses transverses des vertèbres soudées conservent dans ces mouvements des rapports invariables.
Le torticolis musculaire étant reconnu, il reste à déterminer quels sont les agents delà déviation. Le plus souvent, avons-nous dit, c'est le sterno-cléido-mastoïdien ; mais à sa contracture se joint parfois celle de la portion claviculaire du trapèze, celle du peaucier, du splénius ou même du complexus.
Lorsque la portion claviculaire du trapèze esteontracturée en même temps que le sterno-mastoïdien, on trouve le bord antérieur du trapèze rigide, la tête inclinée en rotation et renversée en arrière. Si la contracture du splénius accompagne celle du sterno-mastoïdien, il existe, en même temps qu'une forte inclinaison de la tête, une rotation peu marquée.
Dans quelques cas on a vu le torticolis déterminé par la contracture du mastoïdien d'un côté et du splénius du côté opposé. Dans ces cas,
l'inclinaison et surtout la rotation de la tête deviennent très-accentuées. On a mentionné aussi la contracture de l'angulaire de l'omoplate, en même temps que celle du mastoïdien; l'inclinaison latérale et surtout l'extension de la tête en arrière sont très-marquées. La contracture du peaucier a pour effet d'attirer la tête en bas, si les deux muscles sont atteints, d'un côté, si un seul est affecté.
Enfin le torticolis simulé se reconnaîtra à ce que le sterno-mastoïdien du côté opposé à la déviation est contracture.
Il est facile, à l'aide du chloroforme, de distinguer le torticolis par simple contracture du torticolis par rétraction permanente. Ce dernier résiste au chloroforme , tandis que le premier cède sous son influence.
Le pronostic du torticolis musculaire diffère notablement suivant qu'il résulte d'une contracture, d'une rétraction musculaire ou d'une affection cérébrale. Peu grave en cas de simple contracture, il le devient quand il est permanent et ancien par suite des déformations et des troubles fonctionnels qu'il entraîne.
Le traitement diffère selon les variétés que nous avons indiquées.
Le torticolis aigu ou rhumatismal sera traité par les compresses au fer chaud, les frictions calmantes, stimulantes ou révulsives, les sinapismes sur les parties douloureuses, les vésicatoires opiacés ou les injections sous-cutanées de morphine. S'il y a de la fièvre et si le malade est robuste, on pourra recourir aux bains et aux émissions sanguines locales.
Le torticolis spasmodique ou intermittent sera combattu par le traitement général applicable à la névrose dont il est le symptôme.
Récamier a fait cesser des torticolis déterminés par des spasmes musculaires en étendant brusquement le muscle. Avant d'employer ce mode de traitement, il faudrait s'assurer qu'il n'y a pas d'affection vertébrale, car dans ce cas un redressement brusque pourrait avoir des conséquences funestes.
Le torticolis musculaire chronique ou permanent exige des moyens plus actifs. Tout d'abord on pourra tenter de le corriger par des frictions excitantes, le massage, l'électricité, ou mieux encore par un traitement orthopédique, par des manipulations et des tractions en sens inverse de la déviation, ayant pour but d'allonger le muscle contracture. Si ces moyens restent sans effet, il faut recourir à la ténotomie ou à la myotomie des muscles contractures.
La section du muscle sterno-mastoïdien a été faite par plusieurs procédés : Boyer pratiquait à la peau une incision transversale dépassant de chaque côté la largeur du muscle, divisait celui-ci à petits coups avec un bistouri convexe, ou passait au-dessous de lui, avec