‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 94 sur 118 · DES GOITRES AÉRIENS · texte numérisé non relu

DES GOITRES AÉRIENS

On appelle goitres aériens (struma aerea, ventosa, bronchocèle, aérocèle, trachéocèle) des tumeurs gazeuses situées au niveau de la région occupée par le corps thyroïde et constituées ordinairement par la hernie de la muqueuse de la trachée-artère. C'est donc une affection qui rentre plutôt dans les maladies de la trachée, et en la décrivant, ici nous sacrifions la vérité à l'usage. Cependant, comme nous le verrons tout, à l'heure, quelques-unes de ces tumeurs paraissent formées dans l'épaisseur même du corps thyroïde et dans le tissu cellulaire voisin. D'un autre côté, leur forme, leur situation, leur aspect, les fait ressembler aux tumeurs du corps thyroïde, et si, au point de vue pathogénique, notre classement est contestable, il faut néanmoins, au point de vue du diagnostic, lui reconnaître des avantages.

Historique. — La première mention de cette affection paraît avoir été faite par Muys dans ses observations et par Manget dans ses notes sur Barbette (Dionis, 4e édition. Note de G. de la Faye); Franck, Richter, Schmaltz, Heidenreich, Larrey, l'ont observée, etHouël dans sa thèse d'aggrégation sur les tumeurs du corps thyroïde, en a donné une bonne description. Depuis lors, les mémoires de la Société de chirurgie en renferment plusieurs cas de Lizé, de Devalz, de Faucon. Hutchinson en a publié une observation avec autopsie {Médical Times and Gazette, 1861).

Anatomie pathologique. — Les goitres aériens, au dire de Richter, peuvent être dus: 1° à la pénétration de l'air dans la glande thyroïde sans rupture apparente; 2° à la rupture de la muqueuse entre deux cartilages ou anneaux trachéaux, et à un épancheraient d'air limité dans le tissu

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cellulaire; 3" à une hernie de la muqueuse entre les anneaux du conduit aérien. La première variété est très-rare. Heindenreich cependant en a publié une observation qui nous paraît authentique, car il dit que la paroi du kyste avait trois lignes d'épaisseur et était formée par la substance même du corps thyroïde. La tumeur avait la dimension d'une petite pomme. L'épanchement d'air limité dans le tissu cellulaire n'a pas été démontré à l'autopsie dans les observations que nous rapportons ; il est probable cependant qu'il en est ainsi quelquefois, car il est difficile d'admettre que la crépitation qui a été notée se fasse dans une tumeur constituée par la muqueuse herniée. Hutchinson a pu faire l'autopsie d'un phthisique porteur d'une trachéocèle, et il reconnut que la tumeur était due à la hernie de la muqueuse à travers l'espace crico-thyroïdien. La division deRichter, quoique ayant besoin encore du contrôle analomique, nous paraît donc suffisamment justifiée pour être conservée.

Étiologie. — La tumeur se montre à la suite d'efforts violents et prolongés. Audire de Larrey, les efforts vocaux y prédisposentsurtout, et il aurait observé la trachéocèle en Egypte chez les aveugles occupés à chanter les versets du Coran du haut des minarets, et deux fois chez des sous-officiers instructeurs. Les efforts de toux avaient produit la tumeur dans le cas de Hutchinson, dans celui de Devalz et de Faucon, Une autre fois, c'est à la suite d'un accouchement pénible que l'affection se développe. Enfin la trachéocèle peut être congénitale et liée a un arrêt de développement du conduit laryngo-trachéal.

Symptomatologie. — La tumeur apparaît d'une façon brusque. Ordinairement de la dimension d'une noix, d'une petite pomme, elle peut prendre un volume plus considérable et s'étendre de l'angle de la mâchoire à la clavicule. Elle a une forme arrondie, elle peut être lisse, bosselée, divisée en plusieurs lobes par des tractus fibreux. Elle est peu mobile, se déplace avec le larynx, donne une sensation de résistance, de fluctuation ou bien de crépitation manifeste. La plupart du temps elle est réductible; dans quelques cas, probablement à cause de l'étroitesse de l'orifice qui faisait communiquer la poche avec la trachée, la tumeur sous l'influence de la pression ne diminuait pas de volume. La percussion donne ordinairement un son tympanique.

Les troubles fonctionnels consistent en modifications de la voix qui est rauque et affaiblie. En comprimant la tumeur (Larrey) la voix reprend de la sonorité et l'individu peut se faire entendre.

La marche de l'affection est essentiellement chronique et n'a d'importance qu'au point de vue de la difformité du cou et des troubles vocaux.

Le traitement consiste à employer des appareils compressifs de façon à maintenir la tumeur réduite (bandages, colliers appropriés). L'inci-

sion de la poche a été pratiquée par Heidenreich, mais ne constitue pas un moyen recommandable à cause de la possibilité d'une fistule consécutive.

Tumeurs tuberculeuses et lymphadenomes.

On a décrit des tumeurs tuberculeuses du corps thyroïde. Au dire de Virchow, aucun organe n'est aussi peu disposé à la production du tubercule que la glandethyroïde. Cetauteury atrouvéune seule fois des tubercules ramollis du volume d'une cerise ; ils se trouvaient immédiatement à la surface de l'organe et adjacents à des tubercules glandulaires de voisinage. Lebert en cite un autre exemple. Ces tumeurs donnent lieu à des abcès qui s'ouvrent à l'extérieur et laissent une ouverture fistuleuse contre laquelle, à cause de l'état général, la thérapeutique n'aura souvent que des moyens d'action très-limités.

Enfin, une variété rare de tumeur a été décrite par^Malassez, à propos d'une pièce présentée par Em. Bourdon à la Société anatomique. Il s'agissait d'un lymphadénome développé dans les ganglions voisins et y formant une tumeur énorme; le corps thyroïde présentait une altération semblable au niveau du lobe gauche. Il était beaucoup plus dur que le lobe droit, avait une surface mamelonnée, une teinte blanchâtre à la coupe et un aspect lardacé. Sous le champ du microscope, la tumeur était constituée par un réticulum conjonctif et des cellules lymphatiques.

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