DES CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES
Historique. —L'étude des accidents déterminés par la présence des corps étrangers dans les voies aériennes ne prend un intérêt chirurgical qu'à partir du moment où l'on s'occupe des moyens efficaces pour les combattre. C'est Frédéric Monavius, professeur à l'Université royale de Stettin, qui en 1644 recommande le premier la bronchotomie. Théophile Bonnet, Heister, Haller, Verduc, approuvent la même pratique, mais sans recourir à l'opération. En 1774, dans les Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, Antoine Louis rapporte plusieurs observations de corps étrangers des voies aériennes ; il démontre à l'autopsie que l'opération aurait permis l'issue du corps étranger et sauvé les malades, et, comme conclusion, il pose le précepte de l'intervention chirurgicale au moyen de labronchotomie. A partir de ce moment, cette opération est pratiquée un grand nombre de fois dans ce cas, par Wend, Pelletan, Dupuytren, Boyer. Parmi les travaux d'ensemble faits sur la question, nous devons citer la thèse de concours de Bérard, en 1831 [De corporibus extraneis in tractu aereo demissis); le livre de Gross, de Philadelphie (Treatise of foreing bodies in the air passages, 1854) ; un mémoire de Berlholle (Des corps étrangers des voies aériennes, Paris, 1866); une statistique de Bourdillat (Gazette médicale, 1868) ; les articles de Guyon dans le Bulletin de thérapeutique (1852) et le Dictionnaire encyclopédique ; le chapitre de Ruhn dans le livre de Gûnther. Les corps étrangers peuvent être solides, liquides ou gazeux. Nous n'avons pas à nous occuper ici des gaz dont l'action délétère peut s'exercer sur les organes respiratoires : c'est un sujet qui appartient plutôt à la toxicologie qu'à la pathologie chirurgicale.
Les liquides introduits dans les voies aériennes peuvent être et sont souvent des boissons. Cet accident se montre souvent chez les vieillards, les moribonds dans le coma, à la suite de la paralysie diphthéritique, chez les individus qui présentent des lésions tuberculeuses ou cancéreuses du larynx. Dans l'état d'intégrité des organes, c'est au moment de la toux, d'un éternument, pendant le rire, que s'effectueje passage du liquide.
Au moment du passage du liquide dans le larynx, survient généralement un accès de toux spasmodique qui a pour effet de rejeter le corps étranger. Si l'expulsion n'a pas lieu, le liquide est absorbé par la muqueuse des voies aériennes, comme le démontrent de nombreuses expériences physiologiques, et ordinairement il ne survient aucune