III. — Cystite cantharidienne
La cystite consécutive à l'application de vésicatoires et à l'absorption des cantharides a été pendant longtemps décrite avec la cystite aiguë;
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M. Morel-Lavallée surtout a étudié de nouveau cette question et a fait connaître bon nombre de particularités fort importantes; c'est à son mémoire (1) que nous emprunterons les principaux traits relatifs à ce genre d'affection.
Anatomie pathologique. — Nous aurons à étudier principalement : 1° l'état de la vessie; 2° les fausses membranes qui tapissent ce réservoir.
L'état de la vessie a été rarement constaté par l'autopsie; nous n'avons trouvé qu'un seul cas de cystite cantharidienne bien étudié sous le rapport des caractères anatomo-pathologiques; c'est à Vidal (de Cassis) que l'on doit la connaissance de ce fait. La vessie portait les traces de la plus vive inflammation, la membrane muqueuse était rouge, boursouflée, comme la surface du derme sous un vésicatoire que Ton vient de lever; elle ressemblait à la conjonctive dans l'ophthalmie blennorrhagique.
La vessie est tapissée par des fausses membranes dont la grandeur varie de celle d'une pièce de 50 centimes à celle de la moitié d'une carte à jouer, et d'une épaisseur de 1 à 2 millimètres, à bords irréguliers et frangés; les lambeaux sortent en pelotons, quelquefois en rouleaux : les plus petits sont d'un rose grisâtre, mous, peu résistants, d'un aspect à peu près semblable sur les deux faces, parsemés de stries de sang; les plus grands sont plus résistants, élastiques, fibrineux, offrant, quant à leur organisation, l'aspect de la couenne d'un caillot sanguin ; ils sont d'un blanc mat d'un côté et rose de l'autre.
L'urine contenait, dans un cas seulement, de l'albumine qui se trouvait mélangée au liquide, elle se déposait au fond sous la forme d'une couche tremblotante; peut-être chez un certain nombre de malades trouvera-t-on de l'albumine, mais en quantité très minime.
Symptomatologie. — Au bout d'un espace de temps qui varie de quatre à huit heures, l'action des cantharides se montre avec une intensité variable. Lorsque l'inflammation est légère, les malades éprouvent des envies fréquentes d'uriner, ils ressentent une légère douleur au méat immédiatement après l'expulsion de la dernière goutte d'urine. Ce liquide est mélangé à de petites boulettes molles, constituées par des pseudo-membranes ; il n'y a pas de fièvre, quelquefois même les symptômes ne présentent pas assez de gravité pour attirer l'attention. Mais on voit chez d'autres malades les accidents se montrer avec plus d'intensité. Ils accusent des épreintes au périnée, une douleur très vive au méat urinaire, des envies extrêmement fréquentes de rendre l'urine, qui ne sort qu'en très petite quantité et à
(1) Expérience, 1844, n. 368.
CYSTITE CANTHARIDIENNE. 175
des intervalles très rapprochés. La douleur de l'extrémité de l'urèthre cesse aussitôt que la vessie est vide pour reparaître aussitôt que quelques gouttes d'urine sont versées par les uretères; des fausses membranes sortent avec l'urine, tantôt inaperçues, tantôt sous une forme de masse assez volumineuses pour agir comme corps étranger, distendre l'urèthre et même rester engagées dans le canal: dans ce dernier cas, on trouve quelquefois au méat l'extrémité du rouleau constitué par la pseudo-membrane. Il y a de la fièvre, de l'agitation.
La marche de cette affection est, en général, assez rapide ; ordinairement les accidents se calment au bout de quelques heures ; il est assez rare que la maladie dépasse douze heures.
Étiologie. — Ainsi que son nom l'indique, la cystite cantharidienne est produite par l'action des cantharides sur la vessie. La poudre cantharidienne peut agir sur le réservoir de l'urine, soit qu'elle ait été appliquée à la surface de la peau pour déterminer la vésication, soit qu'elle ait été introduite dans l'estomac. Il est à remarquer que cette affection est rare, relativement au nombre extrêmement grand de vésicatoires qui se trouvent prescrits, et que chez tel individu la vessie ne sera point impressionnée par les cantharides, tandis que chez d'autres il existe une susceptibilité des plus remarquables. Enfin, on voit chez certains sujets que l'action des cantharides, après s'être manifestée d'une manière très énergique, ne reparaît plus pour se remontrer plus tard. Il est probable, à part toutefois la prédisposition individuelle, que l'intensité de l'inflammation sera en rapport avec la largeur de l'exuloire. Le siège du vésicatoirene parait exercer aucune influence sur le développement de la cystite cantharidienne ; de plus, ces deux affections ne se développent pas sous l'influence des mêmes causes ; enfin, l'hématurie a bien rarement la durée éphémère de la cystite cantharidienne.
Diagnostic. — Il est extrêmement facile ; il suffit de savoir qu'un vésicatoire vient d'être appliqué pour soupçonner l'existence d'une cystite cantharidienne quand le malade éprouve des accidents semblables à ceux que nous venons d'énumérer ; on pourrait tout au plus supposer l'existence d'une hématurie, mais le caillot qui dans cette dernière affection sort par l'urèthre difl'ère essentiellement des fausses membranes de la cystite cantharidienne.
Pronostic. — Il est en général peu grave, cependant l'inflammation de la vessie, jointe à celle de la peau et à la maladie que le vésicatoire est appelé à combattre, peut aggraver l'état du malade assez pour faire naître de l'inquiétude. Chez une malade observée par Yidal (de Cassis), la mort paraît avoir été causée par la violence de Tinflammalion de la vessie.
Traitement. — Existe-t-il un traitement prophylactique de la cystite
canlharidienne? Doit-on espérer de prévenir l'inflammation en mélangeant du camphre au vésicatoire? Il résulte des expériences de M. Morel-Lavallée que le camphre serait sans aucune espèce d'action; il a vu, en effet, des individus chez lesquels des vésioatoires non camphrés n'avaient déterminé aucune espèce d'accidents, tandis que les vésicatoires camphrés avaient été suivis de cystite. L'interposition d'un papier huilé entre la peau et la surface du vésicatoire préserverait-elle mieux de la cystite? C'est un point qui n'a pas encore été suffisamment étudié, et sur lequel nous ne pouvons nous prononcer, bien que l'on ait souvent conseillé ce moyen pour prévenir l'inflammation de la vessie.
Dès le début des accidents de la cystite cantharidienne, on lèvera l'emplâtre et l'on aura soin d'enlever toutes les parcelles de poudre adhérentes à la peau. On prescrira des boissons diurétiques en grande abondance ; peut-être des injections émollientes dans la vessie pourraient elles contribuera calmer les accidents, si l'introduction de la sonde ne déterminait pas une trop grande irritation ; un cataplasme émollient sera placé sur la région épigastrique; enfin, si l'agitation était trop vive et la fièvre trop intense, on prescrirait une potion calmante.