CHAPITRE II
ARTICLE PREMIER
AFFECTIONS DE l'AINE.
Il n'est peut-être pas de région du corps où les affections chirurgicales soient aussi nombreuses. Indépendamment des lésions traumatiques, des inflammations et des affections organiques qui peuvent s'y rencontrer, elle est en quelque sorte le rendez-vous d'une foule de maladies qui lui sont primitivement étrangères ou qui résultent du déplacement des organes voisins. Ainsi que Ta remarqué P. Bérard, le plus grand nombre des maladies de Taine tendent à revêtir la forme de tumeurs.
La plupart de ces affections n'offrent rien de bien important à signaler relativement à la région qui nous occupe ; nous les examinerons très rapidement, renvoyant le lecteur aux descriptions que nous avons données dans nos généralités. Nous devons donc nous attacher surtout à comparer ensemble les tumeurs les plus intéressantes de la région inguinale et à en établir le diagnostic différentiel.
§ I. — Lésions traumatiques de l'aine.
Des instruments piquants, tranchants ou contondants, peuvent les produire; elles sont souvent artificielles et nécessitées par certaines opérations. Les solutions de continuité de l'aine empruntent leur degré de gravité à leur profondeur, à leur étendue, et surtout à la lésion des organes que renferme la région ; elles deviennent causes prédisposantes de hernies si elles intéressent une partie de l'épaisseur
ULCÈRES, FISTULES DE l'aINE. 1051
des parois abdominales, surtout la paroi antérieure du canal inguinal ou les anneaux. Elles peuvent être compliquées de blessures des viscères abdominaux, du cordon spermatique, etc.
Les plaies des vaisseaux artériels ou veineux sont suivies d'hémorrhagies très graves. Si l'artère fémorale est intéressée, le blessé meurt, à moins que l'on n'ait le temps d'arriver pour lier les deux bouts du vaisseau, ou qu'il ne se forme un anévrysme faux qui nécessilera la ligature de l'iliaque; la veine crurale est-elle atteinte, on a à redouter la phlébite, le sphacèle du membre tout entier, etc. La blessure d'un ganglion lymphatique peut donner lieu à un écoulement de lymphe extrêmement rebelle.
Les plaies par armes à feu offrent une extrême gravité en raison des lésions des articulations des gros troncs nerveux, des vaisseaux, etc.
A la suite d'une contusion, on peut voir se développer des abcès froids ou phlegmoneux, des adénites, une péritonite; les contusions de cette région prédisposent encore aux hernies, etc.
§ IL — Ulcères, fistules de l'aine.
On rencontre dans la région de l'aine des ulcères qui reconnaissent des causes variées : tantôt ils résultent de l'ouverture spontanée ou artificielle de bubons de toute nature; tantôt de l'ulcération d'une tumeur cancéreuse. Delplanque cite dans sa thèse (1) l'exemple d'ulcères cancéreux qui, après avoir perforé toute la paroi abdominale, avaient envahi l'intestin grêle, de manière à produire un anus contre nature. Gruikshank rapporte qu'une ulcération cancéreuse s'étendit jusqu'à l'artère fémorale et causa une hémorrhagie mortelle. Nous avons vu une ulcération tuberculeuse produire le même résultat. Le ramollissement de ganglions dégénérés donne souvent naissance à ces ulcères extrêmement rebelles. Certains ulcères sont consécutifs à la gangrène de la peau, ou à la destruction du tissu cellulaire causée par des phlegmons sous-cutanés ou des abcès : la peau présente, dans le premier cas, une perte de substance et des décollements plus ou moins étendus; dans le second, le foyer est très anfractueux et tapissé par une membrane pyogénique. Chez quelques malades les ganglions s'indurent, deviennent caséeux, jouent le rôle de corps étrangers, et rendent la guérison très difficile ; leur extirpation devient souvent indispensable.
Chez les enfants et les personnes grasses, la peau de l'aine a une grande tendance à s'excorier; il en résulte des ulcérations superfi-
(J) Supplément au Dictionnaire des dictionnaires de médecine, p. 22. Paris, t850.
cielles, généralement peu rebelles, mais récidivant avec la plus grande facilité.
Des trajets flstuleux se rencontrent assez fréquemment dans la région de l'aine; ils se montrent à la suite de l'ouverture spontanée ou artificielle d'une collection purulente développée dans la région même ou symptomatique d'une altération plus ou moins éloignée. Tels sont les abcès de la fosse iliaque; les abcès par congestion, les fistules stercorales consécutives à l'étranglement, suivi de gangrène, d'une hernie inguinale ou crurale. L'histoire de ces fistules appartient aux maladies qui leur ont donné naissance (voy. Abcès par congestion, Anus contre nature, etc.) (1),
Nombre de fistules de l'aine sont des fistules lymphatiques consécutives à l'ouverture d'une adénite. Ces fistules sont très rebelles ; elles laissent écouler de la lymphe pure et par intervalles du pus. On guérit ces fistules à l'aide de la compression avec un bandage herniaire que les malades doivent porter des mois. Quelquefois les injections iodées répétées arrivent au môme résultat.
§ III. — Tumeurs du pli de l'aine.
Les tumeurs du pli de l'aine, disent Robert et M. Verneuil (2), constituent la classe la plus nombreuse des maladies de l'aine; leur origine et leur nature sont si diverses, qu'on éprouve un véritable embarras quand il s'agit de les classer méthodiquement, et surtout quand il faut les distinguer au lit du malade. Sans espérer nous mettre à l'abri des objections, nous diviserons ces tumeurs en deux classes. La première classe comprendra les tumeurs développées dans la région même, par suite d'une altération quelconque survenue dans les éléments anatomiques qui la composent, les organes voisins y restant étrangers. La deuxième classe renfermera les tumeurs formées par le déplacement d'organes plus ou moins distants, ou par la migration ou l'extension de productions morbides dont le point de départ sera plus ou moins éloigné. Ces organes, ces productions, viendront apparaître accidentellement dans la région, en s'engageant le plus souvent dans les orifices et les canaux qui existent dans cette région.
(( Nous rangerons dans la première classe : les tumeurs de nature diverse ayant leur point de départ dans la peau ou le tissu cellulaire
(1) Féré a présenté à la Société anatomique un fait semblable (Bull. Soc. anat., 1877' p. 244).
(2j Robert, thèse de Paris, 1844. C'est encore au chapitre Hernies que le lecteur trouvera le diagnostic de la varice de l'ampoule de la saphène interne. — Verneuil, Art. Aine, Dict. encijcL, t. II.