II. — Hypertrophie par ampliation de la vessie
Cette espèce se présente sous deux formes distinctes : dans l'une, les parois de la vessie ont augmenté d'épaisseur; dans Tautre, elles sont amincies.
1" Ampliation de la vessie avec épaississement des parois. — Cette affection se développe à peu près dans les mêmes conditions que la précédente ; l'urine ne pouvant sortir par le fait d'un obstacle tel que : rétrécissement de l'urèthre, hypertrophie de la prostate, fongus vésical qui fait l'office de valvule, s'accumule dans la vessie, distend cet organe, et, par le fait de la contraction violente de la tunique musculeuse, celle-ci s'hypertrophie. La stagnation de l'urine peut provoquer une inflammation chronique dont le résultat est une hypertrophie de la tunique muqueuse.
Si l'on compare la vessie des sujets présentant une semblable disposition avec celle des individus dont l'organe a éprouvé une diminution notable, on constate, si elle contient un calcul, qu'il existe un grand intervalle entre la paroi vésicale et le corps étranger. Les vessies de ce genre n'ont point ces cellules ni ces colonnes charnues saillantes que nous avons signalées dans la forme d'hypertrophie décrite plus haut.
Il est, en outre, un caractère anatomique fort intéressant qui a été constaté plusieurs fois, c'est l'adhérence de la vessie avec la paroi abdominale. Par le fait de l'ampliation excessive de l'organe, le péritoine se trouve refoulé vers la partie supérieure ; il en résulte donc qu'une assez grande étendue de la face supérieure de la vessie se trouve en contact avec la face postérieure de la paroi abdominale antérieure, avec laquelle, pour peu qu'un travail phlegmasique se développe, elle ne tarde pas à contracter des adhérences, ce qui, joint à l'état morbide déjà existant, s'oppose à ce que la vessie puisse revenir sur elle-même.
2" Ampliation de la vessie avec amincissement ou sans altérations des IKirois. — Cette variété s'observe également à la suite de rétention d'urine, mais dans les cas d'inertie de l'organe, et surtout lorsqu'il y a paralysie de la vessie, les fibres musculaires se laissent distendre, s'amincissent ; la vessie peut acquérir des dimensions extrêmement considérables et il n'est pas rare de voir son sommet atteindre l'ombilic.
M. Civiale fait remarquer que la vessie ainsi distendue ne forme
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point, comme dans le cas où elle a conservé toute son énergie, une tumeur dure, arrondie, saillante à la région hypogastrique ; la palpation fait reconnaître une espèce d'empâtement; la percussion annonce dans ce point la présence d'un liquide dont on constate le siège et la nature par le cathétérisrae. Ce phénomène est facile à comprendre : dans le cas de rétention d'urine sans paralysie, la vessie se contracte fortement et forme une tumeur dont on peut facilement suivre le contour, tandis que dans ceux où la vessie a perdu sa contractilité, les parois restent molles et flasques, et la pression pousse le liquide vers les points qui offrent le moins de résistance.
Les fibres musculaires de la vessie ne sont pas atrophiées, mais amincies parle fait de la distension, quelquefois même elles ont conservé leur épaisseur normale. La membrane muqueuse présente parfois des traces d'inflammation, surtout au voisinage du col ; d'autres fois elle est d'une pâleur extrême ; dans quelques cas elle se couvre de points saillants, de villosités ou de fongosilés plus ou moins volumineuses.
Traitement. — Cette affection sera combattue par des moyens qui ne sont malheureusement que palliatifs ; on débarrassera la vessie du liquide qu'elle renferme à l'aide du cathétérisme, et cela assez souvent pour que cet organe ne soit pas distendu outre mesure, puis on tâchera de guérir la paralysie de la vessie ou de faire disparaître l'obstacle qui s'oppo&e au cours de l'urine.
Névralgies de la vessie.
On désigne sous le nom de névralgies de la vessie toutes les affections douloureuses de cet organe. Les névralgies idiopathiques sont celles qui se montrent sans qu'il y ait altération organique de la vessie ou des appareils voisins, et les névralgies symptomatiques paraissent causées par une affection de la vessie ou des organes avec lesquels, elle se trouve en rapport; tels sont: les affections calculeuses du rein ou de la vessie, les rétrécissements de Turèthre, les affections de la prostate, les valvules du col de la vessie, les affections utérines,, celles de l'extrémité inférieure de l'intestin, telles que les hémorrhoïdes, les fissures à l'anus, etc., etc. Nous ne décrirons pas cette espèce de névralgie, qui n'est qu'un symptôme d'autres afiections qui ont trouvé place dans cet ouvrage. Nous nous contenterons de décrire la névralgie idiopathique.
Cette affection assez fréquente occuperait suivant certains auteurs le corps de la vessie ou le col de cet organe ; cette distinction nous semble plutôt déduite de vues théoriques que de l'observation clinique.
Étiologie. — Les causes de la névralgie idiopathique de la vessie sont fort obscures; on a invoqué le vice rhumatismal, la répercussion d'un exanthème ou d'une hémorrhagie habituelle, mais on sait quelle valeur il faut attribuer à ce genre de causes. Les chutes sur le périnée, les excès vénériens, les frottements déterminés par la sonde, la résistance trop longtemps prolongée au besoin d'uriner, l'accumulation de matières dans le rectum, sont indiqués comme prédisposant particulièrement à la névralgie du col de la vessie. Dans quelques cas, la chlorose et la pression exercée par la tête de l'enfant pendant le travail de l'accouchement paraissent avoir été l'origine de l'affection qui nous occupe. Mais l'influence du froid semble avoir une action plus ou moins contestable.
La névralgie de la vessie est plus fréquente chez l'homme que chez la femme. 11 n'est pas très rare de la voir survenir immédiatement après la disparition d'une névralgie dans un autre point.
Symptomatologie. — Les malades ressentent tout à coup, sans cause appréciable, quelquefois pendant le cours d'une attaque de rhumatisme qui diminue ou cesse tout à fait, une douleur vive dans la région de la vessie, s'étendant vers les uretères et l'urèthre, et se propageant au périnée, au rectum et vers les symphyses sacro-iliaques. Un frisson quelquefois intense précède ou suit souvent cette première manifestalion de la maladie.
La plus petite quantité d'urine ne peut être conservée dans la vessie; elle provoque une douleur vive qui empêche les malades de rester couchés ou assis, aussi les envies d'uriner sont-elles extrêmement fréquentes, la miction est très douloureuse ; le liquide en passant dans l'urèthre détermine une sensation de brûlure qui s'étend jusqu'au méat.
Des sensations analogues se manifestent du côté du rectum, les malades font des efforts violents de défécation, ils semblent menacés d'une chute du rectum. Lorsque les envies d'uriner ne sont pas tropfréquentes, c'est-à-dire lorsque les malades peuvent conserver un peit d'urine dans leur vessie, il existe entre chaque miction des intervalles^ pendant lesquels les douleurs sont beaucoup moins intenses et même disparaissent tout à fait.
L'urine expulsée est rougeâtre lorsqu'elle est peu abondante; dans le cas contraire, elle est presque incolore et laisse déposer un léger sédiment muqueux ; le pénis se gonfle de manière à donner l'idée d'un boursouflement et non de l'érection ; le clitoris, les grandes et les petites lèvres sont le siège d'un phénomène analogue.
Dans quelques cas les malades ne peuvent rendre une seule goutte d'urine, alors la vessie se distend, s'élève au-dessus du pubis ; les angoisses sont portées au plus haut degré, on observe une agitation
extrême, et tous ces accidents se calment en grande partie dès que l'urine peut s'écouler au dehors.
Ces douleurs excessives ne déterminent point de symptômes généraux, car, à part les moments de crises dans lesquels le pouls est légèrement accéléré, il n'existe pas de fièvre, et les malades conservent leur appétit.
Les névralgies de la vessie se présentent sous la forme de crises dont la durée est variable et dont les retours sont fort irréguliers, la maladie affecte donc le type rémittent ; les douleurs les plus vives paraissent se montrer principalement le soir et la nuit. Dans quelques cas on les a vues pi-endre le type franchement intermittent.
Diagnostic. — La névralgie de la vessie peut être confondue avec la cystite, mais l'état des urines, la fièvre et les douleurs continues de la cystite mettront facilement sur la voie; chez les névralgiques, les douleurs et tous les accidents cessent immédiatement après les accès ; les malades recouvrent toute leur santé, sans avoir à passer par une période de convalescence.
On ne confondra pas la névralgie de la vessie avec le catarrhe vésical, dont la durée est si longue et dans lequel l'urine laisse déposer une si grande quantité de mucosités.
L'interruption brusque du jet d'urine est commune à l'affection calculeuse et à la névralgie dans la vessie. On sait que dans la première ce phénomène est dû au déplacement de la pierre, qui, faisant l'office de soupape, vient s'appliquer sur le col de la vessie; dans la seconde, il est dû à la contraction très énergique du col vésical ; mais l'exploration à l'aide de la sonde fait reconnaître la présence du calcul, d'ailleurs l'affection calculeuse se présente avec des caractères qui lui sont propres et qui manquent dans la névralgie de la vessie.
Pronostic. — La névralgie de la vessie n'est point une affection grave; à la vérité, elle détermine des douleurs extrêmement vives, mais en général elle disparaît assez facilement; le seul accident sérieux que l'on ait à craindre est la distension exagérée, par conséquent une diminution de la contractilité des fibres musculaires et une prédisposition à la paralysie ; on s'est en outre demandé si les contractions très violentes de la vessie ne pourraient pas amener l'hypertrophie des parois de cet organe avec diminution de sa cavité. L'incontinence d'urine a été observée à la suite de la névralgie du col. M. Giviale pense que cette affection peut déterminer le catarrhe vésical; mais nous nous demandons avec M. Le Roy (d'Étiolles) si l'on n'aurait pas pris pour des névralgies du col de la vessie, des catarrhes vésicaux commençants.
La névralgie rhumatismale qui se montre dans une saison froide et humide, paraîtrait plus rebelle que celle qui se montre dans des cir-
constances opposées ; on a vu des névralgies disparaître tout à coup, et remplacées par des névralgies du cuir chevelu, du front, etc.
Traitement. — On cherchera d'abord à soustraire le malade aux causes qui auraient pu déterminer la névralgie de la vessie ; si le temps est froid et humide, le malade gardera la chambre et même le lit ; un régime doux, des boissons émollienles seront en même temps prescrites avec avantage ; si la douleur est très vive et la congestion du côté du bassin très intense, on pourra, à moins de contre-indication, faire une application de sangsues au périnée.
Le rôle des narcotiques est considérable dans le traitement du spasme du col de la vessie. Nous employons de suite des injections sous-cutanées de morphine faites sur le pubis à la dose de 2 à5 centigrammes. Les lavements laudanisés, les suppositoires de chloral ou d'iodoforme donnent d'excellents résultats.
Dans quelques cas à forme intermittente, le sulfate de quinine produit de bons effets.
Lorsque la rétention d'urine est absolue, faut-il procéder au cathétérisme ? Quoiqu'on ait soutenu que l'on doive attendre la fin de la crise pour pratiquer le cathétérisme, nous croyons que si la vessie est assez distendue pour dépasser de 5 ou 6 centimètres le pubis, on doit intervenir de suite. En se servant d'une bougie courbée à bout olivaire du numéro 16, on arrivera facilement dans la vessie; le malade sera certainement soulagé et, en laissant la sonde à demeure, on combattra avantageusement le spasme. MM. Voillemier et Le Dentu ont longuement insisté sur les avantages que présente cette pratique.
Lorsque l'état aigu est passé, il reste souvent un état chronique que l'on combattra avantageusement avec les révulsifs à la peau et la dilatation du col faite avec le dilatateur de M. Tillaux.
Nous avons vu employer par M. Horteloup, chez un malade atteint de névralgie du col, la cautérisation avec le porte-caustique de Lallemand avec un bon résultat.
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