‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 33 sur 170 · RÉTRÉCISSEMENTS DR L'URÈTHRE · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENTS DR L'URÈTHRE

€t d'une inllammation de l'urèthre produits par le calhétérisme.

2" Au frisson initial succède bientôt une fièvre intense, sans période de sueur bien caractérisée. Le lendemain et les jours suivants, le frisson lui-même lait assez souvent défaut, et lorsqu'il reparaît il est toujours moins intense que celui du début de la maladie; mais les symptômes généraux acquièrent rapidement une grande intensité. La langue se sèche, la soif est vive, et presque toujours il existe un peu de délire. Bientôt une douleur se déclare dans un point quelconque de l'économie : tantôt au col de la vessie, dans les reins ou dans un des viscères contenus dans l'abdomen; tantôt dans une masse charnue, et alors elle pourrait faire croire à un rhumatisme musculaire, si elle n'était promptement suivie d'une inflammation phlegmoneuse plus ou moins étendue. D'après M. Giviale, les abcès phlegmoneux qui succèdent à cette douleur ont ceci de particulier qu'ils paraissent se développer dans des parties infiltrées d'une quantité énorme de sérosité jaunâtre. Le pus contenu dans ces abcès ne lui a presque jamais paru franchement phlegmoneux; il est, dit-il, très liquide et semblable au pus des abcès lœinaires. Ce phénomène a été également observé par M. Perdrigeon. Tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, la douleur se montre dans une ou plusieurs articulations. Celles-ci deviennent le siège d'un épanchement rapide et considérable, et bientôt on constate tous les caractères de l'arthrite purulente.

3" Immédiatement après le cathétérisme simple ou difficile, un frisson violent se déclare, une fièvre intense lui succède; les traits du malade s'altèrent profondément, et il meurt dans ce premier accès. Quelquefois on observe une amélioration momentanée; mais, le lendemain et les jours suivants, les accès se renouvellent avec une nouvelle intensité. Le malade est pris de vomissements, de diarrhée, et il meurt dans l'espace de quelques jours, sans que l'on puisse trouver, à l'autopsie, de lésions capables d'expliquer une terminaison aussi funeste.

Étiologie. — Est-il possible de déterminer sous quelle influence se montre cette espèce de fièvre pernicieuse? Il n'est pas rare de voir des <sujets nullement affectés d'un cathétérisme prolongé, douloureux, souvent répété, de l'introduction d'instruments volumineux, et même d'opérations pratiquées sur la membrane muqueuse de l'urèthre, tandis que d'autres seront pris de symptômes les plus graves pour une simple exploration qui n'aura présenté aucune difficulté. Tout ce que l'on sait, c'est que l'introduction d'un corps étranger dans l'urèthre peut déterminer un des accidents que nous avons passés en revue; mais prévoir ces accidents, cela nous semble impossible; toutefois, ils paraîtraient un peu plus fréquents chez les individus très nerveux et pusillanimes.

Si l'on cherche à déterminer la nature de la maladie, on éprouve

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le même embarras. De nombreuses théories ont été émises pour expliquer ces accidents; on a voulu en trouver l'explication: 1° dans la phlébite et l'infeclion; 2° dans une action réflexe et un épuisement nerveux; 3° dans l'absorption urineuse ; i" dans des altérations rénales (Guyon).

Toutes ces théories ont été exposées et discutées d'une manière remarquable par M. Le Dentu dans son Traité des maladies des voies urinaires, et il est arrivé aux conclusions suivantes :

1° L'observation clinique s'oppose à ce que l'on attribue à une cause unique tous les accidents rangés par certains auteurs sous la dénomination d'intoxication urineuse.

2" Les accès fébriles à trois stades sont dus très probablement à une hypérémie active des reins d'origine réflexe. Cette hypérémie va peutêtre assez loin dans certains cas pour déterminer des accidents très graves et même la mort, par suite de la non-élimination des principes dont la sécrétion urinaire doit débarrasser l'économie d'une manière incessante.

3" Les accès fébriles aigus à terminaison moins franche que les précédents sont souvent dus à une inflammation provoquée par le calhétérisme (cystite du col caractérisée par les besoins fréquents d'uriner et par la douleur hypogastrique, peut-être aussi lymphangite circonscrite du canal de l'urèthre). L'accès peut durer deux ou troisjours.

4° Les états chroniques à poussées aiguës irrégulières s'expliquent très bien dans bon nombre de cas par un état inflammatoire chronique à exacerbations fréquentes de la vessie, des uretères, des bassinets, des calices et des reins eux-mêmes. En cas de suppuration de ces organes, le malade peut être en proie à une véritable fièvre hectique.

5° L'intoxication urineuse ne peut être niée dans les cas précédents, parce que les conditions matérielles de l'absorption de l'urine sont réalisées; mais on doit la considérer plutôt comme une complication des lésions inflammatoires, on doit se demander, en la comparant à la résorption de la bile dans l'angiocholite, si elle est aussi spéciale qu'on l'a dit, et si elle n'est pas simplement une forme de septicémie peu différente des formes les plus vulgaires.

6° Il est impossible de ne pas reconnaître l'importance de la rétention dans le sang des éléments de la sécrétion urinaire, au point de vue de la pathogénie de certains accidents chroniques ou rapides. Les premiers sont représentés principalement par les troubles gastrointestinaux; les seconds ne sont pas toujours accompagnés de Sèvre. La mort n'est souvent précédée que de quelques vomissements, d'un peu de dysjmée et d'un état comateux extrêmement passager.

7° Ces accidents, si insignifiants en apparence, si graves en réalité, sont dus à l'action violente du traumatisme sur un organisme miné

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par l'urémie chronique. Quanta la part de certaiaes dégénérescences rénales (dégénérescence amyloïde, stéatose simple) et des diverses altérations anatomiques des autres organes, dans la patliogénie des accidents graves chez les urinaires, elle est encore trop incomplètement déterminée pour que nous donnions place à ces dégénérescences, même parmi les causes probables de ces accidents.

Diagnostic, — Il est ordinairement des plus simples. II suffit d'être prévenu de la possibilité de ces accidents pour ne pas les confondre avec un accès de fièvre intermittente simple ou pernicieuse. La marche de la maladie et la nature des symptômes ne permettront pas à un chirurgien attentifde croire à une infection purulente ou à une intoxication putride.

Pronostic. — Les accès fébriles intermittents doivent toujours être considérés comme une complication des plus sérieuses. Admettons cependant que l'accès qui succède au cathétérisme soit léger, on ne devra pas avoir de crainte immédiate; mais il faut se rappeler qu'il est rare que l'on n'ait pas à répéter plusieurs fois la même opération, et bien que l'accès se reproduise assez souvent plus faible, et même ne se montre pas après la seconde ou la troisième tentative, il n'est pas rare de le voir, au contraire, se développer avec une violence extrême. Est-il besoin d'ajouter que la gravité des cas est en raison de la violence des accès, et que la mort peut être la conséquence d'une seule tentative de cathétérisme.

Traitement. — Existe-t-il un moyen de prévenir une semblable affection? Sanson, qui la redoutait beaucoup, avait toujours soin, toutes les fois qu'il éprouvait un peu de difficultés dans le cathétérisme, de faire prendre un bain à son malade. Ce moyen peut-il prévir les accès pernicieux? Le sulfate de quinine, administré à dose assez élevée, -40, 50, et même 80 centigrammes, avant toute espèce d'opération sur l'urèthre, rend-il plus rares et moins intenses les accidents dont nous venons de tracer le tableau; c'est un point sur lequel nous ne saurions nous prononcer d'une manière absolue. Nous pensons qu'un chirurgien prudent devra, si les premières tentatives de cathétérisme ont causé un malaise inusité, et à plus forte raison un frisson suivi de chaleur et de sueur, recourir à ces moyens et surtout au sulfate de quinine ; car si dans un grand nombre de cas le sulfate de quinine n'a paru produire aucun effet sur les accidents fébriles intermittents à la suite du cathétérisme, dans d'autres il a prévenu le retour de nouveaux accès, et M. Ricord^ en administrant ce médicament quatre ou cinq jours avant de pratiquer une opération sérieuse sur l'urèthre, aurait vu diminuer d'une manière notable les accidents qui se montrent si souvent dans son service.

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