III. — Valvules du col de la vessie
On désigne sous ce nom des excroissances, des saillies de diverses natures qui, placées au niveau du col vésical, gênent ou empêchent complètement l'excrétion de l'urine. Les unes sont dues à une hypertrophie de la prostate : nous en avons déjà parlé plus haut ; les autres sont constituées par une hypertrophie et par la rétraction des fibres musculaires du col vésical. Nous ne nous occuperons ici que de ces dernières.
Cette affection paraît avoir été étudiée pour la première fois par M. Mercier (1), qui en a parfaitement exposé le mécanisme, en a déduit nettement les conséquences et formulé le traitement qui lui est applicable.
Étiologie. — Les valvules musculaires du col de la vessie sont, dans l'immense majorité des cas, la conséquence d'une inflammation chronique de l'urèthre, ou d'un rétrécissement de ce canal : c'est cette circonslance qui nous a engagé à décrire l'histoire de cette affection après celle des rétrécissements.
Voici qn.el est le mécanisme par lequel se produirait cette espèce d'altération organique du col vésical. Le col vésical, au lieu d'être fermé par un anneau musculaire, le serait par des fibres disposées en anse, dont les deux extrémités seraient en avant et le milieu en arrière. La contraction de cette anse, ramenant en haut et en avant la partie postérieure et inférieure de la vessie, forme momentanément une soupape qui ferme l'urèthre et s'oppose à la sortie de l'urine; des contractions souvent répétées font passer cette soupape à l'état permanent.
Anatomie pathologique. — Dans quelques cas, la valvule est constituée par un simple pli membraneux, mince, lisse, presque transparent. Cette bride est-elle constituée par la membrane muqueuse adossée à elle-même? existe-t-il, comme le veut M. Mercier, des fibres musculaires dans son épaisseur ? Dans d'autres, la valvule est plus épaisse, ses bords sont arrondis, plus résistants. « Si on pratique, dit M. Mercier, une incision sur cette valvule, d'avant en arrière de son bord libre, sur sa base, on la trouve formée par un tissu blanc grisâtre quelquefois bleuâtre, et ce n'est qu'à une certaine profondeur que l'on rencontre le tissu prostatique : ce tissu fait donc évidemment partie du plan musculaire transversal ; ce qui le prouve, c'est
(1) Mercier, Recherches sur les valvules du col de la vessie, etc., 2* édit. Paris.
RÉTRÉCISSKMENTS DE L'URÈTHRE. 357
que si l'on prolonge Tincision sur le ti'igone, on le voit se continuer avec ce plan sans interruption, sans diflérence de couleur el de texture, et que si l'on se contente d'enlever avec une pince la couche très mince qui le recouvre, on le reconnaît facilement à ses fibres et à leur direction (1). »
La hauteur de la valvule est très variable; il en est de môme de sa direction : tantôt elle est à pic, tantôt inclinée en avant ; quand le bord du trigone est soulevé, la barrière perpendiculaire en avant présente un plan incliné à sa face postérieure.
Symptomatologie. — Lorsqu'il existe une valvule du col de la vessie, le bord postérieur de cet orifice s'avance vers l'antérieur en formant ;\ l'extrémité vésicale de l'urèlhre une sorte de soupape, libre seulement par son bord antérieur; il en résulte pour rendre l'urine une difficulté en rapport avec la saillie de la valvule : si celle-ci est assez élevée pour recouvrir le bord antérieur de l'orifice uréthral, le passage se trouve fermé, il y a rétention complète d'urine.
Les troubles de la miction varient non seulement avec la saillie de la valvule, car l'intensité de la dysurie est, toutes choses égales d'ailleurs, en rapport avec l'obsfacle, mais encore avec l'état d'inflammation et de congestion de la vessie et de Turèthre, l'état de spasme de l'anse musculaire ; et ce n'est que quand il existe de la contracture des fibres musculaires que les troubles deviennent plus uniformes.
Quoi qu'il en soit, on observe les symptômes suivants : les malades accusent de la douleur au niveau du col de la vessie; ils se plaignent d'élancements à l'extrémité de la verge : M. Mercier regarde ce signe comme beaucoup plus fréquent dans les cas de valvules de la vessie que dans les calculs ; ils ressentent dans les aines, sur le trajet des uretères, dans les régions lombaire et sacrée, un sentiment de gêne et de chaleur; la miction devient douloureuse et difficile; le jet est d'abord petit, entortillé, puis peu à peu augmente de volume et finit par sortir à plein canal et diminue plus tôt que de coutume; les malades sont obligés de faire de violents efforts d'expulsion pour achever de vider la vessie. Peu à peu les difficultés augmentent, les efforts sont plus considérables encore; les malades se dressent sur leurs pieds, se cramponnent aux meubles; des gaz et des matières fécales s'échappent par l'anus. M. Mercier a vu chez un malade une hernie s'étrangler deux fois à la suite de semblables efforts. Enfin l'urine s'écbappe, tantôt à plein canal, tantôt en formant un fd. fin, tortillé, bifide; dans certains cas le jet est continu, dans d'autres il est interrompu; enfin l'expulsion cesse, la vessie semble vide, et si cependant on introduit une sonde, on voit qu'il reste encore une certaine quantité
(1) Mercier, loc. cit., p. 52.
358 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL URINAIRE.
de liquide. La vessie se vide incomplètement, même dans le cas où la miction paraît encore se faire assez facilement. Voici comment M. Mercier explique ces divers phénomènes:
« Lorsque le réservoir de l'urine est distendu au delà de certaines limites, les points du pourtour de son col se trouvent tirés en sens inverse. Cet orifice, pour peu qu'il présente d'élasticité, se laisse entr'ouvrir. La contraction des parois vésicales et la pression exercée sur les viscères et les muscles de l'abdomen tendent à produire le même résultat. Mais lorsque l'évacuation d'une partie de l'urine a eu lieu, et que les organes sont fatigués par les efforts qu'ils viennent de faire, le bord postérieur du col de la vessie revient à sa place habituelle et recouvre le bord antérieur. Le malade urine donc dans presque tous les cas, mais dans presque tous les cas aussi il ne vide pas complètement la vessie, et le besoin d'uriner se reproduit d'autant plus vite que l'évacuation a été moins complète. Il arrive même un moment où les émissions se rapprochent de plus en plus et diminuent en même temps de quantité; il en résulte une sorte d'incontinence, qui n'est qu'un véritable regorgement. Qu'on ne s'y trompe pas, la vessie n'a pas besoin pour cela d'atteindre un grand volume, car souvent alors l'irritabilité ou la rétraction de ses parois ne le lui permettent pas; il suffît qu'elle ait atteint les dernières limites de son extensibilité : j'insiste sur cette remarque, parce qu'il n'est pas rare de voir des praticiens qui, ne rencontrant que dans ces cas les signes qui indiquent un grand développement de la vessie, croient avoir affaire à une incontinence : erreur bien fâcheuse, c;ir si l'incontinence est difficile à guérir, du moins elle ne provoque pas l'inflammation et la désorganisation des voies urinaires ; tandis que si l'on prenait pour tel un cas de regorgement, la stagnation de l'urine amènerait d'autant plus vite ces désordres que le traitement employé alors est presque toujours de nature à accélérer leur manifestation (1).
La présence de valvule au col de la vessie détermine encore des accidents sur lesquels nous n'avons pas à insister ici, car ils se rencontrent dans tous les cas oîi Ton observe la stagnation de l'urine : tels sont l'inflammation de la vessie et du col vésical, le développement de fongosités au niveau du col, l'hypertrophie du système veineux du col, disposition qui a été signalée d'une manière spéciale et décrite sous le nom ÛQvariceadu col delà vessie, les calculs, la dilatation et l'inflammation des uretères, des calices, la néphrite, etc. Du côté des organes génitaux, on constate des troubles assez importants : tels sont les pertes séminalesinvolontaires, l'engorgement du testicule, etc.
Si l'on introduit une sonde dans l'urèthre, les malades éprouvent
(1) Mercier, loc. cit., p. Hl.
RÉTRÉCISSEMENTS DE l/URETHRE. 359
€11 général de la douleur; quelquefois celle-ci n'est pas assez violente pour appeler l'allention ; mais souvent aussi elle est 1res vive, et augmente d'intensité au fur et à mesure que l'on approche du col vésical. Pour peu que l'extrémité de la sonde soit volumineuse, on sent au niveau du col de la vessie une résistance insolite. Le doigt introduit dans le rectum provoque, quand il presse sur les régions prostatique et membraneuse del'urèthre, une douleur assez distincte; la prostate paraît plus sensible et plus consistante.
Pour constater la présence de valvules au col de la vessie, M. Mercier se sert d'un cathéter spécial : c'est une tige métallique de 5 à 6 millimètres de diamètre, longue de 35 centimètres, droite dans presque toute sa longueur, courbée selon un angle de 100 à 110 degrés, à 12 ou 16 millimètres de son extrémité vésicale; l'extrémité externe de l'instrument présente une plaque polygonale, perpendi-
FiG. 45. — Sonde à béquille.
culaire à la direction de son bec. L'introduction de ce cathéter est un peu plus difficile que celle des sondes ordinaires ; «. lorsqu'elle arrive au col de la vessie, ce n'est pas par son extrémité, mais par sa face dorsale que le bec se présente à l'espèce de soupape qui ferme cet orifice : on peut donc user d'une certaine force pour soulever cette soupape, sans avoir à craindre de pénétrer dans son épaisseur (1). » Cette espèce de courbure présente en outre l'avantage d'éviter les fausses routes qui auraient été faites avec les instruments ordinaires. (( Pour pratiquer le cathétérisme avec ma sonde, dit M. Mercier, on peut se placer adroite ou à gauche du malade, et dans les deux cas on peut se servir de la main droite. La position à droite est toujours préférable pour la dernière partie de l'opération, qui est la plus délicate. Quand on introduit l'instrument à la manière ordinaire, son bec se porte bien plus encore que celui des algalies contre la paroi supérieure : aussi je conseille de l'introduire toujours de côté, c'esl-
(1) Mercier, loc. cit., p. 176.
360 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL URINAIRE,
à-dire de diriger toujours le pavillon vers l'aine; puis, sitôt que le bec est engagé dans la verge, de ramener la tige à 25 degrés environ de la verticale, et de pousser suivant une ligne qui, des doigts conducteurs, irait tomber sur le milieu de la portion recourbée. De cette manière, si l'on ne tient pas la tige trop fortement saisie, le bec se tournera de lui-même dans la direction du canal, et l'on aura en outre l'avantage suivant : quand on introduit ces sondes le bec tourné vers la paroi supérieure, c'est la paroi inférieure seule qui est obligée de se prêter à leur courbure, puisque la première est fixée dans toute sa longueur, tandis que les parois latérales, étant libres toutes deux, obéissent l'une à la pression du bec, l'autre à la saillie de l'angle ; de cette manière, le canal forme une espèce de zigzag, et la pression se trouvant partagée devient moins pénible. Lorsqu'on est arrivé au bulbe, il suffit d'incliner légèrement le pavillon vers l'abdomen pour tourner le bec du côté de la vessie, et de presser doucement au niveau du périnée pour l'engager dans la portion membraneuse. Alors commence le temps le plus délicat de l'opération.
» En effet, si l'on se contentait d'abaisser le pavillon, le bec, qui est très court, irait immédiatement arc-bouter contre la paroi pubienne de la portion membraneuse ; si l'on se contentait, au contraire, de pousser suivant l'axe de la tige, le talon se trouverait arrêté par la paroi postérieure. C'est donc d'une habile combinaison du mouvement d'abaissement avec celui d'impulsion que dépend le succès.
» Quand le col de la vessie conserve sa disposition et son élasticité naturelles, on le franchit avec beaucoup de facilité. Dans les cas, au contraire, oii il est contracté, son bord postérieur résiste, la partie recourbée de l'instrument est arrêtée, et vainement son talon presse contre l'obstacle. Il faut alors abaisser le pavillon vers les cuisses des malades, et en même temps qu'on pousse doucement la lige, de manière que la face dorsale de la portion recourbée marche en avant. H arrive un moment où la valvule se trouve soulevée; alors le talon passe par-dessus et entre dans la vessie. »
Diagnostic. — Le diagnostic des valvules du col de la vessie s'établira d'après les antécédents, d'après la nature des accidents éprouvéspar le malade, et surtout à l'aide du cathétérisme. S'il existe une saillie au niveau de la prostate, le bec du cathéter se trouve arrêté par la tumeur; il faut lui imprimer un mouvement d'ascension pour surmonter l'obstacle. Si l'on a affaire à une valvule de la prostate,, l'instrument n'est pas arrêté, mais il monte régulièrement et par degré, jusqu'à ce qu'il regarde directement en arrière, pour descendre ensuite à peu près de la même manière. Dans les cas de valvules musculaires, au contraire, le mouvement ascensionnel, lorsqu'il existe, est moins marqué. On comprend combien ces diverses nuances
KÉTRÉGISSEMENTS DE l'uKÈTIIRE. 361
sont difficiles à saisir, et combien sont incertaines les bases sur lesquelles repose le diagnostic. Toutefois, on peut dire que si l'on observe chez un malade âgé une affection présentant les caractères que nous venons d'assigner à celle qui nous occupe, il sera permis de supposer une affection de la prostate; tandis que si l'on est appelé auprès d'un sujet plus jeune, ayant présenté et ayant encore des signes d'inllanimation du côté des organes génitaux, on aura lieu de croire que la valvule est musculaire.
Pronostic. — Le pronostic de cette affection est grave, car le malade se trouve exposé à la rétention d'urine, en un mot à tous les accidents que déterminent les rétrécissements de l'urèthre.
Traitement. — Le plus souvent, le chirurgien est appelé auprès d'un malade affecté d'une valvule du col de la vessie; lorsqu il y a rétention d'urine, la première chose à faire est de vider la vessie. Ordinairement on peut y arriver à l'aide d'une sonde ordinaire; si l'on échoue, on appliquera des sangsues au périnée, on fera prendre un grand bain : ces moyens permettent, en général, l'évacuation d'une certaine quantité d'urine, et rendent le cathétérisme plus facile; mais ils ne sont que des palliatifs il faut détruire la valvule.
Quatre méthodes sont conseillées : 1° la compression ; ^° la cautérisation; 3° Y incision; A" l'excision.
l" La compression, faite à l'aide de l'instrument de M. Leroy (d'Étiolles) ou de Meyrieux, est plutôt conseillée dans les cas de tumeurs prostatiques que de ceux de valvules musculaires du col delà vessie; si elle peut conjurer les accidents, l'effet ne persiste que pendant un temps très court, aussi a-t-elle été abandonnée.
2" Cautérisation. — Elle est en général insuffisante pour détruire complètement l'obstacle ; elle peut cependant le diminuer et amender les symptômes. Malgré les perfectionnements que l'on a fait subir à cette méthode, elle a bientôt été remplacée par l'incision, qui seule pouvait faire disparaître complètement l'obstacle. La cautérisation n'est pas une opération grave; rarement elle se complique d'accidents sérieux. Quelquefois on observe une légère inflammation du testicule; d'autres fois la rétention d'urine augmente les premiers jours, mais on en triomphe facilement par le cathétérisme, les bains, les émollients.
3" Incision. — Un assez grand nombre d'instruments ont été imaginés pour faire l'incision des valvules du col de la vessie; nous ne pouvons les décrire, ni même les mentionner tous; ils sont d'ailleurs établis d'après les mêmes principes, c'est-à-dire ils sont composés d'un tube en forme de cathéter, et qui renferme une lame que l'on fait saillir lorsqu'on est arrivé au niveau de la valvule. Nous dirons seulement quelques mots de l'instrument de M. Mercier : il a
la forme de la sonde exploratrice du même chirurgien; dans l'épaisseur de latige, tout près de l'angle de courbure, se trouve une lame A,
FiG. 46. — Inciseur de Mercier.
que l'on peut faire saillir à volonté de 2, 3, 4 et même 6 millimètres, sans que cependant la pointe de cette lame se dégage complètement de l'épaisseur du bec. Lorsque l'instrument est ouvert au maximum, le tranchant de la lame représente une ligne qui, partant de la tige à 15 millimètres de l'angle, irait tomber à peu près sur le milieu du bec.
Lorsqu'on l'introduit dans la vessie, on explore le col comme avec le cathéter, on tourne le bec directement en arrière, et on l'attire jusqu'à la valvule. Après s'être assuré de l'état des choses, on le repousse dans la vessie d'une quantité égale à la longueur de la lame, et l'on ouvre celle-ci de 4 millimètres, terme moyen. Il suffit alors de retirer rmstrument jusqu'à ce que son bec soit arrêté sur le col de la vessie pour opérer la section de la valvule de son bord libre vers son bord adhérent. Si l'on veut faire des incisions latérales, on répète la même manœuvre, le bec tourné en arrière, mais dans la direction des diamètres obliques du bassin. Quand les incisions nécessaires sont faites, on ferme la lame, on tourne le bec en avant et on relire l'instrument.
Souvent la valvule fuit devant la lame, aussi M. Mercier a-t-il inventé un autre instrument.
C'est sa sonde à petite courbure renfermant dans le talon une lame courbe, tranchante dans toute sa circonférence. On peut couper la valvule de dehors en dedans en poussant la lame en B de dedans en
FiG. 47, — Inciseur de Mercier.
dehors, en attirant en A. Dans la première méthode, le talon de Fin-
RÉTRÉCISSEMENTS DE l'uRÈTIIRE. 363
strumenl est appuyé sur le côté uréthral de la valvule; dans la seconde, on introduit la sonde dans la vessie et Ton vient appuyer la portion concave C de l'inciseur contre le bord de la valvule et l'on tire alors la lame de dedans en dehors.
-4° Excision. — Pour pratiquer l'excision, M. Mercier a fait construire l'appareil suivant : c'est un brise-pierre dont les branches creuses ont des rebords tranchants comme un emporte-pièce, une
FiG. 48. — Exciseur de Mercier.
aiguille B en forme de flèche se trouve ajustée à la branche mâle. On introduit l'exciseur dans la vessie, puis on retourne le bec en bas, et retirant la branche mâle en arrière, on la fait venir se placer dans le canal, en avant de la prostate. On referme l'instrument, la flèche pique la valvule et serrant fortement les deux cuillers, on sectionne un morceau de la valvule.
Après cette opération, est-il nécessaire de placer une sonde dans la vessie afin de prévenir la réunion des bords de l'incision, et par conséquent la reproduction de la valvule? M. Mercier laissait autrefois une grosse sonde en place pendant sept ou huit jours; mais il a reconnu l'inutilité de cette précaution. Il est des cas, d'ailleurs, où l'urèthre enflammé et très sensible ne pourrait recevoir une sonde en permanence.
La douleur que cause cette opération est très légère ; l'incision se trouvant limitée à la saillie de la lame ne saurait être assez profonde pour laisser après elle de l'incontinence d'urine.
Le seul accident qu'on ait à redouter est l'hémorrhagie, et encore est-il bien rare qu'elle soit assez abondante pour être un sujet d'inquiétude. En général, le surlendemain, l'urine est à peine teinte; au bout de cinq ou six jours, toute trace de sang a disparu. Si l'écoulement sanguin était trop abondant, on y remédierait par les applications froides au 'périnée, des injections froides dans la vessie, la compression à l'aide d'une grosse sonde ou d'un compresseur à air, ou par la cautérisation des lèvres de la solution de continuité avec l'azotate d'argent.
364 AFFECTIONS DE L'aPPAREIL URINAIKE.
Quelquelois les malades sont tourmentés par du ténesme vésical; mais ce symptôme disparaît en général avec assez de rapidité.
§ IV. — Névralgies de l'uréthre.
On désigne sous ce nom une affection causée par une augmentation delà sensibilité de l'arèthrejelle est idiopathique, ou symptomatique d'une affection de l'appareil urinaire, génital, etc.
Étiologie. — Les névralgies de l'uréthre se montrent quelquefois à la suite d'excès vénériens, d'émotions vives, d'irritation prolongée du canal de l'uréthre ou du col de la vessie, d'une affection de l'utérus ou du rectum. Cet état s'observe principalement chez les individus très impressionnables, chez ceux dont le système nerveux a été fortement ébranlé ou qui sont épuisés par des excès vénériens. Les affections de la prostate, de la vessie, de l'uréthre, sont souvent accompagnées, d'une excessive sensibilité du canal, laquelle ne peut être attribuée qu'à de la névralgie.
Toutes les régions de l'uréthre ne sont pas également susceptibles^ t ne deviennent pas avec une égale facilité le siège des affections névralgiques : celles qui sont le plus rapprochées de la vessie sont lus particulièrement influencées par les excès vénériens; les portions du canal qui sont en rapport plus immédiat avec les plan* musculaires qui entourent le canal sont assez souvent affectées de névralgies.
Symptomatologie. Diagnostic. — Quelles que soient les parties qu'ellesaffectent, les névralgies de l'uréthre offrent, dans l'immense majorité des cas, des symptômes tellement obscurs qu'il est impossible de porter un diagnostic précis; il s'agit, en effet, de distinguer une douleur idiopathique d'une douleur symptomatique, et, dans ce dernier cas, de déterminer la cause qui a produit celte douleur. Toutefois on. sera autorisé à croire à une névralgie idiopathique lorsque les douleurs se présenteront avec les caractères d'intermittence et de périodicité qui appartiennent à toutes les affections nerveuses.
Les malades affectés de névralgie uréthrale accusent une sensation de chaleur le long du canal, avec douleur occupant surtout Textrémité de la verge, et plus tard se propageant au pubis, aux aines, au sacrum,, et jusque dans la région lombaire. Les crises tantôt n'ont rien de fixe, tantôt apparaissent à des époques périodiques et régulières, à des intervalles plus ou moins éloignés; quelques-unes affectent le type quotidien, d'autres se montrent tous les huit jours et même tous les mois. Elles se développent quelquefois sans cause appréciable ; quelquefois la cause en apparence la plus futile détermine des douleurs-
POLYPES DE l'uRÈTHRE. 365
très aiguës. Nous avons déjà parlé de ce malade affecté d'un calcul de la vessie, et qui ressentait des douleurs extrêmement vives lorsqu'il buvait; pendant son repas, la première ingestion de liquide provoquait seule de la douleur; dès que la crise était passée, il se remettait à table, et n'éprouvait plus le moindre accident.
Kn général, les accès sont d'autant plus rapprochés que la maladie est plus ancienne ; dans quelques cas, ils s'accompagnent de difficultés d'uriner; dans d'autres, le contact de l'urine avec la membrane muqueuse du canal détermine des douleurs excessives.
Pronostic. — La névralgie n'est pas grave par elle-même, mais elle est subordonnée aux causes qui ont pu la produire. Est-elle la conséquence d'une affection des organes urinaires, elle augmentera avec la maladie qui l'a produite, mais aussi elle disparaîtra avec celle qui lui a donné naissance.
Traitement. — Il consiste à combattre la cause de la névralgie. Dans les névralgies idiopathiques, on a conseillé de diminuer la sensibilité de l'urèthre en passant de temps en temps dans "le canal une sonde qu'on laisse en place pendant quelques minutes, de faire des injections dont on abaisse graduellement la température, de cautériser le trajet du canal avec l'azotate d'argent. Dans les cas plus rebelles, il pourra être utile d'employer les dérivatifs à la peau, tels que vésicatoires, frictions stibiées, etc. ; ces applications seront faites surtout à la région périnéale, à l'bypogastre. Des dérivatifs sur le tube digestif, les injections narcotiques, l'opium à l'intérieur pourront quelquefois procurer du soulagement. Enfin, lorsque la névralgie se montrera d'une manière périodique et régulière, le sulfate de quinine pourra donner d'excellents résultats.
§ V. — Polypes de l'urèthre.
Les polypes de l'urèthre sont assez rares, et cette affection avait à peine, jusque dans ces derniers temps, appelé l'attention des observateurs. Parmi les travaux les plus importants publiés sur ce sujet : citons un travail de Nicod (1), un article de M. Velpeau inséré dans le Journal hebdomadaire en 1836, un travail de M. Schutzenberger (de Strasbourg), enfin un mémoire de M. A. Forget (2).
Anatomie pathologique. — On trouve sur la membrane muqueuse de l'urèthre une petite tumeur de consistance charnue, d'un rouge vif, quelquefois grisâtre, très vasculaire, saignant très facilement, présen-
(1) Nicod, Traité des polypes et autres carnosités de Viirèthre. Paris, 1835.
(2) Bulletin de thérapeutique, t. XXVI, p. 431, 1844.
tant une surface lisse se continuant sans ligne de démarcation avec la membrane muqueuse de l'urèthre. Cette tumenr est tantôt sessile, tantôt elle est supportée sur un pédicule plus ou moins allongé; elle occupe, en général, la paroi inférieure de l'urèthre; quelquefois on l'a rencontrée sur la face supérieure ou sur les parties latérales du canal; le plus souvent elle est implantée au voisinage du méat, cependant elle est quelquefois plus profonde. M. Espezel a vu une tumeur polypeuse située à 3 centimètres du méat. Le volume des polypes de l'urèthre ne dépasse pas, en général, celui d'un pois ou d'une cerise. M. Velpeau en a vu un dont les dimensions rappelaient celles d'un œuf. Ordinairement solitaires, ces productions peuvent être multiples ; souvent alors elles se compriment mutuellement, et sont aplaties par leurs faces qui sont en contact. Le canal de l'urèthre de l'homme renferme des polypes, qui, comme chez la femme, sont situés au niveau du méat et dans la fosse naviculaire; on y rencontre, en outre, des végétations dans la portion spongieuse et dans la portion membraneuse ; celles-ci sont-elles de véritables polypes ou la conséquence d'une inflammation chronique de l'urèthre ? Nicod en a rapporté un assez grand nombre d'observations.
Symptomatologie. — Chez l'homme, les carnosités de l'urèthre ne se manifestent par aucun symptôme autre que ceux qui appartiennent aux rétrécissements de ce canal : aussi cette affection est-elle souvent considérée comme une variété des rétrécissements organiques. Nous n'insisterons donc pas sur ce point, qui a été étudié plus haut, nous ne décrirons que les symptômes des polypes de l'urèthre de la femme.
Quelquefois les polypes de Turèthre ne causent aucune souffrance, mais le plus souvent ils déterminent des douleurs assez vives, soit spontanément, soit à la suite de la miction ou des froissement répétés. Nous avons vu une malade chez laquelle un polype de la grosseur d'un petit pois rendait le coït complètement impossible, à cause des douleurs qu'il déterminait. L'excrétion de l'urine est presque toujours difficile, tant à cause de la douleur qu'elle' occasionne que de l'obstacle mécanique apporté par la présence même de la tumeur; la vessie se vide incomplètement; les envies d'uriner sont plus fréquentes; enlin il n'est pas rare de voir des urines sanguinolentes.
Étiologie. — Si l'on recherche la cause des polypes de l'urèthre, on voit que cette affection est aussi obscure dans son étiologie que toutes celles du même ordre; à part ses carnosités consécutives aux inflammations chroniques de ce canal, il est impossible de savoir l'origine des polypes. Ces productions paraîtraient se développer entre l'âge de dix et de trente ans, c'est-à-dire dans la période de plus grande activité des organes de la génération. On les observe bien plus souvent chez la femme que chez l'homme.