OVARIOTOMIE
doit exiger une large issue pour s'échapper au dehors ; encore môme dans ces cas le drainage, avec injections antiseptiques, serait appliqué avec plus de proût pour la malade.
Il en est de même du séton (deux ouvertures faites à la paroi abdominale). Delpech a eu un succès par ce moyen, et Ricord, dans un autre cas, fit une ponction à la paroi du ventre et pratiqua une seconde ouverture dans le vagin. En somme, ce moyen peut être considéré comme méthode de nécessité, non de cAotx, et ne saurait être conseillé que tout à fait exceptionnellement.
f. Oyàriotomie. — Elle a pour but l'extirpation d'un ovaire (ovariotomie simple) ou des deux ovaires (ovariotomie double) malades*
On peut la pratiquer parle vagin (ovariotomie vaginale) (1), mais c'est la voie abdominale (ovariotomie abdominale) qui est la seule usitée aujourd'hui; aussi est-ce celte dernière que nous décrirons en détail.
A la fin de 1856, dans la célèbre discussion qui eut lieu à l'Académie de médecine sur le traitement des kystes de Vovairet Velpeau s'exprimait ainsi :
« Je repousse donc l'extirpation que j'avais peut-être quelque tendance à admettre en 1839. N'envions pas l'ovariotomie à nos confrères d'Amérique : c'est une opération affreuse > qui doit être proscrite , quand bien même les guérisons annoncées seraient réelles.. « »
Six ans plus tard, en 1862, dans une communication à la même société savante, Nélaton prononçait les paroles suivantes : * Je crois donc pouvoir, dès aujourd'hui, affirmer que r ovariotomie entrera prochainement dans notre pratique , et alors sur ce point, comme sur tous les autres, les chirurgiens français n'auront rien à envier à leurs confrères d'outre-Manche. »
Notre maître ne s'était pas trompé : aujourd'hui l'ovariotomie est entrée chez nous dans la pratique courante, et nous devons même
regarder comme une des plus belles conquêtes de la chirurgie moderne.
(1) L'ovariotomie vaginale (thèse de Mignon, 1878) peut se tenter quand la tumeur descend très bas dans la cavité pelvienne, qu'elle vient faire une saillie nettement fluctuante par le vagin, et qu'il est difficile de la refouler dans la cavité abdominale : encore, dans ce cas, est-il à craindre que des adhérences plus ou moins solides, pelviennes et utérines, rendent l'extraction très laborieuse, sinon impossible. Voici les principaux temps :
1* Introduction de deux spéculums de Sims, la malade étant dans la position de la litbotomie.
2* Incision dans l'espace qu'ils bissent libre, c'est-à-dire dans le cul-de-tac vaginal postérieur.
3* Ouverture du cul-de-sac de Douglas, évacuation du kyste ou des kystes; destruction des adhérences à l'aide de la main (temps long et laborieux).
4° Drainage.
William Goodell (American gynecological Transactions et Annales de gynécol., oct. 1878, p. 313) a obtenu un succès par ce procédé, mais la malade a couru les plus grands dangers.
Historique, aperçu statistique. — Si c'est un chirurgien français, Laumonier (rie Rouen) (1), qui en 1776 pratiqua l'extirpation d'un ovaire malade, nous devons toutefois reconnaître que ce ne fut qu'accidentellement, car l'ouverture du ventre avait pour but d'évacuer le contenu d'une vaste cavité purulente. — La malade guérit.
C'est Ephraïm Mac Dowell (de Dansville, Kentucky) (â) qui, en décembre 1809, tenta le premier l'ovariotomie d'une façon régulière sur une négresse et obtint un succès complet. Ledran, Delaporte, Houston , John Bell, avaient déjà émis l'idée qu'on devrait, dans certains cas déterminés- de kystes de l'ovaire, adopter comme méthode de traitement l'incision et l'extirpation de ces kystes, mais ils n'avaient pas mis cette théorie en pratique. — Mac Dowell fit 13 ovariotomies et eut 8 guérisons.
Dès 1819 de nouvelles tentatives se répètent, principalement en Amérique, en Angleterre, et aussi en Allemagne. Nous devons citer à ce propos Ghrysmar, de Wurtemberg (1819 et 1820), Natham Smith, du Gonnecticut(1822), W. L. Àtlee, de Philadelphie, Dunlop Lizars, d'Ecosse (1823), qui obtinrent plusieurs succès.
De 1809 à 1833, cette opération fut faile tant en Amérique qu'en Angleterre et en Allemagne 23 fois, 9 fois avec succès (3).
A partir de 1833, l'ovariotomie commence à prendre du développement, toujours en Amérique, et chez nos voisins d'outre-Manche. De 1840 à 1842, Ch. Clay (de Manchester) compte 3 succès sur 4 opérations, et donne en 1849 (4) une statistique portant sur 31 cas avec 22 guérisons, et qui vient après celle de Stafford Lee (1846), comprenant 114 faits, dont 74 succès.
Robert Lee, en 1850, s'en montre cependant peu partisan : il apporte à la Société médico-chirurgicale de Londres une statistique de 168 cas (5), et, dans le cours de la discussion qui s'engage, il regarde l'ovariotomie comme un meurtre, et accuse même les statistiques anglaises d'être mensongères.
En France, cette opération a bien de la peine à s'acclimater, et l'opinion d'un homme comme Robert Lee, jointe aux résultats peu encourageants de l'Allemagne (Langenbeck, Kiwisch, Dieffenbach, etc.), n'était pas faite pour en augmenter les partisans. Nous consignons, nous lisons les faits qui nous viennent des chirurgiens étrangers» mais nous doutons encore et n'avons guère de tendance à les imiter.
(ti Laumonier, Observ. sur un dépôt de la trompe et sur l'extirpation de Vovatre, in Hùt. de la Soc roy. de méd.t 1782, t. V, p. 296. (2) E. Mac Dowell, London Med. Reposit. and Review, 1826. (S) Ch. Bernard, Mém. Arch. génér. méd., oct. 1858, p. 463, et Chéreau, toc. cit.
(4) Ch. Clay (de Manchester), ObsUtric Record, 1849, t. II.
(5) Robert Lee, Transact. Med.-chirurg., 1851, t. XXXIV.