ULCÉRATIONS DU COL DB L'OTÉRUS
continue pendant tout l'intervalle d'une époque à l'autre ; dans ce cas, il est souvent fourni par l'ulcération fongueuse elle-même.
La stérilité est très fréquente chez les femmes affectées d'ulcérations de l'utérus. On a invoqué, pour l'expliquer, l'obstruction du col par le gonflement du tissu ou par les mucosités catarrhales, et l'action délétère de ces mucosités sur les zoospermes. Cependant on voit quel* ques femmes devenir enceintes malgré des ulcérations très étendues ; mais en général la gestation est plus pénible, et Vavortement en est quelquefois la conséquence.
Le toucher et l'exploration au spéculum permettent de se rendre un compte exact des diverses modifications de structure et de forme qu'a subies le col utérin. Selon J. Boys de Loury et H. Costilhes (1), la tuméfaction est due à cette inflammation chronique.
Nous devons signaler les trouble* fonctionnels que Ton observe surtout du côté des voies digestives. Les malades perdent l'appétit, montrent des goûts bizarres et dépravés ; la région épigastrique est douloureuse ; il y a des nausées, des vomissements. Dans d'autres cas, les malades se plaignent d'un appétit insatiable* 11 existe souvent une constipation opiniâtre. Sous l'influence de ces désordres, les malades perdent leurs forces, maigrissent, et présentent tous les caractères de l'anémie et de la chlorose.
Les érosions du col peuvent môme être la cause de névroses réflexes graves. Ainsi Engelmann, dans \e Saint-Louis clinical Record de 1878, a appelé l'attention sur une variété d'hystéro-épilepsie due à des phénomènes réflexes dépendant exclusivement de maladies utérines et disparaissant après un traitement local de cet organe (2). Notons aussi la paralysie des membres inférieurs (3). Enfin il est assez fréquent de voir l'urine devenir trouble et laisser déposer une quantité notable d'urate ou de phosphate d'ammoniaque, conséquence de l'affaiblissement général produit par les désordres digestifs.
Etiologie. — Les anciens gynécologistes, et parmi eux Lisfranc, Hécamier, etc., prétendaient que la métrite n'était rien, l ulcération était tout; les modernes prennent la contre-partie, et disent : r ulcération n'est n'en, la métrite est tout, et parmi eux Aran, West, Bennet, Courty, Nona, Gallard, Gosselin (4). Il y a certainement exagération de part et d'autre; mais nous croyons toutefois que les ulcérations du col, dans
(1) J. Boys do Loury et H. Costilhes, Recherchée cliniques sur Us inflammations de V%tèrus% etc., in Ga%. mid. de Paris, 1845. p. 369 et suiv.
(2) Playfair, Noies additionnelles sur le traitement systématique de ta prostration ' nerveuse et de r hystérie liée à une affection chronique de Vutérus, in Lancet, 10 décembre 1881.
(3) Brown Sequard, Leçons sur les paralysies des membres inférieurs, trad. par Gordon. Paris, 1860.
(4) Gosselin, Clinique chirurç. de la Charité. 3* édition, Paris, 1878.
la majorité des cas, sont un épiphénomène d'une autre affection, principalement la métrite chronique.
Elles surviennent à la suite de toutes les irritations locales chez des femmes affectées d'une diathèse générale, scrofule, syphilis, herpès assez souvent, comme l'a démontré Queneau de Mussy (1), ou sous Tin* fluence du tempérament lymphatique (ulcère scrofuleux, scorbutique* dartreux, syphilitique, rongeant, phagédénique et diphthéritique (Courly), etc.) ; grossesse, déchirures du col à la suite de l'accouchement (2), déviation utérine (surtout l'abaissement), pessaires, leucorrhée intense, catarrhe utérin, sont autant de causes provoquant les ulcérations du col.
Wing (de New- York) ne croit pas que ce qu'on appelle ulcération en soit bien réellement une; il pense qu'elle est le résultat de l'écoulement caUrrhal, de l'endométrite, comme l'excoriation de la lèvre supérieure est le résultat de l'écoulement du coryza. A cette cause il en ajoute une autre, réversion des lèvres du museau de tanche par suite de leur déchirure et leur gonflement hypertrophique, comme dans l'ectropion.
Aimé Martin et de Fourcauld dans sa thèse inaugurale (1877), ont décrit une lésion spéciale du col dans la syphilis secondaire sous le nom d1 hypertrophie exulcérative du col : la première période est hypertrophique, la seconde exulcérative. L'influence de la syphilis sur le développement des diathèses est, comme Ta démontré Gueneau de Mnssy, de la plus grande importance, et lu métrite du col chez les syphilitiques est loin d'être rare ; elle doit offrir diverses variétés selon le sujet : l'hypertrophie exulcérative du col en est une.
Les ulcérations se montrent le plus souvent de vingt-cinq à trente ans, c'est-à-dire chez des femmes menstruées; mais après la ménopause elles deviennent beaucoup plus rares. Bennet en a observé chex des jeunes filles de seize ans ; mais ces faits sont insolites. Demarquay et 0. Saint- Vel (3) ont consacré un article spécial à la métrite chronique chez les vierges.
Pronostic — Les ulcérations par elles-mêmes ne compromettent pas la vie; mais par les désordres qu'elles provoquent du côté des voies digeslives, par les douleurs qu'elles occasionnent, par la leucorrhée incessante qui en est la conséquence, par les troubles delà menstruation, elles finissent par détériorer la constitution des malades et par les jeter dans un état de prostration et de marasme dont les suites peuvent devenir fâcheuses (4).
(I) Gueneau de Mussy, De Vfierpétisme utérin, in Arch. de méd.t 1871.
{$) L. Jacquelot, Contribution à l'étude des déchirures du col de Vutérus, thèse inaof 1 Paris, 18K4, Emmet, American Journal ofObstetric, 1874, et Principes and Praciiceof Gynecology, p. 445.
{'h Demarquay et 0. Saint-Vcl, Traité clinique des maladies de l'utérus, \8H>, p. 104.
(4) II. Cloxicr, De la stérilité dans ses rapports avec l'inflammation chronique de la muqueuse du canal cervical, thèse inaug., n* 80. Paris, 1881.