AFFECTIONS DU VAGIN. — VICES DE CONFORMATION
(Barnes), Yincision ne sera pratiquée que dans les cas d'absolue nécessité, et surtout si l'étroitesse du vagin était de nature à rendre l'accouchement impossible. Il va sans dire que les brides ou cicatrices vicieuses entravant les fonctions de l'organe et pouvant être une cause de stérilité, seront sectionnées, disséquées avec soin, et que, pour éviter leur reproduction, on fera suivre ces débridements d'une dilatation progressive bien conduite.
Nous avons eu à traiter à la fin de 1883, à Saint-Mandé, une femme présentant au fond du vagin des brides cicatricielles rétrécissant ce conduit et qui avaient eu pour causes l'application de tampons de perchlorure de fer laissés pendant très longtemps (bémorrhagie suite d'accouchement, il y avait 14 ans). Ces brides étaient dures, fibreuses, très résistantes, et il existait entre elles et le col de l'utérus une dilata- Won du segment profond du vagin, dont la muqueuse enflammée chroniquement fournissait un écoulement continuel et fétide, mêlé parfois à du sang. Ce dernier était dû à l'état granuleux du vagin au niveau de cette dilatation postérieure. L'opération consista à sectionner ces brides, à dilater pendant longtemps leurs surfaces cruentées pour éviter la reproduction du rétrécissement, et à modifier la face granuleuse profonde du vagin par des cautérisations (chlorure de zinc au 1/10*), des pansements modificateurs et des lavages antiseptiques.
c. Rétrécissement par imperforation de r hymen.
Thèses de Ledru (1), de A. P. F. Roze (2), Serrière (3) ; travaux de A. Puech (4), P. Gillette (5), Budin (6).
Cette anomalie passe inaperçue jusqu'au moment de la menstruation (7). En effet, à cette époque, la jeune fille éprouve tous les symptômes physiologiques ordinaires, malaises, coliques, céphalalgie, et rien cependant ne parait (aménorrhée) ; ces symptômes se renouvellent tous les mois, et toujours sans résultat. Bientôt le sang s'accumule dans le vagin et dans la cavité utérine; les coliques deviennent plus vives; les seins se gonflent; il y a rétention d'urine; l'utérus se développe et vient saillir au-dessus des pubis, au point que Von est tenté de croire à une grossesse. Nous avons rapporté dans notre mémoire
(t) Ledru, De la membrane appelée hymen, thèse. Paris, n* 231. 1855.
(*) A. P. P. Roie, De V hymen, th. Strasbourg, 2* série, n" 872, 1865.
(3> Serrière, De Cimperforatton de la membrane hymen, th. Paris, n° Utf, 1866.
(4) A. Puech, Atritie, etc., loc. cit., et in Ann. 4e gynécol., sept. 1874, t. II, p. 200.
(5) P. Gillette, De Cimperforation de r hymen au point de vue clinique et opératoire, in Ann. de gynécol., mai et juillet 1874.
(6) Budin, in Ann. de gynécol., 1882.
(7) Si l'oblitération n'est pas absolue, ce ne sont que des phénomènes de dytménorrhée qui se produisent et les menstrues peuvent s'échapper goutte à goutte, itillieidium mensium.
plusieurs cas dans lesquels cette erreur s'était accréditée jusqu'au moment où l'intervention a été urgente.
Le sang des règles, s'accumulant, forme une tumeur qui augmente à chaque époque menstruelle, repousse en avantla membrane hymen et l'applique sur le canal de l'urèthre. On sent par le palperabdominal une espèce de boudin mou et élastique formé par la dilatation des trompes.
Alors les douleurs prennent un caractère d'acuité excessive : les malades sont en proie & des coliques qui partent des lombes et irradient dans tout l'abdomen ; les traits sont crispés, et l'agitation est extrême.
Ce vice de conformation est facile à reconnaître : si l'on écarte les grandes et les petites lèvres, on trouve le vagin oblitéré par une saillie convexe formée par la membrane hymen que le sang menstruel refoule en avant. Cette tumeur, qui devient plus proéminente par les efforts, est molle, pâteuse, persistante, et la palpation abdominale, le toucher rectal, le cathétérisme et la pression exercée sur la tumeur confirment le diagnostic.
Quelquefois tous les accidents cessent par la rupture spontanée de la membrane; mais le plus souvent il est indispensable de donner issue au sang, dont la rétention peut amener les troubles les plus sérieux et môme la mort.
Traitement. — L'intervention est facile : on fait à la membrane hymen une ponction avec un gros trocart, ou une incision à l'aide du bistouri; dans ce dernier cas il est indiqué de pratiquer aussitôt après une petite excision des deux lèvres de la plaie pour l'empêcher de se cicatriser. Aussi, afin d'éviter cet inconvénient, je conseille d'inciser avec le thermo-cautère (comme je viens de le faire tout récemment chez une Italienne de dix-sept ans) : de cette manière l'ouverture se maintient béante et l'excision est évitée. Il est inutile d'employer les mèches ultérieurement, et il suffit pendant les jours qui suivent d'introduire l'extrémité du doigt ou une grosse sonde.
Une fois l'ouverture pratiquée, il s'écoule un flot de sang ou plutôt de liquide épais sans caillots, poisseux, noir et semblable à du méconiwfîij dont la quantité varie de quelques onces à cinq ou six litres; on laisse l'écoulement se faire de lui-même sans exercer aucune pression sur la région hypogastrique. — Les suites sont simples : repos complet, aucune malaxation du ventre; lavages de la poche avec un liquide antiseptique, mais en évitant de le pousser trop fort pour se mettre à l'abri des accidents du côté de l'utérus, des trompes, du péritoine et des phénomènes de septicémie.
On a cependant constaté des accidents à la suite de cette opération: ainsi de Haen a vu survenir la péritonite, et Nélaton également. Dans