ABCÈS DE L'AISSELLE
suppuration est formée en quatre jours au moins ou sept jours au plus.
Les adénites se terminent parfois par résolution ou induration, mats ceci est rare, et il ne faut pas y compter. Plus tard, du reste, l'induration du ganglion, au moindre effort, devient le siège d'une nouvelle inflammation, et il se forme un abcès tardif.
Les adénites axillaires sont faciles à distinguer des angioleucites, à cause de la différence de marche, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Les abcès hématiques et les abcès consécutifs à l'inflammation de la bourse séreuse située sous l'omoplate se distinguent à leur cause, — un coup, un refroidissement, — à leur étendue, tandis que les adénites ont toujours pour origine une écorchure ou une inflammation antérieure de la main, du membre supérieur ou du sein.
Étiologie. — Pronostic. — Les causes des adénites et des angioleucites axillaires sont les mêmes que celles des adénites et angioleucites dans les autres points du corps.
Le pronostic est peu grave ; les adénites axillaires sont très nombreuses, et jusqu'ici je n:ai pas observé un seul cas de mort.
Traitement. — Sans nous arrêter à la discussion entre Sabatier et Lamotte, qui conseillaient, l'un d'ouvrir de bonne heure, l'autre d'attendre que l'abcès soit bien mûr, nous rapporterons ce que l'on pensait jadis. Une petite incision ne remplirait qu'imparfaitement le but, ne permettrait pas au foyer de se vider facilement, et Ton pourrait encore craindre des décollements. La compression du foyer pourrait permettre de chasser le pus, mais il se formera un vide, l'air pénétrera dans la cavité, et l'on aurait lieu de redouter tous les accidents que l'on observe lorsque l'air séjourne en contact avec du pus. Une large incision dans la partie la plus déclive du foyer, avec absence de toute compression, tel est le moyen que nous conseillons pour vider ces abcès. Les chirurgiens partisans des incisions étroites invoquent l'importance et le nombre des vaisseaux axillaires; mais les nerfs et les vaisseaux les plus importants sont logés dans la paroi externe de l'aisselle, entre le grand pectoral et le grand dorsal, appliqués sur l'humérus. Si donc on dirige le bistouri de manière que son tranchant soit vers la cavité thoracique, et si on le plonge vers le tiers interne de la base de l'aisselle, on n'aura point à redouter d'hémorrhagie. Les branches que l'on pourrait atteindre avec le bistouri sont celles qui vont se rendre au grand et au petit pectoral, et elles n'offrent pas assez d'importance pour que leur lésion doive faire craindre ces larges ouvertures. Voici ce qu'il y a de mieux. On doit faire une incision de un centimètre, et l'on introduit un drain plié en deux jusqu'au fond du foyer; on laisse le drain quatre à six semaines, et l'on évite ainsi toutes les complications et les décollements si redoutés autrefois.
Les adénites de l'aisselle sont mûres, c'est-à-dire que la fluctuation
y existe, du dixième au treizième jour (1) ; l'œdème de la peau qui existe à ce moment indique que le pus est réuni au foyer. Ace moment on peut inciser. L'incision doit toujours être faite perpendiculaire au pli de l'aisselle. L'ouverture prématurée des adénites a un inconvénient : elle peut éterniser la suppuration, parce que l'on ouvre souvent un ganglion sain pour arriver sur le foyer purulent ; d'autres fois on coupe des vaisseaux qui donnent des hémorrhagies importantes. Que le chirurgien se rappelle donc ce précepte d'ouvrir \t> adénites seulement du onzième au treizième jour, suivant le degré de profondeur du ganglion malade.
Lorsque l'abcès occupe le sommet de l'aisselle, la fonte purulente du tissu cellulaire détermine une excavation profonde dont les parois ne peuvent être rapprochées, et qui au contraire s'écartent dans les mouvements du membre supérieur, de manière à détruire tout le travail de cicatrisation ; des fistules sont le résultat de cette disposition. La guérison de ces fistules est assez difficile à obtenir. Évidemment on l'obtient plus facilement en condamnant le bras à l'immobilité; mais ce moyen a l'inconvénient de souder des parties qui naturellement sont assez éloignées les unes des autres et doivent jouir d'une grande mobilité pour permettre l'écartement du bras. Malgré la raideur et la gêne qui résultent de ce mode de traitement, c'est encore le meilleur moyen dont on puisse faire usage. On a employé la compression : ce moyen, en rapprochant la base de l'aisselle des partieprofondes, a dans quelques cas été suivi de succès. On a vu quelquefois ces fistules guérir spontanément lorsque les malades prennent de l'embonpoint. Le régime substantiel était à ce moment recommandé, aujourd'hui tout cela est inconnu ; le drainage imaginé par Chassaignac a rendu, pour le traitement des adénites axillaires, des service* incalculables, parce que l'écoulement régulier du pus n'entrave plus la réparation rapide de la cavité de l'abcès.
Il est possible de faire avorter les adénites axillaires. Lorsque le chirurgien est consulté dans les deux premiers jours, il doit appliquer huit sangsues. Cette émission sanguine peut arrêter l'inflammation. Mais il faut en même temps panser les plaies de la main ou des doigts. Passé le deuxième jour jusqu'au cinquième, un vésicatoire volantpeot encore arrêter l'inflammation; le vésicatoire aurait encore, suivaol Velpeau, l'avantage de limiter l'inflammation. Le vésicatoire appliqué dans ce cas doit être pansé avec des cataplasmes.
A partir du cinquième jour, on panse avec des cataplasmes en attendant la formation du pus.
Lymphorrhagie consécutive aux adénites de l'aisselle. — Les abcès
(1) Després, Chirurgie journalière, X* édition, p. 6