ONGLE INCARNÉ
Étiologie et Mecarismb. — Les chirurgiens ont invoqué plusieurs théories pour expliquer le développement de celte maladie ; elles se réduisent toutefois à deux principales. Pour les uns, les parties molles sont irritées, puis ulcérées par la pression que l'ongle exerce sur les tissus; pour d'autres, ce sont les tissus qui, refoulés en haut par la marche, par la station prolongée, viennent s'appliquer sur l'ongle et finissent par s'ulcérer. Examinons chacune de ces opinions afin de déterminer par quel mécanisme ces ulcérations peuvent se produire.
« La manière de se couper les ongles en rond, dit Boyer, contribue beaucoup à la production de cette maladie; si on les coupe droit, en travers ou carrément, le bord forme de côté et d'autre, avec la partie libre des bords latéraux, un angle droit qui s'avance sur la peau et la couvre sans la blesser; si au contraire on coupe l'ongle en l'arrondissant, comme le font beaucoup de personnes, la pression que la pulpe de l'orteil éprouve dans la station, et surtout dans la progression, fait remonter la peau en matière de bourrelet, au-dessus des extrémités de la ligne courbe que présente le bord libre de l'ongle, et lorsque celui-ci vient à croître, il agit sur la peau, qui lui résiste, l'irrite, l'enflamme et l'ulcère. » Il est reconnu qu'un certain nombre de cas d'ongle incarné ne reconnaissent point d'autre mécanisme que celui qui a été invoqué par Boyer ; mais l'affection dont il est ici question est aussi liée à un traumatisme.
Chez les individus dont les ongles sont trop convexes ou mal conformés, la pression exercée par la chaussure peut, en affaiblissant la lame cornée, enfoncer les bords de l'ongle dans les tissus et déterminer l'incarnation ; le môme phénomène peut être observé lorsque l'ongle est devenu plus épais et plus dur; enfin, on a invoqué la direction vicieuse que chez certains individus les ongles prennent en se développant principalement sur les parties latérales.
Pour d'autres chirurgiens, l'ongle est entièrement passif; la maladie résulte de la projection en haut des parties molles. Dans la station, disent-ils, la pulpe de l'orteil s'élargit et forme un petit bourrelet de chaque côté du bord de l'ongle; dans la progression, la pression devient encore plus forte; dans certains moments, les orteils supportent tout le poids du corps; alors, si cet état se prolonge pendant un temps trop long, ou se renouvelle à de trop courts intervalles avant que les tissus aient pu reprendre leur position normale, le bourrelet augmente de plus en plus et va se déchirer, s'ulcérer sur les bords de l'ongle. Pour M. Lefort, c'est la pression du deuxième orteil en dessous qui relève le bord interne de la matrice de l'ongle du gros orteil (1); mais j'ai vu un malade qui avait un ongle incarné et dont le
(1) Malgatgne, Méd. opér.. 8* édit Lefort, Paru, 1874, p. III
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deuxième orteil recouvrait le premier. Des plaques muqueuses du bord de l'ongle en sont parfois l'origine. Toute cause capable d'augmenter la courbure de l'ongle, c'est-à-dire d'abaisser ses bords, peut produire l'incarnation. C'est ainsi qu'agissent les chaussures trop étroites qui rétrécissent l'orteil, augmentent la courbure de l'ongle et appliquent les parties molles sur les bords; l'action sera encore plus efficace si les chaussures sont trop courtes, parce que l'empeigne presse en môme temps sur la face dorsale de l'ongle et l'applique fortement sur les tissus. Enfin, on a pensé que les chaussures trop larges pouvaient être causes de cette affection en favorisant la déviation de l'ongle, qui n'est plus soutenu latéralement et est pressé seulement sur sa partie antérieure. J'ai observé une incarnation de l'ongle chez un malade qui avait eu une fracture grave sus-malléolaire. Le pied avait été dévié, le malade marchait en dedans. Avant que je lui eusse fait faire un soulier approprié, il se servait de ses anciens souliers. C'est ainsi que l'ongle s'incarna.
L'ongle incarné semble être le privilège de la jeunesse. J'observe annuellement à l'hôpital de la Charité vingt à vingt-cinq ongles incarnés sur des sujets de moins de vingt-cinq ans.
Symptomatologie. — • Lorsque les tissus sont simplement irrités, les malades accusent un peu de douleur, pendant la marche seulement ; mais ces accidents ne tardent pas à disparaître par le repos. Si les bords de l'orteil restent exposés aux mêmes causes d'irritation, la peau ne tarde pas à s'ulcérer ; elle se gonfle et sécrète une plus ou moins grande quantité de pus séreux. A cette période, la maladie peut encore céder, lorsque le malade prend du repos et qu'il a soin de couper la portion d'ongle qui irrite les tissus ; mais au bout d'un certain temps, lorsque, continuant à s'accroître, l'ulcération devient plus profonde, ses bords sont durs, calleux ; la douleur est beaucoup plu* vive, surtout pendant la marche, et elle est même assez intense pour provoquer une réaction générale très-marquée : on constate de la fièvre, de l'insomnie, etc.; on a même vu les vaisseaux lymphatiques se prendre et l'inflammation se propager jusqu'aux ganglions de l'aine. Plus tard la suppuration devient plus abondante et fétide, l'épiderme se déchire, le derme se couvre de fongosités rougeitr e^ très douloureuses, au fond desquelles l'ongle parait comme enfoncé : enfin, dans des cas plus graves encore, la maladie se propage jusqu'à l'os et détermine la carie et la nécrose de I»\)halange.
Pronostic. — Cette affection est sérieuse*; elle peut se prolonger pendant fort longtemps et déterminer des accidents graves; dans quelques circonstances, elle ne disparaît qu'au moyen d'une opération douloureuse.
Traitement. — Un grand nombre de procédés ont été imagines