ÉLÉPHANTIA6IS DU SCROTUM
veloppement énorme du scrotum, avec hypertrophie considérable des éléments qui entrent dans la composition de cet organe.
II est extrêmement rare que lés chirurgiens aient l'occasion de rencontrer en France des affections de ce genre; parmi les faits observés chez nous, la plupart l'ont été chez des sujets étrangers à notre pays; néanmoins, d'après Delpech (4), cette affection sô rencontrerait quelquefois dans le Roussillon. Higal (de Gaillac) en a observé quelques cas dans le Midi; Imbert (de Lonnes) a opéré le ministre delà première république, Lacroix, pour une tumeur énorme du scrotum, qui était probablement un éléphantiasis.
L'éléphantiasis, au contraire, serait assez fréquent dans les pays qui se rapprochent des tropiques; il se rencontre assez souvent aux Barbades, au Bengile. Peixoto (2) a communiqué à l'Académie de* médecine plusieurs cas observés au Brésil; Clot-Bey a vu assez fréquemment cette affection en Egypte : il a publié sur ce sujet un mémoire très intéressant, présenté à la Société de chirurgie (3), lequel a été l'objet d'un rapport des plus remarquables de M. H. Larrey (4). C'est h ce dernier travail que nous empruntons les principaux traits relatifs à cette maladie. Yoillemier en a étudié une il y a quelques années, il avait pratiqué l'opération avec succès.
Anatomie et physiologie pathologique. — La peau, dans les premiers temps, n'est pas modifiée; elle semble tout au plus s'amincir par distension; bientôt elle se durcit, devient épaisse, rugueuse. Chez un malade opéré par Delpech, elle avait la consistance d'un cuir demi tanné de trois pouces d'épaisseur dans le point correspondant au prépuce ; à mesure qu'elle augmente d'épaisseur et de consistance, elle devient plus inextensible, surtout à la partie inférieure; en môme temps Tépiderme s'épaissit, s'écaille en devenant adhérent au derme. La texture du derme finit par disparaître, et en s'hypertrophiant ce tissu devient homogène, de couleur blanchâtre, d'une consistance comme lardacée, comparable au squirrhe sans apparence ou trace de fibres; dans l'épaisseur du derme se trouvent des vacuoles, des espèces de kystes renfermant une quantité variable de sérosité.
Le tissu cellulaire sous-cutané est également hypertrophié; ses lames sont d'autant plus épaisses et d'autant plus denses que Ton se rapproche davantage du derme; elles se cloisonnent et forment des cavités cellulo-fibreuses, remplies d'une sérosité fluide, albumineuse ou gélatiniforme. Dans quelques points on trouve des noyaux beaucoup plus durs, d'apparence squirrheuse, qui ne lardent pas à s'isoler et à
(1) Chirurgie clinique de Montpellier, t. Il, 1828. (î) hltm. de CAcad. de tnéd.t t. XIX, p. 1G. Paris. 1855. (3) Mèm, de la Soc. de Mr., t. IV, p. 519. U) lbid.t t. IV, p. 547.
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former au milieu de la masse morbide des tumeurs distinctes, de volume variable.
Les autres couches qui constituent les bourses sont également hypertrophiées. Delpech a vu les crémasters plus charnus qu'à l'état normal ; les tuniques vaginales sont distendues, contiennent presque toujours une certaine quantité de sérosité; souvent on y rencontre une matière semi-fluide, gélatiniforme, coagulable par la chaleur.
L'altération des ganglions et des vaisseaux lymphatiques a été observée chez quelques malades ; mais elle n'est pas assez constante pour jus* tifler cette opinion qui consiste à regarder cette affection comme déterminée par une maladie des vaisseaux lymphatiques.
Le cordon, les testicules sont souvent sains et situés à la partie supérieure de la tumeur, dans le voisinage des anneaux. Chez quelques sujets, ils sont atrophiés ou hypertrophiés; chez d'autres, ils renferment de véritables kystes.
Le pénis participe souvent à l'hypertrophie des bourses, quelquefois il est complètement englobé par la tumeur.
Stmptomatologie. — Quelques auteurs ont signalé quelques accidents prodromiques avant l'apparition de la tumeur. Ces accidents sont, comme Alard et Godard l'ont dit, des poussées d'érysipèle. Les malades éprouvent de la fièvre, de l'inappétence, de la soif, de la douleur au scrotum, puis le gonflement survient et augmente progressivement k mesure que les accès de fièvre sont plus rapprochés et plus intenses. La maladie débute quelquefois par le prépuce (Del* pech), gagne toute la peau de la verge avant d'envahir les bourses ; quelquefois elle commence par le pénis ou par un point quelconque du scrotum. Le gonflement est généralement accompagné à son début d'une réaction inflammatoire assez vive; bientôt la réaction cesse, mais l'engorgement persiste. Cet état reste rarement stationnaire ; le plus souvent la tuméfaction fait des progrès incessants, tantôt lents, tantôt rapides. L'éléphantiasis peut acquérir des dimensions énormes, descendre jusqu'aux genoux, jusqu'aux mollets, et même jusqu'aux talons ; il n'est pas rare de voir des tumeurs du poids de 20 à 25 kilogrammes. Les annales de la science renferment un assez grand nombre de faits où l'on a observé des tumeurs plus volumineuses. On lira dans le rapport de M. H. Larrey plusieurs cas extrêmement intéressants; il y rapporte l'histoire de ce malade qui se promenait avec sa tumeur et s'en servait pour ainsi dire comme d'un escabeau lorsqu'il était fatigué, et prolongeait assez longtemps cette attitude sans éprouver ni douleur ni malaise. En s'asseyant de la sorte il calmait quelques légers tiraillements, seuls symptômes, du reste, dont il se plaignait.
La peau du pénis, entratnée en bas par le poids de la tumeur et la distension du scrotum, présente une disposition des plus singulières,