ARTICLE XXXVII
DES OSTEOMTÉLOPIiAXOmSS.
Sjnonjmie : Tmoeors myéloplaxiqnef, myéloldes, & myélopUxes.
DÉFINITION. — Sous ce nom, nous désignons les tumeurs dont le lissu fondamental est constitué par Thypergenèse anormale et prédominante des éléments anatomiques appelés myéloplaxes.
Historique. — La connaissance de la structure anatomique de ces tumeurs et de leur évolution clinique date seulement de nos jours. Faute de ces connaissances, les anciens chirurgiens les confondaient a?ec la plupart des autres tumeurs des os sous les noms obscurs de sarcomes, de carie, d'exostoses. A une époque plus rapprochée^ nous les voyons encore confondues avec les anévrysmes des os par Pott, avec le spina-ventosa par Boyer, avec les fongus hématodes et les kystes par Dupuytren, avec les tumeurs fibro-plastiques par M. Leberl; enfin, par le plus grand nombre, avec le cancer des os. Toutefois Dupuytren avait déjà observé que ces fongus ne s'altèrent et ne passent que tardivement à l'état cancéreux et entrevu leur bénignité. Hûtons-nous de le dire, c'est à M. Ch. Robin que revient l'honneur d'avoir le premier reconnu que les éléments fondamentaux de ces tumeurs sont homœomorphes, et qu'ils ne sont autres que les plaques à noyaux multiples que l'on rencontre à l'état normal dans le tissu médullaire des os plats et dans les épiphyses des os longs. Cette découverte eut pour conséquence de signaler ces tumeurs à l'attention spéciale des chirurgiens, et de permettre de mieux interpréter leur nature* Depuis cette époque, les observations se multiplièrent, et, grâce aux travaux qui ont été publiés sur ce sujet, nous pouvons dire aujourd'hui que la distinction de ces productions morbides est nettement établie. Parmi les auteurs qui ont le plus contribué à faire connaître cette classe de tumeurs, je dois citer M. E. Nélaton, mo» neveu et mon élève, qui, dans une monographie remarquable, a réuni quarante-huit observations à l'aide desquelles il a établi d'une façon irrécusable les points les plus importants de leur histoire palholo- {çique (1).
Enfin, si l'on ajoute au mémoire de M. E. Nélaton les six observations publiées à la même époque par M. H. Gray, en Angleterre, celles qui ont été rapportées dans divers bulletins périodiques et quelques
(i) Mémoire sur une espèce de tumeurs bénignes d)sosùu tumeurs à myéloplaxes, Paris, 1860.
SS2 AffEcnamn dis os.
autres observées par M. Féan et par moi dans ces dernières i on se persuadera aisément que les matériaux de la descriptio aujourd'hui assez riches pour nous permettre d'assigner aux tt à myéloplazes un rang bien défini dans le cadre nosologique.
S1É6B. — Anâtomie et fhtsiologie patikh^ogiques . — Tous les 06 p être le point de départ des tumeurs myéloplaxiques. C'est dans tion spongieuse qu'elles prennent habituellement naissance, trouve plus spécialement, et par ordre de Mquence^ dans le tissu laire des maxillaires et dans les épiphyses des os longs, tête di; condyles du fémur et de l^umérus. Ce n'est qu'exceptionnel qu'on les rencontre dans les os du tarse, du métatarse, du tronc phalanges. Elles sont ordinairement uniques, rarement multiplet ce dernier cas^ elles peuvent se montrer simultanément ou suoc ment sur différents points du squelette ; mais, en général^ c'est même os ou sur des os voisins qu'elles apparaissent. Leur volum de celui d'un pois à celui d'une tète de nouveau-né. Les plus s'observent aux mâchoires^ où elles éveillent de bonne heure I tion du malade ; les plus grosses se voient dans les épiphyses longs.
Pour faciliter la description qui va suivre, nous étudierons su vement : 1* le tissu des tumeurs myéloplaxiques ; 2« leur évolutio nous le verrons^ varie suivant que le tissu morbide se dépose à I phérie ou dans l'épaisseur de l'os ; 3* leurs altérations ; h* les 1 cations qu'elles font subir aux organes circonvoisins.
!• Tissu tnyéioplaxique. — Lorsqu'on examine à l'œil nu I myéloplaxique, on est frappé de sa couleur rougeâtre, sanguin< tirait habituellement sur le rouge brun ou cramoisi ; parfois sa se rapproche du jaune ocreux, mais cela est beaucoup plus ra consistance varie avec l'état de crudité ou de ramollissement. E premier cas^ elle est charnue, compressible, un peu élastique. e( psrable à celle de la rate, du cœur ou d^un caillot dur et ancien le second^ suivant que le ramollissement est plus ou moins corn] que le tissu est plus ou moins désagrégé, on Va comparée au tii placenta, du poumon hépatisé, ou inômc à la boue splénique et de vin. Par la pression ou le grattage, le tissu myéloplaxique doni sérosité sanguinolente qui ne ressemble en rien nu surdil cane Enfin, à la coupe, le scalpel produit une crcpilation très-fine di brisure de quelques aiguilles ou de quelques lamelles osseuses mement déliées et incorporées à la substance charnue.
Tels sont, en général, les principaux caractères physiques di myéloplaxique. Mais, outre les changements qu'il présente à Vé crudité et de ramollissement, il en possède d'autres qui sont en n avec la proportion des éléments qui entrent dans sa compositioa
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sujet, M. E. Nélaton établit avec raison trois variétés principales : 1* la variété, type ou franche/ presque exclusivement composée de myéloplaxes ; 2* la variété graisseuse, dans laquelle ces éléments sont mélangés à une proportion plus ou moins considérable de granulations graisseuses; 3® la variété fibroîdey dans laquelle le tissu contient une grande quantité d'éléments fibreux ou fibro-plastiques. Dans la première, la substance de la tumeur offre une couleur sombre et qui se rapproche tellement de celle du sang^ qu'il est aisé de comprendre pourquoi ces productions ont été si longtemps confondues avec les tumeurs ércctiles et anévrysmales; dans la seconde, le tissu prend une couleur grisâtre^ jaunâtre, qui rappelle quelquefois celle du tubercule ; eafin, dans la troisième, le dépôt morbide est plus consistant et revêt un aspect rougeâtre^ fibroïde, assez analogue à celui du tissu gingival o** des fibres musculaires de la vie organique.
Lorsqu'on examine, à l'aide du microscope (lig. 231), la nature et '^ proportion des éléments qui entrent dans la composition de ces ^ïïïineurs, on voit que les plaques à noyaux multiples, qui, par leur pré- "^*^inance, constituent les éléments fondamentaux, sont à peu près ^^'^blables aux myéloplaxes normales. Assez souvent elles offrent une "y pi^rtrophie qui porte en même temps sur leurs noyaux et leurs nucléoles. On a vu ces plaques atteindre jusqu'à 3 centièmes de millilï^^tre. Dans ce cas, il n'est pas rare de voir leurs contours devenir P*^i^s accentués, le nombre de leurs noyaux augmenter et leur substance fondamentale se couvrir de granulations. Les myéloplaxes sont habi- ^^^llement reliées entre elles par d'autres éléments dits accessoires, 7^0t la proportion est extrêmement variable, suivant que Ton a affaire ^ ^*une ou à l'autre des trois variétés que nous avons admises. Ces 4er- ^^ers sont des éléments fibreux ou fibro-plastiques, des granulations S^isseuses, de la matière amorphe, des granulations moléculaires, Quelques rares médullocelles, des capillaires, de l'hématosine et des globules sanguins. Leur proportion peut être assez considérable, mais elle est loin d'atteindre celle des tissus érectiles, et elle n'est jamais assez forte pour donner à la tumeur cette teinte rutilante qui la distingue et qui provient presque exclusivement de la coloration propre aux myéloplaxes (Gh. Robin) et surtout à l'hématosine (OrdoHez).
2* Évolution des myéloplaxomes. — a. Lorsque la tumeur débute à la périphérie d'un os, on voit le tissu myéloplaxique se déposer peu à peu au^essous du périoste, et donner naissance à une masse d'épaisseur et de forme variables. Ce tissu nouveau est recouvert par une membrane fibroïde, mince, facile à détacher, et qui se continue insensiblement avec le périoste voisin. La surface osseuse sur laquelle il repose est rarement intacte ; presque toujours elle est déprimée, érodée et même excavée plus ou moins profondément. Il semble, en un mot, en raison
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de leur ûége et du éléments qui les constituent, que ces prennent naissance, soit dans les canalicules de Uavers les plus ficiels, au point où iU s'abouchent k la surface de l'os, soit d
' Tumeur ■ myéloplaien du maxiltatr par H. Ordoîifz.)
■upérirur. 'PK'ptnlioti hil'
t. Ni>i*ia llbn*. — 1. 1. HjflopUin en
alvéoles spongieux recouverts pnr In mince lamolle qui a été le si^ de la perforation.
b. Lorsque lu tumeur prend nfiissnnce dans l'inli'trieiir de l'os, elle se présente sons deux formes principales : tantiM la matière myeloplaxique se Irouvn rassemblée en un ou plusieurs foyers contenus dans une coque osseuse plus ou moins régniière (myéloplaxome enkjtté, circonscrit); tantôt elle est inllltrée dans les cellules du tissu spoogieui.
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fcoyéloplaxome inflitré, aréolaire). Ces deux formes donnent lieu à des tonsidérations pratiques d'une grande importance ; voilà pourquoi nous lions les décrire successivenient.
.£^€>rme eitkystée. — Lorsque le tissu myéloplaxique est enkysté, il est
FiG. 232. — Tumear myéloplaxiqae enkysl^ d« l'eitréniilé lupérieiire du Ijbia. —
Varifl* adipeuse. (De la colleclion de M. Pian.)
contenu dansunp cnvilé osscusp qui l'entoure complt^tement (fig. 232). \ l 'extérieur, cette enveloppe calcaire est régulière. A l'inférieur, elle est quelquefois aussi régulière et permet d'énucléer facilement la sub-
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BtaDce morbide (rorme enkystée énucléable) ; mais le plus souvent elle est hérissée de saillies ou de cloisons, qui subdivisent grosuèrement l'excavation dans quelques points (forme enkystée non énucléable). L'épaisseur de la coque osseuse diminue de plus en plus k mesure que la tumeur augmente de volume, ce qui explique pourquoi les anciens avaient confondu ces tumeurs avec tant d'autres de nature différente, sous le nom générique de spina-ventosa; bieniAt elle derient flexible, dépressible, se vascularise et se laisse entamer facilement par le bistouri. Enfin le tissu osseux, repoussé de plus en plus par le tissu morbide, finit par céder sur quelques points, et alors il se fracture et présente des perforations, ou même des échancrures plus ou moins étendues.
L'enveloppe osseuse est doublée en debors par le périoste. Celui-ci est sain tant que la coque calcaire est complète ; mais lorsque celle-ct s'affaiblit et cède, le revêtement périosLique devient plus vasculaîre, plus épais, et comble toutes les solutions de continuité, de sorte que la cavité de réception, qui d'abord était osseuse, devient osléo-fibreuse. Quand le myéloplasome siège dans une portion articulaire, ou bien il refoule le cartilage d'encroûtement, qui, dans tous les cas, reste intact et entre pour sa part dans la constitution des parois du kyste, ou bien il se rapproche plus ou moins du canal médullaire ; dans ce cas, il en reste toujours séparé par une ligne de démarcation bien tranchée.
Forme infiltrée. — Lorsque Ietissumyéloplaxiqueestinfiltré,tl Torme,
Fin. 3:t3. — Tumeur mjètoplaiiqua inniirée de 1i màclitiire inférieurs, — Vartflt Ijpe. (RecueillM dsnt moti ttrt ■«« et figurée par U. E. Htlaton.}
au milieu de ta portion osseuse dans laquelle II se développe, une série de petites masses rougeatres fiéparées par des cloisons plus ou moins épaisses, it la manière d'aréoles (fig. 333). L'épaisseur de ces cloisons
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diminue à mesure que la substance morbide augmente de volume ; parfois môme la gangue osseuse se laisse détruire dans quelques points^ et la tumeur se rapproche de la forme kystique ; d'autres fois la lame compacte qui recouvre la substance charnue se laisse perforer^ et la tumeur s'accroît comme dans la forme sous-périostique. Cette forme perforante s*observe surtout dans les os plats^ au crâne et à la mâchoire inférieure, par exemple.
3* Altérations des myéloplaxomes. — Parmi les altérations que les myéloplaxomes subissent pendant leur évolution^ les unes^ telles que le ramollissement, la formation de foyers hémorrhagiques ou de cavités kystiques, sont communes^ tandis que d'autres, telles que Tinflammation, Tulcération et la gangrène, le sont beaucoup moins.
Le ramollissement, rare à la première période de la maladie^ est fréquent lorsque la tumeur acquiert un certain volume. Lorsqu'il se produit, il parait être consécutif k la dissociation des éléments fibroïdes ou fibro-granuleuxy à la multiplication des vaisseaux nutritifs et à Thypergenèse des plaques à noyaux multiples. Il peut être général, comme cela s'observe lorsque les myéloplaxes prédominent dans toute l'étendue sur les éléments Âbroïdes ou fibro-granuleux; dans ce cas, la tumeur est plutôt constituée par une matière boueuse, sans cohésion^ que par un véritable tissu. Le plus souvent il est partiel ; ce sont alors les parties périphériques qui restent à Tétat de crudité.
Les foyers hémorrhagiques s'observent habituellement dans les tumeurs en voie de ramollissement. Ils apparaissent sous forme d'excavations, diversement configurées, à surfaces saignantes, dans lesquelles les vaisseaux versent un sang qui se coagule et qu'il ne faut pas confondre avec la bouillie granuleuse des myéloplaxes. Ces caillots subissent eux-mêmes les transformations qui s'opèrent dans le sang épanché au sein des tissus vivants.
Les kystes, de même que les foyers hémorrhagiques, s'observent fréquemment dans la forme enkystée. Leur nombre est variable. Il n'est pas rare de les voir atteindre le volume d'une noix. Le liquide qu'ils renferment est habituellement roussâtre. Quelquefois ils contiennent du sang pur. Leur surface interne est lisse ou rugueuse : tantôt elle se confond avec le tissu même de la tumeur ; d'autres fois elle est constituée par une fausse membrane pariétale dont l'épaisseur varie de 1 à 2 millimètres: celle-ci se distingue du parenchyme voisin par sa coloration spéciale et par son organisation fibroïde ou fibro-granuleuse. Dans tous les cas, cette membrane adhère si intimement à la substance sous-jacente, qu'il est presque toujours impossible de la détacher complètement
Nous ne dirons rien de l'inflammation ni de la gangrène de ces tumeurs. L'ulcération^ niée à tort par M. Ë. Nélaton, a été observée
par M. Péan k l'humérus et au tibia^ et plusieurs fois aux maxillaires. Elle est due, soit è la distension que la tumeur exerce sur les tissus circonyoisins^ soit à des ponctions^ à des pressions ou à l'application intempestive de topiques. Elle se distingue de l'ulcère cancéreux par la lenteur de sa marche destructive. Rarement elle devient assez grave pour occasionner des douleurs vives, et pour fournir une suppuration ou des hémorrhagies capables d'amener une terminaison fatale.
k"" État des parties voisines, *- L'action modificatrice que la tumeur exerce sur les organes environnants parait être purement mécanique. A mesure que la tumeur s'accroît, elle refoule toutes les couches osseuses, cartilagineuses, périostiques, déforme les surfaces articulaires, obstrue les cavités, distend les cloisons fibreuses, les aponévroses, les muscles, déplace les vaisseaux, les nerfs, les tendons et leurs gatnes^ au point que tous ces organes forment à la tumeur de nouvelles enveloppes. Cependant la compression est rarement poussée au point de modifier la texture de ces organes ou de détruire leur vitalité. Parfois on voit les* veines sous-cutanées se dilater au point de ressembler à des sinus veineux creusés dans l'épaisseur du derme. Quant aux ganglions lymphatiques, ils restent sains, à moins qu'il n'y ait quelque cause d'irritation. La peau et les muqueuses elles-mêmes se laissent soulever, amincir ; mais elles ne se laissent ulcérer que tardivement et lorsque la distension est poussée à un très-haut degré.
Envisagées au point de vue de leur forme extérieure, ces tumeurs sont lisses et présentent rarement quelques bosselures. Les intra-osseuses se rapprochent do la forme ovoïde, l(;s sous-p<»riosliques restent s^phériques tant qu'elles ne rencontrent pas un obstacle qui les oblige à s'accommoder à la forme des parties ambiantes. Leur base est habituellement large, diffuse^ quelquefois elle est rétrécie, mais jamais elle n'est l'ranelieinent pédiculéo.
8ymptomatoix)G1e. — Les symptômes des tumeurs myéloplaxique>. de même que eeux des autres tumeurs, offrent des différences dépendant de leur siège, do leurs connexions et de la rapidité de leur développement. Les détails dans lesquels nous sonmies entré à pro|>os de l'anatoinie pathologique nous dispenseront d'insister longU(*ment sur ce point; aussi nous nous bornorons k déorii^' ici, dans s(»n ensemble, ce (|ue la sémiologie offre de particulier.
Les n)yélo[)laxomes sont rarement douloureux au moment de leur apparition, ce qui explique comment, dans la presque totalité desca^^. les malades ne >ont avertis de leur présence qu'à l'occasion d'une cause accidentelle, un traumatisme par exemple, et lorsque déjà ce?* tunieuiN ont atteint un ahst*z {^rand voliiine.
Toutefois, lorsqu'elles débutent dans une région superficielle, elle^ sont de bonne heure accessibles à la vue. Itilles a[)paraissent alors sou*»
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forme d'une tumeur lisse, arrondie, d'une teinte brunâtre ou rougeâlre, réellement caractéristique.
Lorsqu'elles sont profondes, la palpation seule permet de les reconnaître à la première période.
Le toucher donne lui-même des résultats très-différents, suivant que la tumeur est ou non circonscrite par une enveloppe osseuse^ ou suivant qu'elle est à l'état de crudité ou de ramollissement. Lorsque la tumeur naît sous le périoste, elle présente, à l'état de crudité, une résistance, une dureté, une élasticité plus ou moins comparables à celles des tumeurs fibreuses ou fibro-cartilagineuses. Rarement elle donne une sensation de fluctuation capable d'en imposer à un chirurgien exercé. Par contre, à l'état de ramollissement, elle est dépressible et parfois aussi fluctuante qu'une véritable collection liquide. Dans les deux cas, la surface de la tumeur accessible à l'exploration est régulière; sa base est large, diffuse, et se confond si bien avec le tissu osseux sous-jacent, qu'il est presque toujours impossible de lui imprimer le moindre mouvement.
Lorsque la tumeur débute à l'intérieur de Tos, elle est protégée par une coque osseuse, rigide, qui masque sa consistance charnue. Lorsque cette coque s'amincit, on reconnaît qu'elle fléchit sous la pression du doigt, et qu'elle donne une sensation qui a été comparée avec juste raison au froissoment d'une feuille de parchemin ou de ferblanc et à la brisure d'une coquille d'œuf; enfin, lorsque l'amincissement est devenu excessif, elle ne s'oppose plus i\ ht perception de la rénitence ou de la fluctuation dont nous venons de parler. La base des myéloplaxomes, confondue intimement avec le tissu osseux, se réduit quelquefois à un bourrelet osseux, dernier indice de l'enveloppe calcaire qui a été prématurément détruite.
Les tumeurs niyéloplaxiques, en augmentant de volume, conservent leur fixité et leur irréductibilité, et lorsqu'elles soulèvent les téguments, elles prennent une teinte lie de vin atténuée par la couleur demi-transparente de la peau ou de la muqueuse qui les recouvre. A cette période, si la tumeur est Irès-vasculaire, elle peut être pulsatiie, et même présenter un bruit de souttle comparable à celui des tumeurs érectiles. Si elle contient une ou plusieurs excavations kystiques, le trocart explorateur laisse écouler, tantôt une petite quantité de sang liquide ou coagulé, et mélangé à un grand nombre de plaques ^ noyaux dissociées, tantôt à du sang Irès-fluide, ou plutôt à de la sérosité sanguinolente. La quantité de ce liquide dépasse rarement une ou plusieurs cuillerées.
Quel que soit le volume de la tumeur, les téguments amincis conservent leur souplesse et leur mobilité naturelles ; cependant on les voit contracter des adhérences avec la tumeur, lorsque eelle-cî vient à s'ulcérer.
5iï0 AFFECTIONS DES OS.
Dans ces cas, très-rares d'ailleurs, les bords de ruicération rougissent et s'indurent dans une petite étendue, en môme temps que le fond s'agrandit et se couvre de bourgeons saignants qui versent au dehors une suppuration plus ou moins abondante. Lorsque la cavité de l'ulcération est profonde, l'introduction du stylet démontre la présence des mailles ou des lamelles osseuses contenues au milieu du tissu morbide. C'est encore à cette période que l'on voit survenir, quelquefois à Toccasion du moindre effort^ une fracture dans Tos aux dépens duquel la tumeur s'est développée. Cette complication s'observe dans la forme intra-osseuse : elle se reconnaît à la mobilité anormale que Ton constate entre les deux fragments.
Les myéloplaxomes ne déterminent guère de troubles fonctionnels tant qu'ils sont peu volumineux; mais^ à mesure qu'ils s'éloignent du début, ils donnent naissance à des symptômes dont l'importance et la gravité sont extrêmement variables. On comprend^ en effet, combien ces symptômes diffèrent suivant que la tumeur est superficielle, peu volumineuse, et se borne à constituer une difformité peu apparente, ou suivant, au contraire, qu'elle naît au milieu d'une épiphysc qu'elle disjoint, d'une épiphyse qu'elle fracture, d'une cavité dont elle chasse un organe important, l'œil par exemple, d'une articulation ou d'un membre entier dont elle empêche la fonction^ ou qu'elle obstrue un canal dont l'intégrité est indispensable au maintien de la vie.
Marche, durée, rRONOSTic. — La marche de ces tumeurs est assez rapide, surtout au début. Il est très-rare de les voir demeurer stationnaires, et c'est à peine si l'on pourrait trouver dans la science un ou deux exemples de myéloplaxomes à marche régressive.
Même quand elles sont inlra-osscuses, on les voit acquérir un développement rapide et graduel : on lésa vues acquérir parfois en quelques semaines le volume d'un œuf de poule.
Quand on les abandonne h elles-inênies, elles peuvent atteindre, dans certaines régions, les dimensions dune tête d'enfant.
Toutefois les faits démontrent que les myéloplaxomes, contrairement aux tumeurs de mauvaise nature, n'altèrent pas la santé générale des malades par le seul fait de leur évolution, et qu'elles ne produisent pas le dépérissement tant qu'elles ne compromettent pas mécaniquenient les fonctions d'organes essentiels à la vie.
Depuis longtemps déji\ j'avais constaté ce fait et reconnu la bénignité spéciale de ces tumeurs, en même temps que leur peu de tendance à la récidive et à la généralisation, lorsque M. E. Xélalon, mon neveu, entreprit une série de recherches pour élucider celte question. Il réunit dans ce but plus de cinquante observations, et il en conclut : 1* que les tumeurs dans lesquell«;s l'élément myéloplaxique domine peuvent exister pendant plusieurs années sans produire la cachexie dite cancé-
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reuse ; 2^ qu'elles ont peu de tendauce à envahir les ganglions lymphaliques, à s'ulcérer ou à se généraliser ; 3^ qu'elles ne récidivent pas après l'opération, lorsqu'elles sont enlevées en totalité.
La bénignité habituelle des tumeurs à myéloplaxes est donc aujourd'hui un fait définitivement acquis à la science. Toutefois il est k remarquer que celles qui contiennent beaucoup de tissu fibro -plastique peuvent faire exception^ ainsi que cela résulte des observations de MM. Giraldès, Wilks et Hutchinson. Est-ce à dire que jamais on n'aura l'occasion d'observer la généralisation d'une tumeur dans laquelle l'élément myéloplaxique sera prédominant? Une opinion semblable ne pourrait être soutenue quand on sait qu'il n'y a pas toujours un rapport nécessaire entre la structure et l'évolution d'une tumeur. Ne voitron pas quelquefois les lipomes, les fibromes^ se généraliser^ en vertu d'une diaûièse encore mystérieuse, dont l'influence semble destioée à prouver qu'il n'y a rien d'absolu dans les lois de la pathologie?
ËnOLOGiB. — Parmi les causes prédisposantes^ TAge parait avoir une assez grande influence sur le développement de ces tumeurs : en effet, on les observe ordinairement de dix à vingt-cinq ans, tandis qu'après trente-cinq ans^ elles sont excessivement rares. Quant aux causes physiqueS) leur mode d'action est encore trop peu connu pour mériter notre attention.
DuanosTiG. — Il n'est pas toujours facile^ sur la seule considération des symptômes, de distinguer les myéloplaxomes des autres tumeurs des 06> telles que les fibromes, les chondromes, les exostoses simples oa syphilitiques, les tumeurs fibro-plastiques^ les kystes et les ané«> Trysmes. Dans un grand nombre de cas^ ce n'est que pendant ou après Topération, c'estrà-dirc lorsqu'on examine à l'œil nu ou au microscope quelques fragments de leur tissu, que l'on peut déterminer leur nature. Il est plus rare de voir d'autres affections^ les tumeurs blanches ou les productions épithéliales par exemple^ les simuler.
Les chondromes des os^à l'état cru, sont habituellement plus fermes, plus élastiques, plus irréguliers à la surface ; toutefois ces caractères perdent leur valeur pour le diagnostic, lorsqu'ils sont intra-osseux. Soumis à la ponction, les chondromes des os laissent sortir moins facilement quelques gouttes de sang. Abandonnés à eux-mêmes^ ils sont susceptibles d'acquérir un volume beaucoup plus considérable que les tumeurs myéloplaxiqucs, et ils ne revêtent jamais la coloration lie de vin pathognomonique de ces dernières.
Les exostoses simples ou syphilitiques ne se distinguent des myéloplaxomes intraH>sseux au début que par les commémoratifs ; mais le doute disparaît après quelques semaines ou quelques mois, car alors oelles-ci perdent leur dureté, tandis que celle des exostoses persiste indéfiniment.
RftLATOlf. — PATB. CUIR. II. — 35
542 AFFBCTIOHS D£S 06.
En décrivant les tumeufs fibro-plastiques^ les libromes, les kj anévrysnies des os et les tumeurs blanches, nous verrons i 1' quels symptômes on peut les différencier des tumeurs myélopli
Les épulis myéioplaziques pourraient, en s^ulcérant, fiedre à l'existence d'une production épithéliale, d'autant mieux qi taines plaques à noyaux multiples prennent exceptionnel quand elles s'altèrent, une forme analogue aux cellules épith mais rillusion ne peut être de longue durée pour un obsc attentif.
THArrEMEifT. — Aucun traitement médical n'est susceptible d les progrés d'une tumeur myéloplaxique. Les moyens chiro seuls oflrent de grandes ressources ; mais ils n'ont d'elBcadté condition de détruire le tissu morbide en totalité. « La plus peli tion oubliée, dit Dupuytren {Leçms orales sur le fonguskématoie^ suffit pour la reproduction de la maladie. » Il serait donc im| d'espérer une guérison durable au moyen de la ligature de principale du membre.
Parmi les procédés mis en usage contre ces productions a< telles, le plus grand nombre d'entre eux, tels que la résection pi l'évidement, la rugination, la cautérisation, ne conviennent qn' meurs superficielles et facilement accessibles. Cependant te moyens ont donné des guérisons durables, et il importe de leur ac la préférence toutes les fois qu'ils sont applicables. Par malbeoi difficile, dans la grande majorité des cas, de savoir d'avance, ou seulement pendant roporation, la profondeur à laquelle l'ait pénètre le tissu osseux, de sorte que Ton est le plus souvent ob recourir k la résection totale de la portion d'os affecté ou môme putation du membre. Ces deux moyens radicaux et efficaces pai lence sont ordinairement les seuls à opposer aux tumeurs intra-oi développées dans la profondeur des membres.