DE L*AFFECTION TUBERCULEUSE DES OS
ramollit graduellement^ et devient puriforme; cependant un jet d^eau dirigé dans les cellules osseuses ne Tenlève jamais complètement, ainsi que je croyais autrefois l'avoir remarqué. Du reste, les taches d'infiltration sont aussi bien limitées que dans le cas précédent. Cet état est ordinairement confondu avec la carie.
2* Absence de vascularité. Je n'ai jamais pu, môme à Taide d'une forte loupe, découvrir aucun vaisseau sanguin traversant une de ces taches jaunes opaques. Il est toujours impossible de faire sourdre à leur surface quelques gouttelettes de sang visibles même àlaloupe^ en comprimant le tissu voisin, de manière à refouler le sang dans les vaisseaux vers la partie infiltrée. Cette absence de vascularité est un des faits les plus importants à noter, parce qu'il nous servira à expliquer plusieurs phénomènes capitaux et jusqu'ici inaperçus dans l'histoire de l'affection tuberculeuse des os.
3<»Nous avons vu que, dans la première période de l'affection, la texture de l'os ne subissait aucune modification appréciable ; il n*en est plus de môme lorsque l'infiltration puriforme existe déjà : la trame osseuse est alors modifiée d'une manière notable; elle a subi une hypertrophie que l'on peut nommer interstitielle y car il n'y a pas augmentation dans le volume de l'os. Les lamelles qui composent le tissu spongieux sont seules hypertrophiées, et les cellules qu'elles circonscrivent rétrécies et presque complètement oblitérées. Le tissu ainsi modifié se rapproche beaucoup du tissu compacte par ses propriétés (riiysiques et surtout par sa densité. Au microscope, on trouve que les canalicules et les ostéoplastes^ de môme que les médullocelles et les myéloplaxes^ ont disparu et sont remplacés par des granulations calcaires reconnaissables au moyen des réactifs chimiques. L'état d'éburnation du tissu celluleux a été noté dans plusieurs des observations de M. Nichet, et j'ajoute que ce n'est pas sans quelque surprise qu'après avoir lu ces observations, j'ai vu, dans la seconde partie du mémoire, où l'auteur pose ses conclusions : a D'autres fois, mais plus » rarement, la matière tuberculeuse se trouve épanchée dans les petites » cellules du tissu spongieux^ qui n'a subi d'autre altération qu'une B diminution de consistance. )>
Cette éburnation du tissu osseux avait été vue par Boyer^ qui ne pouvait s'en rendre compte. Il dit, en traitant de Tanatomie pathologique des tumeurs blanches : c Une chose digne de remarque^ c'est que Ton 9 trouve quelquefois, au milieu de cette destruction, des portions » osseuses qui ont acquis la couleur et la dureté de l'ivoire. » (Traité des maladies chirurg,^ t. IV, p. ^99.) Ces portions éburnées n'éUiient autre chose que des fragments qui avaient été affectés d'infiltration avant de se séparer du reste de l'os.
On voit que je diffère complètement d'opinion avec M. Nichet ; cepen-
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dant je me prononce sur ce point avec d'autant plus de confiance, qu'ayant fait mes recherches lorsque j'étais interne à Thôpital des Enfants malades, en 18S/!i, et étant arrivé, à cette époque, à une conclusion complètement différente de celle que M. Nichet publia en 1835, je n'ai négligé aucune des nombreuses occasions qui m'ont été offertes, depuis cette publication, de vérifier de quel côté est la vérité, et je puis affirmer que je n'ai trouvé aucun fait qui fût de nature à me faire accepter la conclusion de M. Nichet.
Il arrive quelquefois, à la vérité, lorsqu'on examine les os du pied ou de la main, dans les cas de tumeur blanche de l'articulation tibio-tarsienne ou du poignet, que l'on trouve quelques-uns de ces os infiltrés de matière tuberculeuse ramollie , et cependant ils présentent une extrême friabilité. Si, après une macération peu prolongée, on dirige dans les cellules du tissu spongieux qui les compose un jet d'eau pour expulser toute la matière tuberculeuse infiltrée, on trouve ces os d'une texture extrêmement délicate; les cloisons qui forment leur tissu sont comparables aux filaments déliés dont est formé le tissu réticulaire qui occupe le milieu de la diaphyse dans les os de quelques grands animaux, tels que le bœuf, le cheval , etc. Il ne reste plus à l'extérieur qu'une couche excessivement mince, formant une coque d'une extrême fKabilité, et le poids de ces os n*est pas le quart de ce qu'il doit être dans rétat normal ; en un mot, le tissu osseux est raréfié, bien qu'infiltré de matière tuberculeuse. Cela est-il en contradiction avec ce que j'ai avancé sur la condensation du tissu osseux et de son hypertrophie interstitielle, dans le cas d'infiltration tuberculeuse ? Je ne le pense pas. L'identité d'altération n'est ici qu'apparente : dans le premier cas, l'in« flltration forme toute la maladie; dans le second cas, elle n'en est qu'un des éléments. En effet, si Ton ne se borne pas à un examen super* flciel, on reconnaîtra d'abord que les autres os du tarse ou du carpe, bien qu'exempts d'infiltration tuberculeuse, présentent la même raréfaction du tissu; il est donc très-probable que celte raréfaction préexiste à l'infiltration, et il n'est pas surprenant qu'un os préalablement ra« réfié ne présente point, lorsqu'il vient à être envahi par l'infiltration tuberculeuse, cette condensation que Ton remarque sur le tissu osseux qui n'a point été modifié dans sa texture : c'est ainsi qu'il faut expliquer ces faits exceptionnels. C'est sans doute à la même cause qu'il faut attribuer certains cas assez rares dans lesquels le ti$su osseux semble avoir conservé sa densité normale, malgré l'existence d'une infiltration tuberculeuse bien évidente.
Ici se présente de nouveau une question que nous nous sommes posée à Toccasicm des tubercules enkystés : La série des phénomènes que je viens d'exposer s'observe-t-elle constamment V l/iiifiltration purîforme est-elle toujours précédée par l'infiltration demi-transparente ?