‹ Eléments de pathologie chirurgicaleChapitre 87 sur 102 · DES CORPS MOBILES OU FLOTTANTS DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

DES CORPS MOBILES OU FLOTTANTS DES ARTICULATIONS

» encore est à présent vivant. » [(Livre XIX, chap. .xv, p. 23, édition Ualgaigne.)

Telle est la première observation connue d'un corps étranger développé spontanément dans une articulation.

Puis cent trente-trois ans s'écoulent, et P^chlin, chirurgien suédois^ publie, en 1691, la deuxième observation [Obseï^. phys. méd., observ. XXXVIII, p. 306). Enfin, Alexandre Monro, en 1726, eut l'occasion de disséquer, sur le cadavre d'une femme pendue, Tarticulation fémorotibiale, dans laquelle il trouva un corps cartilagineux de la grosseur d'une fève; les cartilages qui recouvraient l'extrémité du fémur lui parurent déprimés.

A partir de cette époque, l'attention des chirurgiens fut attirée sur cette singulière affection^ et les observations se succédèrent. Simson^ Morgagni, Bromfield^ Middieton^ Gooch, Abernethy^ Desault, Sabatier^ Theden^ Boyer, en ont successivement fait connaître plusieurs avec détail.

De nos jours^ les faits se sont multipliés : nous aurons soin de les indiquer dans le courant de notre description ; ils nous serviront à compléter l'histoire de cette maladie. Nous disons à dessein compléter^ car on^peut dire qu'elle laisse aujourd'hui peu de chose à désirer.

Samuel Cooper {Dicl. de méd. et de chir. prat.) leur donne le nom de cartilages libres dans les articulations. C'est là une mauvaise dénomination; car, d'une part^ ils ne sont pas toujours libres, et, d'autre part^ tous ces corps ne sont point cartilagineux.

Velpeau {Répertoire des scieiic. méd,, art. Articul.) les désigne sous le nom de cartilages mobiles des articulations ; mais il nous semble que Texpression de cartilage peut induire en erreur sur leur nature.

On leur a donné les noms d'arthrolithes, d'enchondromes des articulations (Yirchow), d'arthrophytes (Panas).

La facilité avec laquelle ils peuvent quelquefois passer d'une extrémité à l'autre d'une articulation, leur tendance à fuir en quelque sorte le contact du doigt explorateur, leur ont valu de la part des Allemands le nom pittoresque de Gelenkmause, qui signifie souris articulaires.

Tous les auteurs leur donnent le nom de corps étrangers des articu' lations. Le mot étranger pouvant s'appliquer à des corps venus du dehors, tels que des balles, comme dans un cas que nous citerons plus bas, nous semble devoir être modifié.

Nous les appellerons donc corps mobiles ou flottants dans les articulationSy désignation qui ne préjuge rien sur leur nature, qui, en effet, n'est point toujours la même.

Anatomie ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — Toutcs Ics articulations très-mobiles sont sujettes à cette maladie ; cependant, parmi elles, il

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en est où on Va, rencontrée plus fréquemment : ainsi le genoOf le eoude et l'articulation temporo-mazillaire ; il faut même dire qu'on a beaucoup plus souvent observé ces corps mobiles dans rarticulation lémoro-tibiale que dans aucune autre : aussi aurons-nous sortoot eette dernière en vue dans la description générale.

Leur nombre varie : tantôt on n*en trouve qu*un seul ; d'antres lois ils sont plus ou moins nombreux. Ainsi, dans le cas d'iUnbitHse Pué et dans beaucoup d'autres observations, il n'est fait mention que dHm seul de ces corps, tandis que, d'autre part, Morgagni ea a compté vingt-cinq dans le genou d'une ideille femme ; Robert en a trouvé dixhuit dans TarticulatioD du coude, et Malgaigne soixante. Ph. Bojer en a vu cinq dans l'articulation scapulo-humérale, Bonnet vingt, etc.

Hais^ malgré tout, il ne faut pas oublier que, cliniquement, on n'en rencontre le plus souvent qu'un nombre extrêmement limité, un, deux, ou trois au plus, et ce renseignement a une grande valeur aa point de vue de l'opération.

Leur volume varie : en général, lorsqu'ils sont en grand nombre, Us sont peu volumineux ; lorsqu'il n'y en a qu'un seul, il peut devenir très-gros. Samuel Cooper rapporte qu'un soldat en portât un an genou presque aussi large que la rotule : ce corps ne l'avait Jamais fidt sooffrir. Toutefois leur grosseur ne dépasse pas ordinairement, an genoo, le volume d'une fève ou d'une amande.

Quant à leur forme, tantôt ils se sont présentés arrondis, tanUM oblongs; le plus ordinairement ils sont aplatis ou ovalaires; on les a quelquefois trouvés anguleux et à plusieurs facettes.

Cette forme varie suivant les cavités dans lesquelles ils sont placés, et c'est le plus souvent quand ils sont mous que s'impriment ces changements de forme ; ceux qui sont solitaires sont ordinairement plu» réguliers : ils sont ronds ou arrondis ; s'ils sont multiples, ils sont irréguliers, verruqueux, et s'articulent souvent par des facettes, conune les Dctits os du carpe ou du tarse. En outre, ils sont habituellement lisses et polis à leur surflce.

Leur couleur est celle des cartilages, excepté dans les cas où Ton a affaire à un corps présentant une de ses faces ossifiées.

Leur dureté varie suivant leur composition intime, et aussi suivant la durée de leur séjour dans l'articulation. Ainsi ils peuvent acquérir successivement la coiisistance des tissus fibreux, cartilagineux, ostéo* cartilagineux ou fibro-cartilagineux ci osseux. La plupart de ces corps, exposés à l'air, se dessèchent pour reprendre ensuite toutes leurs propriétés premières lorsqu'on les plonge dans Teau; en cela ils se comportent comme les cartilages.

La texture de ces corps étrangers est variable. Les uns sont fibnneux ou lipouiateux et n'offrent rien de particulier à étudier. Biais ceui

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qoi ont la forme type sont en partie cartitagtncux, en partie osseux, et, snivant les circonstances, il y a plus ou moins de cartilage ou d'os. On peut même endistinguer deux variétés principales, selon que le cartilage occupe le centre, et la masse osseuse la phériphérie, ou suivant qae le contraire a lieu.

En effet, si l'on vient à fendre ces coq)s par le milieu, on trouve que les ODS sont en totalité formés par une masse cartilagineuse : Schreger dit en avoir trouié un qui était fonné de couche* de cartilage concentriques. D'uitre s présenten au centre un noyaa osseux. Une forme pins singuUire est celle où le cartilage et l'oa tonl mélangés sans disposition régulière : ces corps, dont l'aiptrt est alors Inégal et verraqMVt, comme celui des mûfM M Aes frumboiies, sont formel à» lobules, dont les uns sont carMa|fliiux et les mtres créliflés.

Chaque lobvle MleowtituA par des cellules cartfhgfneuses et enveloppé de tissu cellulaire ou de tisen fibreux, de telle sorte que la prolifération est fibro-cartilagi- BMue sur un certain nombre de pointa. Cette structure fibro-cartilaginense est surtout apparente sur

CtftainBpointSjtandis que sur d'autres, les parties acquièrent successivement la densité du tissu spongieux, et même de l'ivoire. Lorsqueles pro- Autions sont volumineuses, on trouve quelquefois tes mailles de ce tissu spongieux rempli de tissu grais«>eux médullaire. On y a aussi tronvé nae sabataDce pins jaune que celle qui formait les couches superficielles.

On a vu, dans un des corps qui présentaient la structure que nous signikMU, lescouehes les plus excentriques blanches, et les plus internes Boires comme de la suie, et formées su centre par une véritable pulpe &eile k écraser, {[hctionnaire des dictionnaires de médtcine de Pabre, tane 1**, art. Corpt étrangers des artieulations.)

Dam d'antres observations, le corps mobile présentait une surface railleuse, hérissée d'aspérités, et de structure osseuse, tandis que l'autre était bien polie et de nature cartilagineuse. Tel était celui qui fut extrait du genou d'un homme opéré par Velpeao, e( dont M. Ricbet a publié l'observation.

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pathologique y 9* livraison. Sur Tune des faces de ces corps libres, on peut souvent remarquer une dépression^ une sorte de hile^ point d'impUmtation du pédicule, qui s^est rompu.

Ce pédicule, plus ou moins long^ est tantôt très-grêle et près de se rompre^ d'autres fois il est très-large ; quelques-uns de ces corps ont été trouvés coiffés seulement dans les trois quarts de leur circonférence par la synoviale repoussée devant eux ; on en a même observé qui^ situés ^dans le tissu cellulaire extra-synovial^ ne tendaient que très-peu à faire saillie dans la 'cavité articulaire. D'autres fois, enfin, ils sont logés dans une excavation creusée aux dépens de Tos lui-même.

Quel est le mode de formation de ces corps mobiles? — Les premiers auteurs qui ont observé cette singulière maladie^ n'ayant pas à leur service tous les éléments nécessaires pour résoudre la question, n'ont pu que faire des hypothèses. A. Paré, par exemple, semble croire que le corps qu'il a trouvé dans le c( genouil de maistre Jean Bourlier » était un calcul analogue à ceux de la vessie^ puisqu'il dit : « Je trouvai une pierre, »

Plus tard on supposa, d'après le cas de M. A. Monro^ qu'ils étaient formés par une portion de cartilage détachée des extrémités articulaires. Breschet, au dire de Coquebert {Thèses de Paris, 1830, n** 236, p. 2/i), soutenant cette opinion, avança de plus que très-probablement leur fréquence au genou et à la mâchoire n'est due qu'à la présence, dans ces articulations, de fibro-cartilages flottants et plus faciles à rompre.

Cette opinion, déjà repoussée du temps de Monro, est regardée par beaucoup d'auteurs modernes comme complètement dénuée de fondement. Quelques-uns cependant affirment encore que ces corps étrangers se montrent assez fréquemment à la suite des lésions traumatiques, en particulier des luxations. L'interprétation de ces faits peut varier; mais il nous semble impossible de nier complètement l'action des causes extérieures.

Hunter, faisant ses expériences sur le sang extravasé dans les tissus, remarqua que les épanchements sanguins subissent diverses transformations, selon le voisinage de certains organes. 11 vit que ce liquide s^pandu autour de l'os se charge de sels calcaires, et supposa que celui qpû s'épanche dans une articulation devait se transformer en cartilage OU en tissu fibreux, quelquefois même osseux. Rapprochant cette observation des violences qui précèdent d'ordinaire la formation des eorps mobiles articulaires^ il en conclut que ces corps reconnaissaient foar cause les contusions et pour point d'origine les caillots sanguins. 0 loi devînt dès lors facile d'expliquer comment, dans certains cas^ ces corps ont des pédicules^ tandis que, dans d'autres, ils en sont dé-

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pourvus ; il avait en effet démontré que le eoagulum sanguin pouvait se greffer sur toutes les parties avoisinantes. Cette qnnion de Hnnier avait été complètement abandonnée lorsque Telpean la fit revivre en lui donnant de plus grands développements. Il est probable que lalle est, en eSety l'origine de ces petits corps mobiles, au centre desquels on n'a trouvé qu'un peu de fibrine décolorée ; mais ces &uts« d'ailleurs assa rares, sont contestables. En outre, cette explication est insuflisMile pour rendre raison de la formation des corps volumineux qu'on trouve dans certains cas. Enfin, dans l'état actuel de la science, on n'admet plus Forganisation des caillots sanguins, et la théorie de Hunter a été vivement combattue par Lebert, dans son Anaiomie poÊhalogiq^êm

Laennec, le premier, proposa l'explication qui rend le mieux compte de la formation du plus grand nombre de ces corps articulaires. D pensa qu'ils se constituaient primitivement à l'extérieur de rarticnlation, dans le tissu cellulaire sous-séreux, à la suite d'une inflammafina de la membrane synoviale ; puis que, plus tard, repoussant la séreuse devant eux, ils s'enfonçaient peu à peu dans la cavité articulaire, entraînant devant eux la synoviale, de la même manière que le testicok entraîne le péritoine; qu'alors, devenant de plus en plus proémineals, ils se pédiculisaient, puis que, dans un mouvement brusque, le pédicule se rompant, ils devenaient tout à bit libres dans la cavitf synoviale. C'est en examinant des articulations présentant des ccMrps UMÂiies à ces diverses périodes de migration, que lui vint cette idée de lenr formation primitive en dehors de la cavité articulaire.

Quoi qu'il en soit, on peut dire aujourd'hui que l'opinion de Laennec est généralement adoptée. Elle rend un compte satisfaisant de tous les faits que les deux théories précédentes ne pouvaient expliquer ; et il est probable que les deux observations (rapportées psr Brodie) d'exostoses qui, s'étant détachées des os et pénétrant dans l'articulation, y avaient formé des corps mobiles, n'étaient autres que des tumeurs sous-synoviales, semblables à celles dont parle Laennec.

Mais cette théorie n'explique pas suffisamment comment se forment les corps étrangers qui ont la synoviale pour point de départ. Les uns, comme M. Lebert, pensent qu'ils se formeraient toujours du tisso sous-séreux, comme une espèce de bourgeonnement, tandis que d'autres estiment qu'ils peuvent se former directement dans la cavité synoviale, par suite d'une excitation amenant un développement anormal de tissu conjonctif et de cellules de cartilages dans les franges synoviales. L'existence normale de cellules de cartilage dans Tintérieur de ces franges peut faire présumer de la vérité de cette dernière sap> position.

En résumé, il semble aujourd'hui bien démontré que quelques-uns de ces corps proviennent de fragments d'os ou de cartilages détachés

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